‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 44 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. IV

scsses qui y sont. Qu'il se méprise , parce que cette capacité est vide; mais qu'il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle. Qu'il se iaîsse, qu'il s'aime : il a en lui la capacité de connôître la vérité , et d'être heureux ; mais il n'a point de vérité, ou constante, ou satisfaisante. re voudrois donc porter l'homme à désirer d'en rouver , à être prêt et dégagé des passions pour a suivre où il la trouvera ; et sachant combien a connoissance s'est obscurcie par les passions, b voudrois qu'il haït en lui la concupiscence ui la détermine d'elle-même, afin qu'elle ne aveuglât point en faisant son choix, et qu'elle 1e l'arrêtât point quand il aura choisi.

Je blâme également, et ceux qui prennent le >arti de louer l'homme , et ceux qui le prennent le le blâmer, et ceux qui le prennent de le dirertir (10) ; et je ne puis approuver que ceux qui Perchent en gémissant.

Les stoïques disent : Rentrez au -dedans de rous-mêmes, et c'est là où vous trouverez votre repos : et cela n'est pas vrai. Les autres disent : Sortez dehors , et cherchez le bonheur en vous divertissant : et cela n'est pas vrai (i i). Les ma* ladies viennent : le bonheur n'est ni dans nous, ni hors de nous ; il est en Dieu et en nous.

La nature de l'homme se considère en deux

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manières : Tune selon sa fin , et alorf il es grand et incompréhensible ; l'autre selon l'ha bitude, comme l'on juge de la nature du cheval et du chien, par l'habitude d'y voir la course, et animum arcendi; et alors l'homme est abject et vil. Voilà les deux voies qui en font juger diversement, et qui font tant disputer les philosophes; car l'un nie la supposition de l'autre: l'un dit : Il n'est pas né à cette fin , car toutes ses actions y répugnent; l'autre dit : Il s'éloigne de sa fin quand il fait ces actions basses. Deux choses instruisent l'homme de toute sa nature: l'instinct et l'expérience.

Je sens que je peux n'avoir point été : car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurois point été , si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé. Donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi éternel , ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel, infini.

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