DE LA RELIGION
• lion sur ma route ; la lioune me dévorera sur les « grands chemins. Le paresseux dit : II y a un « lion dehors ; je vais être tué au milieu de la place « publique. » Il trouve toujours des difficultés , et il ne s'efforce jamais d'en vaincre aucune. En effet , vous qui nous objectez que la loi de l'Évangile est trop parfaite et surpasse les forces liumaines , avez-vous jamais essayé de la pratiquer? Contez-nous donc vos efforts; montreznous les démarches que vous avez faites. Avant que de vous plaindre de votre impuissance , que ne commencez-vous quelque chose? Le second pas, direz-vous, vous est impossible: oui, si vous ne faites jamais le premier. Commencez donc à marcher, et avancez par degrés. Vous verrez les choses se faciliter, et le chemin s'aplanir manifestement devant vous. Mais qu'avant que d'avoir tenté , vous nous disiez tout impossible ; que vous soyez fatigué et harassé du chemin sans vous être remué de votre place, et accablé d'un travail que vous n'avez pas encore entrepris : c'est une lâcheté non-seulement ridicule , mais insupportable. Au reste , comment peut-on dire que Jésus-Christ nous ait chargés par-dessus nos forces ; lui qui a eu tant d'égards à notre faiblesse , qui nous offre tant de secours , qui nous laisse tant de ressources , qui, non content de nous retenir sur le penchant par le précepte, nous tend encore la main dans le précipice , par la rémission des péchés qu'il nous présente ?
TBOISIÈME POINT. J
Je vous confesse , messieurs, que mon inquiétude est extrême dans cette troisième partie , non que j'aie peine à prouver ce que j'ai promis au commencement , c'est-à-dire , l'infinité de la bonté du Sauveur, Car quelle éloquence assez sèche et assez stérile pourrait manquer de paroles? Qu'y a-t-il de plus facile , et qu'y a-t-il , si je puis l)arler de la sorte , de plus infini et de plus immense que cette divine bonté, qui non-seulement reçoit ceux qui la recherchent , et se donne tout entière à ceux qui l'embrassent; mais encore rappelle ceux qui s'éloignent , et ouvre toujours des voies de retour à ceux qui la quittent? Mais les hommes le savent assez ; ils ne le savent que trop pour leur malheur. Il ne faudrait pas publier si hautement une vérité de laquelle tant de monde abuse. Il faudrait le dire tous bas aux pécheurs affligés de leurs crimes ; aux consciences abattues et désespérées. Il faudrait démêler dans la multitude quelque âme désolée, et lui dire à l'oreille et en secret : « Ah ! Dieu pardonne '< sans fin et sans bornes : » Misericordiœ ejus non est numerus '. Mais c'est lâcher la bride à
' Oral. Miss.pro gratiar. Act.
la licence , que de mettre devant les yeux des pécheurs superbes cette bonté qui n'a point de bornes; et c'est multiplier les crimes, que de prêcher ces miséricordes qui sont innombrables : Misericordiœ ejus non est numerus.
Et toutefois , chrétiens , il n'est pas juste que la dureté et l'ingratitude des hommes ravissent à la bonté du Sauveur les louanges qui lui sont dues. Élevons donc noti'e voix, et prononçons hautement que sa miséricorde est immense. L'homme devait mourir dans son crime ; Jésus- Christ est mort en sa place. Il est écrit du pécheur, que son sang doit être sur lui; mais le sang de Jésus-Christ et le couvre et le protège. 0 homme , ne cherchez plus l'expiation de vos crimes dans le sang des animaux égorgés. Dussiez-vous dépeupler tous vos troupeaux par vos hécatombes , la vie des bêtes ne peut point payer pour la vie des hommes. Voici Jésus-Christ qui s'offre , homme pour les hommes , homme innocent pour les coupables, homme Dieu pour de purs hommes et pour de simples mortels. Vous voyez donc, chrétiens, non-seulement l'égalité dans le prix, mais encore la surabondance. Ce qui est offert est infini ; et afin que celui qui offre fût de même dignité , lui-même qui est la victime , il a voulu aussi être le pontife. Pécheurs , ne perdez jamais l'espérance. Jésus-Christ est mort une fois ; mais le fruit de sa mort est éternel : Jésus-Christ est mort une fois ; mais « il « est toujours vivant, afin d'intercéder pour nous, » comme dit le divin apôtre '.
Il y a donc pour nous dans le ciel une miséricorde infinie ; mais pour nous être appliquée en terre, elle est toute communiquée à la sainte Église dans le sacrement de pénitence. Car écoutez les paroles de l'institution : « Tout ce que « vous remettrez sera remis ; tout ce que vous « délierez sera délié *. » Vous y voyez une bonté qui n'a point de bornes. C'est en quoi elle diffère d'avec le baptême. « Il n'y a qu'un baptême , » dit le saint apôtre , et il ne se répète plus : Unus Dominus, unafides, nnum haptisma ^. Les portes de la pénitence sont toujours ouvertes. Venez dix fois , venez cent fois , venez mille fois : la puissance de l'Église n'est point épuisée. Cette parole sera toujours véritable : Tout ce que vous pardonnerez sera pardonné ''. Je ne vois ici ni terme prescrit, ni nombre arrêté, ni mesure déterminée. II y faut donc reconnaître une bonté infinie. La fontaine du saint baptême est appelée dans les Écritures , selon une interprétation « une
< Hehr. vu, 25.
5 Matth. XVI, 19.
3 Eph. IV, 5.
♦ Joan. XX, 23.