‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 19 sur 164 · IC · texte numérisé non relu

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nécessaire et inévitable. Pourquoi le veut-il ainsi? Pour notre perfection et pour notre gloire. Celui à qui nous devons tout , veut pouvoir nous savoir gré de quelque chose : il veut nous donner un titre pour lui demander des récompenses. Que si nous refusons notre obéissance , nous lui donnons un titre pour exiger des supplices.

J'entends ici les pécheurs qui disent secrètement dans leurs cœurs , qu'ils se passeraient aisément de cette liberté malheureuse qui les expose au péché et ensuite à la damnation. Je suis ici pour exposer les vérités éternelles , et non pour répondre à tous les murmures de ceux qui s'élèvent contre ces oracles ; et toutefois je dirai ce mot : 0 homme , qui que tu sois , qui te fâches de n'être pas une bête brute , à qui la lumière de ta raison et l'honneur de ta liberté est à charge , cesse de te plaindre de tes avantages , et d'accuser témérairement ton bienfaiteur. Si tu étais indépendant par nature, et que Dieu néanmoins exigeât de toi que tu te rendisses dépendant par ta volonté , peut-être aurais-tu raison de trouver ou l'obligation importune, ou la demande incivile. Mais puisque l'usage qu'il prétend de ta liberté, c'est [de travailler â ton bonheur en t'assujettissant à son empire]; ce qu'il exige est trop aisé , trop naturel et trop juste. On peut sans grand effort se donner à qui on est. Ce serait peut-être quelque violence, s'il fallait sortir de notre état et nous transporter à un domaine étranger. Il ne s'agit que d'y demeurer et d'y consentir. Enfin quand Dieu exige que nous consentions à être ses sujets , il veut que nous consentions à être ce que nous sommes , et que nous accommodions notre volonté au fond même de notre essence. Rien n'est plus naturel , rien n'est moins pénible , à moins que la volonté ne soit entièrement dépravée.

Aussi faut-il avouer qu'elle l'est étrangement dans tous les pécheurs. Car dès qu'ils ne veulent pas dépendre de Dieu , ils ne veulent donc plus être ce qu'ils sont. Ils combattent en eux-mêmes les premiers principes et le fondement de leur être. Ils corrompent leur propre droiture. Ils se rendent contraires à Dieu , et Dieu par conséquent leur devient contraire. Ils sont soumis à Dieu comme juge. Il les juge , parce qu'il connaît ce dérèglement. Il les hait , parce que les règles de sa vérité répugnent à leur injustice.

Rien, disent-ils , n'est contraire à Dieu, rien ne lui répugne , rien ne l'offense , parce que rien ne lui 'nuit ni ne le trouble. Dites donc qu'il ne se fait rien au monde contre la raison : poussez jusque-là l'extravagance de votre sens dépravé. Votre bien vous est ôté , mais la raison subsiste toujours : si cette faible raison humaine , combien plus la divine et l'originale ! Il faut qu'elle sub-

siste éternelle et inviolable, afin que la justice soit exercée. Et erit in tempore illo, visitaho super viros defixos in fœcibus suis, qui dicunt in cordihus suis : Non faciet bene Dominus et nonfaciet maie : et erit fortiindo eorum in direptionem^ : « En ce temps-là je visiterai dans « ma colère ceux qui sont enfoncés dans leurs or- « dures, qui disent en leur cœur : Le Seigneur « ne fera ni bien ni mal : et toutes leurs richesses « seront pillées. » Videhitis quid sit inferjnstum etimpium, inter servientem Domino etnonservientem ei' : « Vous verrez quelle différence il «va entre le juste et l'impie , entre celui qui sert « Dieu et cehii qui ne le sert point. »

Il faut donc ici vous faire entendre à quoi nous engage notre liberté , et combien elle nous rend responsables de nos actions. Par cette liberté nous faisons la guerre à Dieu. Nous exerçons notre liberté par une audacieuse transgi-ession de toutes ses lois : nous transgressons l'une et l'autre table. «Tu adoreras le Seigneur ton Dieu^. » Où lui rendons-nous cette adoration? Se confesse-t-on seulement d'avoir manqué à ce devoir? Comme si ce premier de tous les préceptes n'était mis en tête du Décalogue que par honneur , et emportait le moins d'obligation ! Sanctifiez les fêtes. Croyezvous en conscience avoir satisfait à l'intention de la loi par une messe qui dure moins d'une demi-heure , qui n'est jamais trop courte , où l'on est sans attention et sans respect même apparent? Le jour a vingt-quatre heures ; et le reste devrait un peu participer à cette sanctification. Il me vient dans la pensée d'appliquer ici ce reproche : « Ce « peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est « loin de moi'*. » Mais nous ne l'honorons pas même des lèvres. Je ne sais qui je blâmerai davantage , ou ceux qui ne l'honorent que des lèvres , ou ceux qui ne l'honorent pas même des lèvres ; ou ceux qui ne composent que l'extérieur, ou ceux qui ne composent pas même l'extérieur. Si bien que les fêtes ne diffèrent des autres jours , sinon en ce que les profanations et les irrévérences y sont plus publiques , plus scandaleuses , plus universelles.

Et pour la seconde table qui regarde le prochain , nous attaquons tous les jours son honneur par nos médisances , son repos par nos vexations, son bien par nos rapines , sa couche même par nos adultères. Disons après cela que nous ne marchons pas contre Dieu. Mais voici qu'il marche aussi directement contre nous. Voici Jésus qm descend de la nue pour détruire ses ennemis par le souffle de

' Soph. I, 12, 13.

» Mal. m, 18.

* Deut. VI , 13.

' 7s. XXIX, i3.

rr.

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