‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 69 sur 164 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

plaisirs célestes, tu désarmes le diable, tu amortis les passions : ô jeûne , médecine salutaire contre le dérèglement de nos convoitises, malheureux ceux qui te rejettent, et qui t'observent en murmurant contre une précaution si nécessaire ! Loin de nous, mes frères, de tels sentiments : jeûnons , jeûnons d'esprit et de corps. Comme nous retranchons pour un temps au corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à l'âme les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retironsnous des conversations et des divertissements mondains : modérons nos ris et nos jeux , faisons succéder en leur place le soin d'écouter l'Évangile qui retentit de toutes parts dans les chaires : c'est le son de cet Évangile qui fait trembler les démons. Sanctifions le jeûne par l'oraison ; purifions l'oraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué et d'une âme dégoûtée des plaisirs sensibles ' .

Assez de bals, assez de danses, assez de jeux, assez de folies. Donnons place à des voluptés et plus chastes et plus sérieuses. Voici, mes frères, une grande joie que Dieu nous donne pour ce carême. Cette fille du ciel ne devait point être accueillie par une joie dissolue : il faut une joie digne de la paix , qui soit répandue en nos cœurs par l'esprit pacifique.

Qui ne voit la main de Dieu dans cet ouvrage? Que notre grande reine ait travaillé à la paix de toute sa force ; quoique ce soit une action toute divine , j'avoue que je ne m'en étonne pas : car que lui pouvait inspirer cette tendre piété qui l'embrase , et cet esprit pacifique dont elle est remplie? Nous savons , nous savons , il y a longtemps , qu'elle a toujours imité Dieu , dont elle porte sur le front le caractère ; elle atoujours pensé des pensées de paix.

Mais n'y a-t-il pas sujet d'admirer, de voir notre jeune monarque toujours auguste s'arrêter au milieu de ses victoires , donner des bornes à son courage, pour laisser croître sans mesure l'amour qu'il a pour ses sujets ; aimer mieux étendre ses bienfaits que ses conquêtes ; trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triomphes ; et se plaire

« « Ainsi nous serons terribles au diable , nous verrons cet n ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts ; et au « lieu de succomber aux attaques de tous ces esprits dévoyés, « nous irons remplir dans le ciel les places que leur désertion « a laissées vacantes. C'est le bonlîeurque jevous souhaite, au « nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. Amen. »

Ces paroles étaient destinées, dans la première intention de l'auteur, pour conclure son discours ; mais il leur a dans la suite sulîslitué le morceau qui en tient la place , pour parler de la paix des Pyrénées , qui fut conclue le 7 novembre 1659, entre la France et l'Espagne, par le cardinal Mazarin et don Louis de Haro , plénipotentiaires de ces deux puissances. Cette paix eut pour une des principales conditions le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. {Édit. de Déforis

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