CHAPITRE XI
Dieu, et pour en châtier les ennemis. La douceur est marquée dans les deux oliviers et dans les deux chandeliers, dont lalumière consolera les enfants de Dieu; et l’efficace de la vengeance paroît dans toute la suite. Au reste, pour peu qu’on entende le style de l'Écriture, on ne s’étonnera pas que ces grands effets de la justice divine soient attribués aux deux témoins, puisque c’est pour l'amour d'eux que Dieu les envoie.
7. Quand ils auront achevé leur témoignage : après qu’ils auront beaucoup souffert, et qu’ils auront accompli le temps de ce témoignage laborieux, qu’ils devoient rendre dans l’afflietion et dans la peine : remarquez ce terme achevé, qui désigne la fin des persécutions.
La bête qui s'élève de l'abime : il n’en a point encore été parlé, et elle ne paroîtra que dans les chap. xrrr. et xvir. Mais saint Jean nous y renvoie dès ici, pour montrer la liaison de ce chapitre avec les suivants, où nous trouverons l'explication de tout le mystère.
Les vaincra et les tuera : en apparence et selon le corps. Les choses viendront à un tel point, qu’à force de faire la guerre aux chrétiens, les Gentils croiront en avoir aboli le nom. C’est ici un des caractères de la persécution de Dioclétien. On avoit vu jusqu'alors les persécutions se ralentir de temps en temps; et on attribuoit à ce relächement la subsistance de l'Église. On résolut done sous Dioclétien, de faire un dérnier effort, et de s’acharner contre les 2684 tiens jusqu’à ce qu’on en eût éteint toute la race. On flatta même les empereurs de la gloire d’avoir accompli ce grand ouvrage vainement tenté par leurs prédécesseurs. Il faut ici se ressouvenir des colonnes trouvées en Espagne avec ces inscriptions dont voici l’abrégé.
Aux empereurs Dioclétien et Maximien : pour avoir étendu l'empire ramain, éteint le nom des chrétiens qui détruisoient l'Etat, aboli leur superstition par toute la terre, et augmenté le culte des dieux. Ces inscriptions trouvées en Espagne, étoient sans doute répandues de même dans tout l'empire. On n’avoit point encore flatté les empereurs de la gloire d’avoir tout à fait éteint le nom odieux des chrétiens.
210 L'APOCALYPÉE,
C’est ce que saint Jean appelle ici avoir fait mourir les deux prophètes : et il ne pouvoit représenter la persécution de Dioclétien par un caractère qui lui fût plus propre.
8. Leurs corps seront étendus dans les places de la grande ville. Le grec, dans la place, au singulier. Saint Jean représente ici les martyrs comme privés par les lois de tous les honneurs, et même de ceux qu’on rend aux morts. On voit partout dans les actes des martyrs, et en particulier dans ceux de saint Taraque, le grand périloù il falloitse mettre pour donner la sépulture aux saints, dont même on laissoit souvent les corps mélés avec ceux des scélérats, afin qu’on ne les püût distinguer : ce qui paroît principalement durant la persécution de Dioclétien.
Dans les places de la grande ville, qui est appelée spirituellement Sodome et l'Egypte. C'est Rome et l'empire romain : Sodome, par son impureté; Egypte, par sa tyrannie etses abominables superstitions, où le peuple de Dieu étoit captif comme autrefois en Egypte, où les chrétiens et les chrétiennes avoient souvent plus à souffrir pour la chasteté que pour leur foi, comme l'ame juste de Lot étoit tourmentée à Sodome par les actions détestables de ses habitants. 11. Pet Gr 58:
Où même leur Seigneur a été crucifié. En prenant la grande cité pour Rome avec son empire, il est vrai, au pied de la lettre, que Jésus-Christ y a été crucifié, même par la puissance romaine : et il est vrai encore que cette même Rome qui avoit crucifié Jésus-Christ en sa personne, le erucifioit tous les jours dans ses membres, comme dans le chapitre suivant nous le verrons enfanté dans ses membres par son Église, x1r. 5.
9. Leurs corps étendus trois jours et demi. Ce même nombre de jours est encore répété Y.11.On voit doncici clairement, et pour les jours comme pour les années, un nombre mystique, et justement la moitié d’une semaine. Mais ici, trois jours et demi : C'est-à-dire, la moitié de la semaine de jours signifie un temps très-court; et beaucoup plus court encore que celui de la persécution. Car si la persécution ne parvient pas jusqu’à la semaine d'années, et n’en passe pas