‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 30 sur 164 · DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION

« ayant affermi, dit saint Augustin, leur salutaire « doctrine, ils ont laissé à leurs successeurs la terre « éclairée par une lumière céleste : » Conflrmata saluberrima disciplina, illuminatas terras posieris reliquerunt. Mais ce n'est point par l'art de bien dire, par l'arrangement des paroles, par des figures artificielles , qu'ils ont opéré tous ces grands effets. Tout se fait par une secrète vertu qui persuade contre les règles , ou plutôt qui ne persuade pas tant , qu'elle captive les entendements ; vertu qui, venant du ciel , sait se conserver tout entière dans la bassesse modeste et familière de leurs expressions , et dans la simplicité d'un style qui paraît vulgaire : comme on voit un fleuve rapide qui retient , coulant dans la plaine , cette force violente et impétueuse qu'il a acquise aux montagnes d'où il tire son origine, d'où ses eaux sont précipitées.

Concluons donc, chrétiens, que Jésus-Christ a fondé son saint Évangile d'une manière souveraine et digne d'un Dieu ; et ajoutons , s'il vous plaît , que c'était la plus convenable aux besoins de notre nature. Nous avons besoin parmi nos erreurs, non d'un philosophe qui dispute, mais d'un Dieu qui nous détermine dans la recherche de la vérité. La voie du raisonnement est trop lente et trop incertaine : ce qu'il faut chercher est éloigné ; ce qu'il faut prouver est indécis. Cependant il s'agit du principe même et du fondement de la conduite , sur lequel il faut être résolu d'abord : il faut donc nécessairement en croire quelqu'un. Le chrétien n'a rien à chercher, parce qu'il trouve tout dans la foi. Le chrétien n'a rien à prouver, parce que la foi lui décide tout , et que Jésus-Christ lui a proposé de sorte les vérités nécessaires , que s'il n'est pas capable de les entendre , il n'est pas moins disposé à les croire : Tatia populis persuaderet, credenda saltem, si percipere non valerent \

Ainsi , par même moyen , Dieu a été honoré , parce qu'on l'a cru , comme il est juste , sur sa parole ; et l'homme a été instruit par une voie courte , parce que , sans aucun circuit de raisonnement , l'autorité de la foi l'a mené dès le premier pas à la certitude.

Mais continuons d'admirer l'auguste souveraineté de la vérité chrétienne. Elle est venue sur la terre comme une étrangère , inconnue et toutefois haïe et persécutée , durant l'espace de quatre cents ans , par des préjugés iniques. Cependant , parmi ces fureurs du monde entier conjuré contre elle , elle n'a point mendié de secours humain. Elle s'est fait elle-même des défenseurs intrépides et dignes de sa grandeur, qui dans la passion qu'ils avaient pour ses intérêts , ne sachant que

i s. Jug. de Fera Rel. n" 3, t. I, col, 749.

la confesser et mourir pour elle , ont couru à la mort avec tant de force , qu'ils ont effrayé leurs persécuteurs , qu'à la fin ils ont fait honte par leur patience aux lois qui les condamnaient au dernier supplice , et ont obligé les princes à les révoquer. Orando , patiendo , cumpiasecuritate moriendo, leges quibus damnabatnr christiana religio, erubescere compulerunt , mutariquefecerunty dit éloquemment saint Augustin '.

