ARTICLE III
D E L'a R T DE PERSUADER.
L'art de persuader a un rapport nécessaire à la manière dont les hommes consentent à ce qu'on leur propose , et aux conditions des choses qu'on veut faire croire.
Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par où les opinions s'insinuent dans l'âme, qui sont ces deux principales puissances : l'entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l'entendement; car on ne devroit jamais consentir qu'aux vérités démontrées ; mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté; car tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire , non pas par la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est basse, indigne et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire, et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.
Je ne parle pas ici des vérités divines, que je n'aurois garde de faire tomber sous l'art de persuader; car elles sont infiniment au-dessus de la nature ; Dieu seul peut les mettre dans l'âme, et par la manière qu'il lui plaît. Je sais qu'il a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non pas de l'esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonnement, qui
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prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit; et pour guérir cette volonté in- j firme, qui s'est toute corrompue par ses indignes ■ attachements. Et de là vient qu'au lieu qu'en * parlant des choses humaines, on dit qu'il faut \ les connoître avant que de les aimer, ce qui a ■ passéen proverbe; les saints, au contraire, disent, ■ en parlant des choses divines, qu'il faut les aimer .' pour les connoître, et qu'on n'entre dans la vé- * rite que par la charité, dont ils ont fait une de 5J leurs plus utiles sentences. >|
En quoi il paroît que Dieu a établi cet ordre :: surnaturel , et tout contraire à l'ordre qui devoit ; être naturel aux hommes dans les choses natu- ; relies. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre, en faisant des choses profanes ce qu'ils dévoient faire des choses saintes, parce qu'en effet nous ne croyons presque que ce qui nous plaît. Et de là vient l'éloignement où nous sommes de con-; sentir aux vérités de la religion chrétienne, toute opposée à nos plaisirs. Dites- nous des choses agréables, et nous vous écouterons , disoient les Juifs à Moïse; comme si l'agrément devoit régler la croyance ! Et c'est pour punir ce désordre par un ordre qui lui est conforme que Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'après avoir dompté la rébellion de la volonté par une douceur toute céleste/, qui la charme et qui l'entraîne.
Je ne parle donc que des vérités de notre portée; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le