‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 24 sur 143 · PREMIERE PARTIE, ART. II · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, ART. II

vers , selon ces paroles , Deusfecit omnia in pondère , in numéro et mensurâ ( * ) , ont une liaison réciproque et nécessaire. Car on ne peut imaginer de mouvement sans quelque chose qui se meuve , et cette chose étant une , cette unité est l'origine de tous les nombres. Et enfin le mouvement ne pouvant être sans espace , on voit ces trois choses enfermées dans la première.

Le temps même y est aussi compris : car le mouvement et le temps sont relatifs l'un à l'autre ; la promptitude et la lenteur , qui sont les différences des mouvements , ayant un rapport nécessaire avec le temps.

Ainsi il y a des propriétés communes à toutes ces choses , dont la connoissance ouvre l'esprit aux plus grandes merveilles de la nature.

La principale comprend les deux infinités qui se rencontrent dans toutes, l'une de grandeur, l'autre de petitesse.

Car quelque prompt que soit un mouvement, on peut en concevoir un qui le soit davantage , çt hâter encore ce dernier ; et ainsi toujours à l'infini, sans jamais arriver à un qui le soit de telle sorte qu'on ne puisse plus y ajouter ; et , au contraire , quelque lent que soit un mouvement, on peut le retarder davantage , et encore ce dernier ; et ainsi à l'infini, sans jamais arriver à un tel degré de lenteur , qu'on ne puisse encore en

(*) Omnia in mensurâ, et numéro , et pondère dispo- «*iili\ Sap. XI, ai.

descendre à une infinité d'autres sans tomber dans le repos. De même , quelque grand que soit un nombre , on peut en concevoir un plus grand , et encore un qui surpasse le dernier ; et ainsi à l'infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être augmenté; et, au contraire, quelque petit que soit un nombre , comme la centième ou la dix millième partie, on peut encore en concevoir un moindre, et toujours à l'infini, sans arriver au zéro ou néant. Quelque grand : que soit un espace, on peut en concevoir un s plus grand, et encore un qui le soit davantage; et ainsi à l'infini , sans jamais arriver à un qui e ne puisse plus être augmenté : et , au contraire, quelque petit que soit un espace , on peut en- a core en considérer un moindre , et toujours à a l'infini , sans jamais arriver à un indivisible qui. n'ait plus aucune étendue. r-

Il en est de même du temps. On peut toujours * en concevoir un plus grand sans dernier, et un : moindre, sans arriver à un instant et à un pur . néant de durée. . ,

C'est-à-dire, en un mot, que quelque mouve?, ment, quelque nombre, quelque espace, queli -, que temps que ce soit , il y en a toujours un plu$> grand et un moindre ; de sorte qu'ils se soutiennent tous entre le néant et l'infini , étant toujours ^infiniment éloignés de ces extrêmes.

Toutes ces vérités ne peuvent se démontrer; et cependant ce sont les fondements et les principes de la géométrie. Mais comme la cause qui

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