‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 21 sur 143 · PREMIERE PARTIE, ART. II. 'i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, ART. II. 'i

désigner par ce terme, et quçl avantage pensoit nous procurer Platon , en disant que c'étoit un animal à deux jambes , sans plumes ? Comme si Tidée que j'en ai naturellement , et que je ne puis exprimer, n'étoit pas plus nette et plus sûre que celle qu'il me donne par son explication inutile , et même ridicule ; puisqu'un homme ne perd pas l'humanité en perdant les deux jambes, et qu'un chapon ne l'acquiert pas en perdant ses [dûmes.

Il y en a qui vont jusqu'à cette absurdité d'expliquer un mot par le mot même. J'en sais I qui ont défini la lumière en cette sorte : La lumière est un mouvement luminaire des corps lumineux, comme si on pouvoit entendre les mots de luminaire et de lumineux sans celui de lumière.

On ne peut entreprendre de définir l'être sans tomber dans la même absurdité. Car on ne peut définir un mot sans commencer par celui-ci, c'est, soit qu'on l'exprime ou qu'on le sous-entende. Donc pour définir l'être il faudroit dire, c'est; et ainsi employer dans la définition le mot à définir.

On voit assez de là qu'il y a des mots incapables d'être définis ; et si la nature n'avoit suppléé à ce défaut par une idée pareille qu'elle a donnée à tous les hommes, toutes nos expressions seroient confuses ; au lieu qu'on en use avec la même assurance et la même certitude que s'ils étoient expliqués d'une manière parfai-

tement exempte d'équivoques ; parce que la nature nous en a elle-même donné , sans paroles , une intelligence plus nette que celle que l'art nous acquiert par nos explications.

Ce n'est pas que tous les hommes aient la même idée de l'essence des choses que je dis qu'il est impossible et inutile de définir ; car , par exemple , le temps est de cette sorte. Qui pourra le définir? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant du temps, sans qu'on le désigne davantage? Cependant il y a bien de différentes opinions touchant l'essence du temps. Les uns disent que c'est le mouvement d'une chose créée; les autres, la mesure du mouvement, etc. Aussi ce n'est pas la nature de ces choses que je dis qui est connue à tous : ce n'est simplement que ]e rapport entre le nom et la chose; en sorte qu'à cette expression temps, tous portent la pensée vers le même objet ; ce qui suffit pour faire que ce terme n'ait pas besoin d'être défini , quoique ensuite , en examinant ce que c'est que le temps, on vienne à différer de sentiment après s'être mis à y penser; car les définitions ne sont faites que pour désigner les choses que l'on nomme , et non pas pour en montrer la nature.

Il est bien permis d'appeler du nom de temps le mouvement d'une chose créée; car, comme j'ai dit tantôt, rien n'est plus libre que les définitions. Mais ensuite de cette définition il y aura deux choses qu'on appellera du nom de temps :

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