‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 25 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. II

les rend incapables de démonstration n'est pas leur obscurité , mais au contraire leur extrême évidence , ce manque de preuve n'est pas un défaut, mais plutôt une perfection.

D'où Ton voit que la géométrie ne peut définir les objets, ni prouver les principes; mais par cette seule et avantageuse raison , que les uns et les autres sont dans une extrême clarté naturelle , qui convainc la raison plus puissamment que ne feroit le discours.

Car qu'y a-t-il de plus évident que cette vérité, qu'un nombre, tel qu'il soit, peut être augmenté; qu'on peut le doubler; que la promptitude d'un mouvement peut être doublée , et qu'un espace peut être doublé de même? Et qui peut aussi douter qu'un nombre , tel qu'il soit , ne puisse être divisé par la moitié , et sa moitié encore par la moitié ? Car cette moitié seroit-elle un néant? Et comment ces deux moitiés, qui seroient deux zéro, feroient-elles un nombre?

De même, un mouvement, quelque lent qu'il soit, ne peut-il pas être ralenti de moitié , en sorte qu'il parcoure le même espace dans le double du temps, et ce dernier mouvement encore? Car seroit-ce un pur repos? Et comment se pourroitil que ces deux moitiés de vitesse , qui seroient deux repos , fissent la première vitesse ?

Enfin unu espace, quelque petit qu'il soit, ne peut-il pas être divisé en deux , et ces moitiés encore ? Et comment pourroit-il se faire que ces moitiés fussent indivisibles , sans aucune éten-

due , elles qui , jointes ensemble , ont fait la première étendue ? ' ■ ■

Il n'y a point de connoissance naturelle dan* l'homme qui précède celles-là, et qui les surpasse en clarté. Néanmoins , afin qu'il y ait exemple de tout, on trouve des esprits excellents en toutes autres choses , que ces infinités choquent, et qui ne peuvent *en aucune sorte, y consentir.

Je n'ai jamais connu personne qui ait pensé qu'un espace ne puisse être augmenté. Mais j'en ai vu quelques-uns , très-habiles d'ailleurs , qui ont assuré qu'un espace pouvoit être divisé en deux parties indivisibles , quelque absurdité qu'il s'y rencontre»

Je me suis attaché à rechercher en eux quelle pouvoit être la cause de cette obscurité , et j'ai trouvé qu'il n'y en avoit qu'une principale , qui est qu'ils ne sauroient concevoir un continu divisible à l'infini; d'où ils concluent qu'il n'est pas ainsi divisible. C'est une maladie naturelle à l'homme , de croire qu'il possède la vérité directement , et de là vient qu'il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible ; au lieu qu'en effet il ne connoît naturellement que lé mensonge, et qu'il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paroît faux.

Et c'est pourquoi , toutes les fois qu'une proposition est inconcevable , il faut en suspendre le jugement, et ne pas la nier à cette marque, mais en examiner le contraire ; et si on le trouve

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