SUR LA DIVINITE DE LA RELIGION
« fontaine scellée, «fonssignatus '. Vous vous y lavez une fois ; on la referme , on la scelle ; il n'y a plus de retour pour vous. Mais nous avons dans l'Eglise une autre fontaine , de laquelle il est écrit dans le prophète Zacharie : « En ce jour, au jour « du Sauveur, en ce jour où la bonté paraîtra au « monde , il y aura une fontaine ouverte à la mai- « son de David et aux habitants de Jérusalem , « pour la purification du pécheur : » In die illa eritfons patens domui David et habitantibus Jérusalem , in abluiionem peccatoris *. Ce n'est point une fontaine scellée , qui ne s'ouvre qu'avec réserve , qui n'est point permise à tous , parce qu'elle exclut à jamais ceux qu'elle a une fois reçus '.fons signatus. Celle-ci est une fontaine non-seulement publique , mais toujours ouverte : Erit fons patens : et ouverte indifféremment à tous les habitants de Jérusalem, à tous les enfants de l'Église. Elle reçoit toujours les pécheurs : à toute heure et à tous moments les lépreux peuvent venir se laver dans cette fontaine du Sauveur, toujours bienfaisante et toujours ouverte.
Mais c'est ici , chrétiens , notre grande infidélité : c'est ici que l'indulgence multiplie les crimes, et que la source des miséricordes devient une source infinie de profanations sacrilèges. Que dirai-je ici , chrétiens , et avec quels termes assez puissants déplorerai-je tant de sacrilèges qui infectent les eaux de la pénitence ? « Eau du « baptême , que tu es heureuse , disait autrefois « TertuUien ; que tu es heureuse , eau mystique , « qui ne laves qu'une fois ! » Félix aqua quœ semel abluit! « qui ne sert point de jouet aux « pécheurs I » Félix aqua quœ semel abluit, quœ ludibrio peccatoribus non est ! ^ C'est le bain de la pénitence toujours ouvert aux pécheurs , toujours prêt à recevoir ceux qui retournent ; c'est ce bain de miséricorde qui est exposé au mépris par sa facilité bienfaisante , dont les eaux servent contre leur nature a souiller les hommes : quos diluit inquinat : parce que la facilité de se laver, fait qu'ils ne craignent point de salir leur conscience. Qui ne se plaindrait, chrétiens, de voir cette eau salutaire si étrangement violée , seulement à cause qu'elle est bienfaisante? Qu'inventerai-je', où me tournerai-je pour arrêter les profanations des hommes pervers, qui vont fôire malheureusement leur écueil du port?
Les pécheurs nous savent bien dire qu'il ne faut que le repentir, pour être capable d'approcher de cette fontaine de grâces. En vain nous disons à ceux qui se confient si aveuglément à ce repentir futur : Ne voulez-vous pas considé-
' Cant. rv, 22.
' ZrtcA. XIII, I.
» De Bapt. n" 15.
rer que Dieu a bien promis le pardon au repen- , tir ; mais qu'il n'a pas promis de donner du temps pour ce sentiment nécessaire? Cette raison convaincante ne fait plus d'effet , parce qu'elle est trop répétée. Considérez, mes frères, quel est votre aveuglement : vous rendez la bonté de Dieu complice de votre endurcissement. C'est ce péché contre le Saint-Esprit , contre la grâce de la rémission des péchés. Dieu n'a plus rien à faire pour vous retirer du crime. Vous poussez à bout sa miséricorde. Que peut-il faire que de vous appeler, que de vous attendre , que de vous tendre les bras , que de vous offrir le pardon? C'est ce qui vous rend hardis dans vos entreprises criminelles. Que faut-il donc qu'il fasse? Et sa bonté étant épuisée et comme surmontée par votre malice , lui reste-t-il autre chose que de vous abandonner à sa vengeance? Hé bien ! poussez à bout la bonté divine : montrez-vous fermes et intrépides à perdre votre âme : ou plutôt insensés et insensibles, hasardez tout, risquez votre éternité ; faites d'un repentir douteux le motif d'un crime certain : quelle fermeté , quel courage ! mais ne voulez-vous pas entendre combien est étrange , combien insensée , combien monstrueuse cette pensée de pécher pour se repentir? Obstupescite , cœli^ super hoc ' : « 0 ciel, ô terre, étonnez- « vous d'un si prodigieux égarement ! » Les aveugles enfants d'Adam ne craignent pas de pécher, parce qu'ils espèrent un jour en être fâchés ! J'ai lu souvent , dans les Écritures , que Dieu envoie aux pécheurs l'esprit de vertige et d'étourdissement ; mais je le vois clairement dans vos excès. Voulez-vous vous convertir quelque jour, ou périr misérablement dans l'impénitence? Choisissez, prenez parti. Le dernier est le parti des démons. S'il vous reste donc quelque sentiment du christianisme , quelque soin de votre salut , quelque pitié de vous-même , vous espérez vous convertir; et si vous croyiez que cette porte vous fût fermée , vous n'iriez pas au crime avec l'abandon où je vous vois. Se convertir, c'est se repentir : vous voulez donc contenter cette passion , parce que vous espérez vous en repentir? Qui a jamais ouï parler.d'un tel prodige? Est-ce moi qui ne m'entends pas ? ou bien est-ce votre passion qui vous enchante ? Me trompé-je dans ma pensée ? ou bien êtes-vous aveugle et trouWé de sens dans la vôtre? Quand est-ce qu'on s'est avisé de faire une chose, parce qu'on croit s'en repentir quelque jour? C'est la raison de s'en abstenir sans doute : j'ai bien ouï dire souvent : Ne faites pas cette chose , car vous vous en repentirez.
Mais ô aveuglement inouï ! ô stupidité insen-
' Jerem. ii, 12.