‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 22 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. II

•l'une est celle que tout le monde entend naturellement par ce mot, et que tous ceux qui parlent notre langue nomment par ce terme ; l'autre sera le mouvement d'une chose créée ; car on l'appel? lera aussi de ce nom , suivant cette nouvelle définition.

Il faudra donc éviter les équivoques, et ne pas confondre les conséquences. Car il ne s'ensuivra pas de là que- la chose qu'on entend naturellement par le mot de temps soit en effet le mouvement d'une chose créée. Il a été libre de nommer ces deux choses de même; mais il ne le sera pas de les faire convenir de nature aussibien que de nom.

Ainsi , si l'on avance ce discours , le temps est le mouvement d'une chose créée r il faut demander ce qu'on entend par le mot de temps, c'est-à-dire , si on lui laisse le sens ordinaire et reçu de tous , ou si on l'en dépouille pour lui donner en cette occasion celui de mouvement d'une chose créée. Si on le destitue de tout autre sens, on ne peut contredire , et ce sera une définition libre , ensuite de laquelle , comme j'ai dit, il y aura deux choses qui auront ce même nom ; mais si on lui laisse son sens ordinaire, et qu'on prétende néanmoins que ce qu'on entend par ce mot soit le mouvement d'une chose créée , on peut contredire. Ce n'est plus une définition libre, c'est une proposition qu'il faut prouver , si ce n'est qu'elle soit très-évidente d'elle-même, et alors ce sera un principe et un axiome , mais jamais

une définition ; parce que , dans cette énonciation , on n'entend pas que le mot de temps signifie la même chose que ceux-ci , le mouvement d'une cJ&se créée, mais on entend que ce que l'on conçoit par le terme de temps soit ce mouvement supposé.

Si je ne savois combien il est nécessaire d'entendre ceci parfaitement, et combien il arrive à toute heure, dans les discours familiers et dans les discours de science , des occasions pareilles à celle-ci que j'ai donnée en exemple , je ne m'y serois pas arrêté. Mais il me semble, par H l'expérience que j'ai de la confusion des disputes, r qu'on ne peut trop entrer dans cet esprit de netteté pour lequel je fais tout ce traité ? plus que . pour le sujet que j'y traite. ..

Car combien y a-t-il de personnes qui croient , avoir défini le temps quand ils ont dit que c'est t la mesure du mouvement, en lui laissant cepen- ; dant son sens ordinaire? et néanmoins ils ont fait une proposition, et non pas une définition. Combien y en a-t-il de même qui croient avoir défini le mouvement quand ils ont dit : Motus nec simpliciter motus , non merapotentia esty sed actus entis in potentiâ? Et cependant, s'ils lais- ;J sent au mot de mouvement son sens ordinaire, / comme ils font , ce n'est pas une définition , mais t une proposition ; et confondant ainsi les définitions, qu'ils appellent définitions de nom, qui sont les véritables définitions libres , permises et géométriques, avec celles qu'ils appellent dé-

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