‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 101 sur 245 · VI. La persécution de Dioclétien · texte numérisé non relu

VI. La persécution de Dioclétien

Elle commença en l’an 303, le 49 de l'empire de Dioclétien, par le renversement des Églises, vers la fête de Ja passion de notre Seigneur, date mémorable pour l'Église souffrante ‘ "L'année d'après, la persécution fut très-violente; mais dans le temps qu’on y commença par tout l’empire des fêtes solennelles pour la vingtième année de l'empereur, les prisons furent ouvertes, et les chrétiens participèrent à la grâce comme les autres ; puisqu'il est expressément marqué que le célèbre martyr d’Antioche saint Romain demeura seul dans les fers, et seul acheva son glorieux martyre *. Quelque temps après, et dans la plus grande ardeur de la persécution , las de verser du sang , les persécuteurs se relâchèrent d'eux-mêmes par deux fois, et à la fin on changea la peine de mort en d’autres supplices *. En Occident, la grande furie de la persécution ne dura que deux ans ; mais encore que l'Orient eût plus à souffrir, il paroït que dès le commencement, Maximin se relâächa durant queique temps, et en pénéral, que les tyrans se ralentissoient et se réchauffoient comme à diverses reprises “. Dans la huitième année, fut publiée la célèbrerétractation deGalère Maximien, un peu avant sa mort ‘. Les Églises jouirent de la paix, même en Orient, et sous Maximin. Un peu après, Maxence fut vaincu par Constantin, la croix érigée dans Rome, et la paix donnée par le vainqüeur ‘. Encore que Maximin, qui avoit été contraint d'abord à se relâcher de ses rigueurs, les ait redoublées un peu après, elles ne durèrent pas longtemps; et Licinius, alors uni à Constantin, entreprit bientôt la guerre, où le tyran perdit la vie. À son tour Licinius devint luimême persécuteur, et tôt après il périt, après avoir été souvent vaincu ? L

Voilà en gros le cours des persécutions, et je n’ai pas ici besoin d’une discussion plus scrupuleuse des années. Cela

1 An. 303. Lact. de Mort. 11,19. Eus. vrrr. edit. Valent. 2. Id. in Chron.— 2 Eus. lib. de Mort. 2.3 Id. lib. de Martyr. 9, 43. Lib. vrrr. 12. Lib. de Mart. 3. — 4 Ibid. 4, 13. Lib. varr. 44. Ibid. 46, 17.

5 An. 311, 812. Eus, lib. 1x. 1. et seq. — 6 Ibid. 1x. 9. An. 813. — = 7 An. 319, 323.

CHAPITRE X. 199 suffit pour faire voir qu’encore que Dieu n'épargnât pas le sang de ses saints, il leur donnoit de temps en temps un peu de repos, c'est-à-dire, qu’il donnoit aux forts le temps de respirer, aux foibles celui de s'affermir, à ceux qui étoient tombés, celui de se relever, et enfin aux saints pasteurs celui de recueillir leurs brebis dissipées.

VIT. Seconde circonstance des persécutions : qu’elles finissoient ordinai… rement par un châtiment exemplaire des persécuteurs, comme celle d’Antiochus.

C’est ainsi que Dieu mesuroit les souffrances à son peuple selon sa bonté et sa sagesse, comme il avoit fait autrefois du temps d’Antiochus. Mais il ne fit pas moins éclater, dans les persécutions de son Eglise, la seconde circonstance de la persécution d’'Antiochus, qui fut celle d’avoir fini par le supplice du persécuteur : car pour ne point ici parler des princes persécuteurs que Dieu peut avoir épargnés, ou pour leurs autres bonnes qualités, comme un Trajan, ou un Mare Aurèle, ou enfin pour des raisons qu’il n’est pas permis de rechercher : pour peu qu’on sache la fin d’un Néron, d'un Domitien, d’un Maximin, d’un Dèce, d’un Valérien, des deux Maximiens, du dernier Maximin, et des autres, et qu’on en pèse le temps et les circonstances, on y verra la main de Dieu clairement marquée, et un livre admirabie de Lactance que Dieu a rendu à nos jours ‘, nous met cette vérité sous les yeux.

Nous y voyons entre autres choses que Dioclétien n’eut pas plutôt consenti à la persécution, que son bonheur l’abandonna. Frappé d’une maladie où il perdit le sens, il tomba dans un si grand affoiblissement, qu’il ne put résister à Galère, qui le contraignit secrètement à quitter l'empire. Cette abdication tant vantée, et qui parut au dehors si volontaire, fut l'effet de sa foiblesse et de la secrète violence que lui fit son gendre. Eact. de Mort. 17, 48. La fin des autres princes fut encore plus manifestement funeste : on n’y voit rien que de tragique *. Dieu, pour ainsi dire, voulut marquer les perséeuteurs à la marque d’Antiochus; et afin qu'il n'y

: Lact. lib. de Mort. persec, — ? Lact. de Mort. 34, 49. Eus,vrrr. 16, 47.40 10,

manquât aucun trait, il voulut dans cette dernière persécution, que les deux dont le peuple saint avoit le plus longtemps éprouvé la rage, c’est-à-dire, Galère Maximien et Maximin, en périssant comme Antiochus, et par un supplice semblable, fissent aussi, à son exemple, des déclarations favorables aux chrétiens qu’ils avoient tant haïs, et laissassent à la postérité un témoignage immortel d'un repentir autant inutile que forcé.

VIII. Une autre circonstance des persécutions : l'Église plus glorieuse,

après les avoir souflertes ; et la même chose arrivée après la persécution d’Antiochus.

La persécution d’Antiochus fit voir encore une vérité, qui parut avec éclat dans les persécutions de l'Église; c’est que bien loin que le peuple juif ait été détruit, comme ses ennemis l’avoient espéré, il devint plus illustre que jamais, nonseulement par les victoires de Judas le Machabée, mais encore en s’affranchissant du joug des Gentils, et rétablissant sous la famille des Asmonéens le royaume de Judée. Ainsi l'Église de Jésus-Christ, loin de tomber sous le poids de tant de persécutions, alloit, croissant sous le fer et parmi les tourments. Les victoires de ses martyrs, plus éclatantes que le soleil , lui donnoïient tous les jours une nouvelle gloire. Ce fut après les derniers efforts qu’on eut faits sous Dioclétien pour la détruire entièrement, et lorsqu'on se flattoit le plus, comme on verra, de la pensée de l’avoir éteinte, qu’elle se releva plus que jamais, et que libre de la tyrannie des Gentils, elle régna sur la terre dans la personne de Constantin et de ses successeurs, comme saint Jean le célèbre dans toute sa prophétie, et en particulier dans le chapitre xt, qu'on va entendre aisément après ces remarques.

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