‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 33 sur 164 · SUR LA NÉCESSITÉ DE LA PÉÎSITENCE · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ DE LA PÉÎSITENCE

sée , de pécher pour se repentir ! Le repentir qu'on prévoit n'est-il pas naturellement un frein au désir, et un arrêt à la volonté? Mais qu'un homme dise en lui-même : Je me détermine à cette action , j'espère d'en avoir regret , et je m'en retirerais sans cette pensée ; qu'ainsi le regret prévu devienne contre sa nature, et l'objet de notre espérance , et le motif de notre choix , c'est un aveuglement inouï , c'est confondre les contraires , c'est changer l'essence des choses. Non , non , ce que vous pensez , n'est ni un repentir ni une douleur : vous n'en entendez pas seulement le nom ; tant vous êtes éloignés d'en avoir la chose J Cette douleur qu'on désire , ce repentir qu'on espère avoir quelque jour, n'est qu'une feinte douleur et un repentir imaginaire. Ne vous trompez pas , chrétiens , il n'est pas si aisé de se repentir. Pour produire un repentir sincère, il faut renverser son cœur jusqu'aux fondements , déraciner ses inclinations avec violence , s'indigner implacablement contre ses faiblesses , s'arracher de vive force à soi-même. Si vous prévoyiez un tel repentir, il vous serait un frein salutaire. Mais le repentir que vous attendez n'est qu'une grimace ; la douleur que vous espérez, une illusion et une chimère : et vous avez sujet de craindre que par une juste punition d'avoir si étrangement renversé la nature de la pénitence , un Dieu méprisé et vengeur de ses sacrements profanés ne vous envoie , en sa fureur, non le peccavi d'un David , non les regrets d'un saint Pierre , non la douleur amère d'une Madeleine 5 mais le regret politique d'un Saiil , mais la douleur désespérée d'un Judas , mais le repentir stérile d'un Antiochus ; et que vous ne périssiez malheureusement dans votre fausse contrition et dans votre pénitence impénitente.

Vivons donc, mes frères, de sorte que la rémission des péchés ne nous soit pas un scandale. Rétablissons les choses dans leur usage naturel. Que la pénitence soit pénitence, un remède et non un poison ; que l'espérance soit espérance , une ressource à la faiblesse et non un appui à l'audace ; que la douleur soit une douleur ; que le repentir soit un repentir, c'est-à-dire , l'expiation des péchés passés et non le fondement des péchés futurs. Ainsi nous arriverons par la pénitence au lieu où il n'y a plus ni repentir ni douleur, mais un calme perpétuel et une paix immuable , [que je vous souhaite] au nom , etc.

SERMON

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