CHAPITRE XI
EXPLICATION DU CHAPITRE XIe
. Les caractères des persécutions en général. Ils sont appliqués en particulier à celle de Dioclétien. Saint Jean nous en donne un premier crayon, qui sera perfectionné dans le chapitre suivant,
4. Lève-toi, et mesure le temple... Le commencement de la persécution de Dioclétien est marqué dans tous les auteurs par le renversement des Eglises que les chrétiens avoient bàties dans une longue paix '. Afin qu’on ne s’en étonne pas, saint Jean nous montre un temple et un autel que les hommes ne peuvent abattre.
Et ceux qui y adorent. Dans cette même persécution de Dioclétien, il devoit arriver aussi beaucoup de chutes et d’apostasies; mais saint Jean fait voir que tout ce qui est parfaitement au dedans selon l'élection éternelle, ne périt point.
Mesure le temple de Dieu, et l'autel, et ceux qui y adorent. Ceci représente la société des élus, où tout est mesuré et compté, parce que Dieu ne veut pas que rien y périsse.
2. Mais laisse le parvis qui est hors du temple. [n'ya point de mesure prise pour ce qui est hors de cette société.
Il a été abandonné aux Gentils. La sainte société des élus est inaccessible aux Gentils, qui ne peuvent la diminuer : mais l'extérieur de l'Église leur est en quelque sorte abandonné ; et ils y feront d’étranges ravages. Necroyez donc pas que tout soit perdu quand vous en verrez la profanation. On renversera les églises matérielles : mais il y a un sanctuaire qui n’est pas bâti de main d'homme, et sur lequel aussi la main des hommes ne peut rien. Les tourments feront tomber plusieurs chrétiens : mais le fondement de Dieu demeurera ferme. Et voici le sceau qu'il a : le Seigneur connoît ceux qui sont à lui; et bienheureux celui qui invoque le nom du Seigneur. IT. Tim. 11. 19.
Ils fouleront aux pieds la sainte cité. Les chrétiens seront sous la tyrannie des infidèles; mais si les infirmes tombent, l'Église subsistera dans les forts. C’est la première chose que saint Jean remarque dans les persécutions : l'Église toujours subsistante.
1 V, Sup. Reflex. n, 6.
Quarante-deux mois. Voici la seconde chose qu'il faut remarquer : les persécutions de l'Église, et même celle de Dioclétien, quoique la plus longue de toutes, auront un terme préfix et marqué de la main de Dieu.
Pourquoi quarante-deux mois? Ne retombons pas ici dans la petitesse de vouloir toujours trouver des nombres précis : c’est ici un nombre mystique; et pour nous en faire connoître l'importance, saint Jean le répète souvent comme on va voir.
3. Et je donnerai à mes deux témoins, et ils prophéliseront. C’est moi qui leur donnerai de prophétiser, c’est-àdire, je leur en donnerai l'ordre et la grâce. Mille deux cent soixante jours : c'est les quarante-deux mois dont il vient de parler, à composer les mois de trente jours, selon l’ancienne supputation. Ce nombre mystérieux se trouve encore dans le temps où lafemme, c’est-à-dire, l'Église, sera nourrie dans le désert, c’est-à-dire, dans la persécution. Elle y sera, dit saint Jean, mille deux cent soixante jours, xur. 6. Et un peu après : Elle y sera un temps, des temps, et la moitié d'un temps, ibid. 44. C’est, au style de l’Ecriture, une année, deux années, et une demi-année, en tout trois ans et demi. Et encore au chapitre x11. 5; la guerre qu'on fera aux saints, doit durer quarante-deux mois. Tout cela sous de différentes expressions, fait le même nombre d'années, de mois et de jours : car et les quarante-deux mois, et les mille deux cent soixante jours composent trois ans et demi, et le tout ensemble se réduit au nombre rond de douze fois trente jours. Saint Jean retourne ce nombre en tant de façons par années, par mois et par jours, afin que le lecteur attentif, en faisant sa supputation, et trouvant toujours le même nombre, sente enfin que c’est un nombre mystique consacré aux persécutions de l'Eglise, à cause que c’est celui où fut renfermée celle d’Antiochus qui les figuroit. Et en effet tout ceci est visiblement tiré de la prophétie de Daniel, où l’ange détermine Ja persécution d’Antiochus à un temps, deux temps, etun demi-temps, Dan. vir. 25, c'est-à-dire, comme tout le monde en couvient, un an, deux ans, et un demi-an, conformément à ce qui est dit de Nabuchodonosor dans le même Daniel :