C'était donc le conseil de Dieu et la destinée de la vérité, si je puis parler de la sorte, qu'elle fût entièrement établie malgré les rois de la terre , et que , dans la suite des temps , elle les eût premièrement pour disciples , et après pour défenseurs. Il ne les a point appelés quand il a bâti son Église. Quand il a eu fondé immuablement et élevé jusqu'au comble ce grand édifice , il lui a plu alors de les appeler : Et nunc reges * : « [Venez ,] « rois , maintenant. » Il les a donc appelés , non point par nécessité , mais par grâce. Donc l'établissement de la vérité ne dépend point de leur assistance , ni l'empire de la vérité ne relève point de leur sceptre : et si Jésus-Christ les a établis défenseurs de son Évangile , il le fait par honneur, et non par besoin ; c'est pour honorer leur autorité et pour consacrer leur puissance. Cependant sa vérité sainte se soutient toujours d'ellemême et conserve son indépendance. Ainsi lorsque les princes défendent la foi , c'est plutôt la foi qui les défend ; lorsqu'ils protègent la religion , c'est plutôt la religion qui les protège et qui est l'appui de leur trône. Par où vous voyez clairement que la vérité se sert des hommes, mais qu'elle n'en dépend pas : et c'est ce qui nous paraît dans toute la suite de son histoire. J'appelle ainsi l'histoire de l'Église ; c'est l'histoire du règne de la vérité. Le monde a menacé , la vérité est demeurée ferme : il a usé de tours subtils et de flatteries , la vérité est demeurée droite. Les hérétiques ont brouillé, la vérité est demeurée pure. Les schismes ont déchiré le corps de l'Église, la vérité est demeurée entière. Plusieurs ont été séduits, les faibles ont été troublés, les forts mêmes ont été émus; un Osius, un Origène, un Tcrtullien, tant d'autres qui paraissaient l'appui de l'Église , sont tombés avec grand scandale : la vérité est demeurée toujours immobile. Qu'y a-t-il donc de plus souverain et de plus indépendant que la vérité, qui persiste toujours, immuable, malgré les menaces et les caresses, malgré les présents et les proscriptions, malgré les schismes et les hérésies , malgré toutes les tentations et tous les scandales ; enfin au milieu de la défection de se»

• De Civ. Del , lib. Yiu , cap. xx , t. vu , coL 207. ^ Ps.x

SUR LA DIVINITÉ

enfants infidèles, et dans la chute funeste de ceux-là même qui semblaient être ses colonnes?

Après cela , chrétiens , quel esprit ne doit pas céder à une autorité si bien établie? et que je suis étonné quand j'entends des hommes profanes, qui , dans la nation la plus florissante de la chrétienté, s'élèvent ouvertement contre l'Évangile! Les entendrai-je toujours et les trouverai-je toujours dans le monde , ces libertins déclarés , esclaves de leurs passions , et téméraires censeurs des conseils de Dieu ; qui tout plongés qu'ils sont dans les choses basses , se mêlent de décider hardiment des plus relevées ? Profanes et corrompus , lesquels, comme. dit saint Jude, « blasphèment « ce qu'ils ignorent, et se corrompent dans ce « qu'ils connaissent naturellement : « Quœcumgue quidem ignorant , blasphémant; quœcumque autem naturaliter, ianquam muta animantia, norunt, in his cormmpuntur\ Hommes deux fois morts , dit le même apôtre ; morts premièrement, parce qu'ils ont perdu la charité; morts secondement , parce qu'ils ont même arraché la foi : Arbores infructuosœ , eradicatœ , bis mortuœ^ : « Arbres infructueux et déracinés, « qui ne tiennent plus à l'Église par aucun lien. 0 Dieu ! les verrai-je toujours triompher dans les compagnies , et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges?

Mais hommes doctes et curieux , si vous voulez discuter la religion , apportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants mal à propos , dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demiraots et par vos branlements de tête , par ces fines railleries que vous nous vantez et par ce dédaigneux souris. Pour Dieu , comme disait cet ami de Job^, ne pensez pas être les seuls hommes, et que toute la sagesse soit dans votre esprit dont vous nous vantez la délicatesse. Vous qui voulez pénétrer les secrets de Dieu , çà paraissez , venez en présence , développez-nous les énigmes de la nature ; choisissez ou ce qui est loin , ou ce qui est près , ou ce qui est à vos pieds , ou ce qui est bien haut suspendu sur vos têtes ! Quoi ! partout votre raison demeure arrêtée ! partout ou elle gauchit, ou elle s'égare, ou elle succombe! Cependant vous ne voulez pas que la foi vous prescrive ce qu'il faut croire. Aveugle , chagrin et dédaigneux , vous ne voulez pas qu'on vous guide et qu'on vous donne la main. Pauvre voyageur égaré et présomptueux , qui croyez savoir le chemin , qui vous refusez la conduite , que voulez-vous

' Jvd. 10.

J Ibid. 12.

