‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 69 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. VIII. I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. VIII. I

Elles sont sûres , si on, veut récompenser le mérite ; car tous diroient qu'ils méritent (35). Le mal à craindre d'un sot , qui succède par droit de naissance , n'est ni si grand , ni si sûr.

Pourquoi suit-on la pluralité ? est-ce à cause qu'ils ont plus de raison ? non , mais plus de force. Pourquoi suit-on les anciennes lois et les anciennes opinions? est-ce qu'elles sont plus saines ? non , mais elles sont uniques , et nous ôtent la racine de diversité.

L'empire fondé sur l'opinion et l'imagination règne -quelque temps, et cet empire est doux et volontaire : celui de la force règne toujours. Ainsi l'opinion est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran.

Que Ton a bien fait de distinguer les hommes par l'extérieur plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? qui cédera la place à l'autre? le moins habile? Mais je suis aussi habile que lui. Il faudra se battre sur cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un : cela est visible ; il n'y a qu'à compter; c'est à moi à céder (37) , et je suis un sot si je conteste, Nous voilà en paix par ce moyen ; ce qui est le plus

grand des biens.

Pensées. g

l3o PENSÉES DE PASCAL,

La coutume de voir les rois accompagnés de gardes, de tambours , d'officiers , et de toutes les choses qui plient la machine vers le respect et la terreur, fait que leur visage, quand il est quelquefois seul et sans ces accompagnements, imprime dans leurs. sujets le respect et la terreur , parce qu'on ne sépare pas dans la pensée leur personne d'avec leur suite, qu'on y voit d'ordinaire jointe. Le monde, qui ne sait pas que cet effet a son origine dans cette coutume, croit qu'il vient d'une force naturelle : et de là ces mots : Le caractère de la Divinité est empreint sur son visage , etc.

La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple , et bien plus sur là folie. La plus grande et la plus importante chose du monde a pour fondement la foiblesse : et ce fondement-là est admirablement sûr; car il n'y a rien de plus sûr que cela , que le peuple sera foible ; ce qui est fondé sur la seule raison est bien mal fondé , comme l'estime de la sagesse.

Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s'emmaillottent en chats fourrés (38) , les palais où ils jugent , les fleurs de lis ; tout cet appareil ; auguste étoit nécessaire : et si les médecins n'a- f voient des soutanes et des mules , et que les l

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