‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 105 sur 245 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Sept ans passeront sur lui; c’est-à-dire, il passera sept années, Dan. 1v. 43, 22. Selon cette explication du mot de temps, familière à l'Écriture et à Daniel, ce prophète détermine le temps donné à Antiochus pour persécuter les enfants de Dieu à trois ans et demi en tout : ce quifut en effet le temps précis de cette persécution, ainsi qu'il a été dit, Réflex. sur les perséc., n. 3.

Nous voilà done très-distinctement renvoyés par saint Jean à la prophétie de Daniel, et à la persécution d’Antiochus, pour y trouver le vrai caractère des persécutions de l'Église, c’est-à-dire, pour y entendre un terme arrêté de Dieu, un terme abrégé exprès pour le salut des élus, un terme qui finisse ordinairement par le châtiment éclatant des persécuteurs, et souvent même par un aveu public de leur faute avant leur supplice, comme en effet il est arrivé presque toujours, et constamment dans la dernière persécution que saint Jean avoit principalement en vue ‘.

Il ne faut pas ici s'émouvoir de ce que trois ans et demi excèdent de quelques jours le nombre de mille deux cent soixante jours. On sait assez que l'Écriture arrondit les nombres. On a vu que saint Jean règle celui-ci, dont il fait le caractère de la persécution, sur le pied de douze fois trente jours : et au surplus la justesse des prophéties se doit trouver dans les grands caractères, et non pas dans les minuties.

Dieu a voulu que quelques-unesdes persécutions, parexemple, celle de Valérien, eût précisément le nombre de trois ans et demi, comme on a dit *. Les autres, qui durèrent ou un peu plus, ou un peu moins, n’eurent pas moins un terme abrégé et fixé par le doigt de Dieu, et n’en finirent pas moins par une conclusion pareille.

Ce temps de trois ans et demi est encore celui de la mémorable sécheresse qui arriva sous Élie, IIL. Reg. xviT, XVIII. Luc. 1v. 25. Jac. v. 17, sécheresse qui revient assez à la persécution, comme il sera remarqué sur le Y. 6.

C'est donc à dire, en un mot, que l’Église sera réduite au même état où fut autrefois le peuple de Dieu, trois ans et demi, et durant cette effroyable famine, et depuis encore

1 Réflex. n. 3, et suiv.—2 Réflex. n. 5. — ? Esth. x1v. 9.

sous la tyrannie d’Antiochus; et s’il faut aller plus avant, comme on voit dans tout cette prophétie le nombre de sept consacré pour signifier quelque chose de complet, ainsi qu’on l'a remarqué, ch. v. 4, le temps de trois ans et demi, qui fait justement la moitié de sept ans, et partage par le milieu une semaine d'années, doit marquer un temps imparfait qui n'arrive pas à son terme : de cette sorte on le prend pour le temps mystique auquel les persécutions sont fixées, pour marquer qu’étant resserrées par la main de Dieu, elles ne parviendront jamais au terme complet que se proposoient les persécuteurs, comme il paroîtra encore mieux par les remarques sur les versets 9 et 11.

Et ils prophétiseront revêtus de sacs, dans l’affliction, dans la pénitence. Ceci marque la persécution; et remarquez que les deux témoins ne cesseront de prophétiser durant tout le temps de la persécution : car la persécution dure quarante-deux mois, ÿ. 2, et la prophétie dure douze cent soixante jours, #. 3, afin qu'on ne pense pas que l’Église soit réduite à un état invisible, ou que les persécuteurs viennent à bout, comme ils le prétendoient, de fermer la bouche de ceux qui louent Dieu *

Ils prophétiseront. Le ministère prophétique ne consiste pas seulement dans la prédiction de l'avenir, mais encore dans l’exhortation, et dans la consolation; et qui veut voir que toutes ces grâces et les dons tant ordinaires qu’extraordinaires, même celui de la prophétie dans sa partie la plus éminente, qui est la prédiction de l’avenir, ne manquoïient pas à l'Église durant la persécution, n’a qu’à lire les lettres de saint Cyprien, où lon voit les merveilleux avertissements par lesquels Dieu préparoit son Église aux maux qu’il lui envoyoit, et l'esprit de force qu’il y conservoit pour la soutenir : c’est aussi ce qu’on peut voir dans toute l'Histoire ecclésiastique.

Mes deux témoins. Témoin, c'est martyr, comme on sait. Saint Jean marque ici le vrai caractère de ces temps, où l'É: glise éclatoit principalement dans ses martyrs, pendant

1 Esth, x1v. 9,

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