•yoft. X1I,I. ,

qu'on vous fasse? Quoi! voulez -vous donc qu'on vous laisse errer? Mais vous vous irez engager dans des détours infinis , dans quelque chemin perdu ; vous vous jetterez dans quelque précipice. Voulez-vous qu'on vous fasse entendre clairement toutes les vérités divines? Mais considérez où vous êtes et en quelle basse région du monde vous avez été relégué. Voyez cette nuit profonde , ces ténèbres épaisses qui vous environnent; la faiblesse , l'imbécillité , l'ignorance de votre raison. Concevez que ce n'est pas ici la région de l'intelligence. Pourquoi donc ne voulez- vous pas qu'en attendant que Dieu se montre à découvert ce qu'il est , la foi vienne à votre secours , et vous apprenne du moins ce qu'il en faut croire?

Mais, messieurs , c'est assez combattre ces esprits profanes et témérairement curieux. Ce n'est pas le vice le plus commun , et je vois un autre malheur bien plus universel dans la cour. Ce n'est point cette ardeur inconsidérée de vouloir aller trop avant , c'est une extrême négligence de tous les mystères. Qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas , les hommes trop dédaigneux ne s'en soucient plus et n'y veulent pas seulement penser ; ils ne savent s'ils croient ou s'ils ne croient pas ; tout prêts à vous avouer ce qu'il vous plaira , pourvu que vous les laissiez agir à leur mode et passer la vie à leur gré. « Chrétiens en l'air, dit TertuUien , « et fidèles si vous voulez : » Plerosque in ventum, et si placuerit , chnstianos\ Ainsi je prévois que les libertins et les esprits forts pourront être décrédités , non par aucune horreur de leurs sentiments , mais parce qu'on tiendra tout dans l'indifférence, excepté les plaisirs et les affaires. Voyons si je pourrai rappeler les hommes de ce profond assoupissement , en leur représentant dans mon second point la beauté incorruptible de la morale chrétienne.

DEUXIÈME POINT

Grâce à la miséricorde divine, ceux qui disputent tous les jours témérairement de la vérité de la foi ne contestent pas au christianisme la règle des mœurs, et ils demeurent d'accord de la pureté et de la perfection de notre morale. Mais certes ces deux grâces sont inséparables. Il ne faut point deux soleils non plus dans la religion que dans la nature; et quiconque nous est envoyé de Dieu pour nous éclairer dans les mœurs , le même nous donnera la connaissance certaine des choses divines qui sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Disons donc que le Fils de Dieu nous montre beaucoup mieux sa divinité en dirigeant sans erreur la vie humaine , qu'il n'a fait en re-

' Scorp. n" I.

DE LA RELIGIOiN

dressant les boiteux et faisant marcher les estropiés. Celui-là doit être plus qu'homme, qui, à travei*s de tant de coutumes et de tant d'erreurs , de tant de passions compliquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au juste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain , c'est donner à l'homme la vie raisonnable ; c'est une seconde création , plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la même sagesse qui a formé l'homme la première fois. Enfin c'est un ouvrage si grand , que si Dieu ne l'avait pas fait, lui-même l'envierîdt à son auteur.

Aussi la philosophie l'a-t-ellè tenté vainement. Je sais qu'elle a conservé de belles règles et qu'elle a sauvé de beaux restes du débris des connaissances humaines ; mais je perdrais un temps infini si je voulais raconter toutes ses erreurs. Allons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l'Évangile. J'y cours , suivez-moi , mes frères ; et afin que je vous puisse présenter l'objet d'une adoration si légitime , permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de la morale chrétienne.

Elle commence par le principe. Elle rapporte à Dieu , auquel elle nous lie par un amour chaste , l'homme tout entier, et dans sa racine , et dans ses branches et dans ses fruits , c'est-à-dire , dans sa nature , dans ses facultés , dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait , chrétiens , que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais pour s'accommoder à notre faiblesse , elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attacher à Dieu par toutes les voies possibles , elle nous apprend que nous devons en tout temps et en toutes choses révérer son autorité, croire à sa parole , dépendre de sa puissance , nous confier en sa bonté , craindre sa justice , nous abandonner à sa sagesse , espérer son éternité.

Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous apprend, chrétiens, que nous sommes nous-mêmes ses victimes; c'est pourquoi elle nous oblige à dompter nos passions emportées et à mortifier nos sens , trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a sur ce sujet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu'au fond du cœur l'étincelle qui peut causer un embrasement. Elle étouffe la colère , de peur qu'en s'aigrissant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n'attend pas à ôter l'épée à l'enfant après qu'il se sera donné un coup mortel ; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle retient jusqu'aux yeux , par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin elle

n'oublie rien pour soumettre le corps à l'esprit, et l'esprit tout entier à Dieu ; et c'est là , messieurs , notre sacrifice.

Nous avons à considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l'empire de Dieu ; nous vivons en société avec les hommes. Après donc cette première obligation d'aimer Dieu comme notre souverain, plus que nousmêmes, s'ensuit le second devoir d'aimer l'homme notre prochain en esprit de société, comme nous-mêmes. Là se voit très-saintement établie , sous la protection de Dieu , la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les injures et les intérêts; là l'aumône, trésor de grâces ; là le pardon des injures , qui nous ménage celui de Dieu ; la enfin la miséricorde préférée au sacrifice , et la réconciliation avec son frère irrité , nécessaire préparation pour approcher de l'autel. Là, dans une sainte distribution des offices de la charité , on apprend à qui on doit le respect , à qui l'obéissance , à qui le service , à qui la protection, à qui le secours , à qui la condescendance , à qui de charitables avertissements ; et on voit qu'on doit la justice à tous et qu'on ne doit faire injure à personne non plus qu'à soimême.

Voulez-vous que nous passions à ce que Jésus- Christ a institué pour ordonner les familles ? Il ne s'est pas contenté de conserver au mariage son premier honneur ; il en a fait un sacrement de la religion et un signe mystique de sa chaste et immuable union avec son Église. En cette sorte il a consacré l'origine de notre naissance. II en a retranché la polygamie , qu'il avait permise un temps en faveur de l'accroissement de son peuple ; et le divorce qu'il avait souffert à cause de la dureté des cœurs. Il ne permet plus que l'amour s'égare dans la multitude ; il le rétablit dans son naturel , en le faisant régner sur deux cœurs unis , pour faire découler de cette union une concorde inviolable dans les familles et entre les frères. Après avoir ramené les choses à la première institution , il a voulu désormais que la plus sainte alliance du genre humain fût aussi la plus durable et la plus ferme , et que le nœud conjugal fût indissoluble , tant par la première force de la foi donnée que par l'obligation naturelle d'élever les enfants communs , gages précieux d'une éternelle correspondance. Ainsi il a donné au mariage des fidèles une forme auguste et vénérable , qui honore la nature, qui supporte la faiblesse, qui garde la tempérance , qui bride la sensualité.

Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables , puissants instigateurs à la vertu , aimables censeurs des vices ; qui répriment la licence < sans abat-

SUR LA DIVINITÉ

« tre le courage ! » Ut nonpusillo animo fiant \ Que dirai-je de ces belles institutions par lesquelles et les maîtres sont équitables et les serviteurs affectionnés ; Dieu même , tant il est bon et tant il est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services fidèles ? « Maîtres , vous avez « un maître au ciel * ; serviteurs , servez comme « à Dieu , car votre récompense vous est assurée ^ . » Qui a mieux établi que Jésus-Christ l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est due. Ils régnent sur les corps par la force , et tout au plus sur les cœurs par l'inclination. Il leur érige un trône dans les conssciences , et il met sous sa protection leur autorité et leur personne sacrée. C'est pourquoi Tertullien disait autrefois aux ministres des empereurs : Votre fonction vous expose à beaucoup de haine et beaucoup d'envie; « maintenant vous avez « moins d'ennemis à cause de la multitude des « chrétiens : » Nunc enim pauciores hostes habetisprœ multitudine christianorum ^. Réciproquement il enseigne aux princes que le glaive leur est donné contre les méchants , que leur main doit être pesante seulement pour eux, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres.

Le voilà, messieurs , ce tableau que je vous ai promis; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci , cette immortelle beauté de la morale chrétienne. C'est une beauté sévère , je l'avoue ; je ne m'en étonne pas , c'est qu'elle est chaste. Elle est exacte : il le faut , car elle est religieuse. Mais au fond quelle plus sainte morale I quelle plus belle économique, quelle politique plus juste ! Celui-là est ennemi du genre humain , qui contredit de si saintes lois. Aussi, qui les contredit , si ce n'est des hommes passionnés qui aiment mieux corrompre la loi que de rectifier leur conscience; et, comme dit Salvien, « qui « aiment mieux déclamer contre le précepte que « de faire la guerre au vice? » Mavult quilibet improbus execrari legem , guat/i emendare mentem; mavult prœcepta odisse quant vitia^.

Pour moi , je me donne de tout mon cœur à ces saintes institutions. Les mœurs seules me feraient recevoir la foi. Je crois en tout à celui qui m'a si bien enseigné à vivre. La foi me prouve les mœurs ; les mœurs me prouvent la foi. Les vérités de la foi et la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes et si saintement alliées , qu'il

' Coloss. m, 21.

' Ibid. IV, I.

3 /6jrf. 111,24.

♦ Apolog. n" 37.

» Salv. iib. IV, adv. Avar. (Édit. Baluz, p. 312.)

n'y a pas moyen de les séparer '. Jésus-Christ a fondé les mœurs sur la foi , et , après qu'il a si noblement élevé cet admirable édifice, serai -je assez téméraire pour dire à un si sage architecte qu'il a mal posé les fondements ? Au contraire ne jugerai-je pas par la beauté manifeste de ce qu'il me montre , que la même sagesse a disposé ce qu'il me cache ?

Et vous , que direz- vous , ô pécheurs ? En quoi êtes-vous blessés, et quelle partie voulez-vous retrancher de cette morale ? Vous avez de grandes difficultés : est-ce la raison qui les dicte , ou la passion qui les suggère? Hél j'entends bien vos pensées : hé 1 je vois de quel côté tourne votre cœur. Vous demandez la liberté. Hé ! n'achevez pas, ne parlez pas davantage; je vous entends ti"op. Cette liberté que vous demandez , c'est une captivité misérable de votre cœur. Souffrez qu'on vous affranchisse et qu'on rende votre cœur à un Dieu à qui il est , et qui le redemande avec tant d'instance. Il n'est pas juste , mon frère , que l'on entame la loi en faveur de vos passions; mais plutôt qu'on retranche de vos passions ce qui est contraire à la loi. Car autrement que serait-ce? chacun déchirerait le précepte : Lacerata estlex *. Il n'y a point d'homme si corrompu à qui quelque péché ne déplaise. Celui-là est naturellement libéral : tonnez , fulminez tant qu'il vous plaira contre les rapines , il applaudira à votre doctrine. Mais il est fier et ambitieux , il lui faut laisser venger cette injure , et envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans cette intrigue dangereuse. Ainsi toute la loi sera mutilée , et nous verrons^ comme disait le grand saint Hilaire dans un autre sujet, « une aussi grande variété dans la doc- « trine , que nous en voyons dans les mœurs , et « autant de sortes de foi qu'il y a d'inclinations « différentes : » Tôt nunc fides existere, quotvoluntates; et totnobis doctrinas esse, quot mores ^

Laissez-vous donc conduire à ces lois si saintes , et faites-en votre règle. Et ne me dites pas qu'elle est trop parfaite et qu'on ne peut y atteindre. C'est ce que disent les lâches et les paresseux. Ils trouvent obstacle à tout ; tout leur paraît impossible; et lorsqu'il n'y a rien à craindre, ils se donnent à eux-mêmes de vaines frayeurs et des terreurs imaginaires. Dicit piger : Léo est in via et leœnain itineribus^. Dicit piger : Léo est forts, in medioplatearum occidendus sunt * : « Le paresseux dit : Je ne puis partir, il y a un

■ Ici se trouve le mot d'exemple entre deux crochets : l'auteur avait sans doute dessein d'appuyer sa proposition de quelque exemple. (Édit. de Bé/oris.)

2 Hab.i,i.

3 S. Hilar. Iib. ii, ad Constant, n" 4, col. 122Z * Prov. XXVI, 13.

» /6/d. XXII, 13

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