‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 110 sur 245 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Il ne restoit plus après cela, pour nous marquer toute la suite de la vengeance de Dieu sur ses ennemis, qu’à nous représenter le dernier coup donné tout ensemble à l’idolâtrie et à Rome persécutrice : mais comme il devoit être la punition de ses cruautés contre l'Eglise, saint Jean, après l'avoir annoncé en général au chapitre x, nous y est encore montré comme le prophète destiné de Dieu à nous en décrire les causes et toute la suite dans les chapitres suivants.

I] paroît par toutes ces choses, que l’Apocalypse est comme une histoire suivie des jugements que Dieu exerce sur les ennemis de son Église, en commençant par les Juifs et finissant par les Gentils, sans oublier entre deux les hérétiques, à cause des secrets rapports qu’ils ont avec les uns et avec les autres, aussi bien qu'avec l'Église elle-même, pour en exercer et éprouver les vrais fidèles : et cette histoire est suivie, nonseulement par l’ordre des choses, mais encore en quelque facon par celui des temps.

Au chap. xr, commence l'histoire des persécutions romaines, dont nous voyons d’abord quatre caractères. Nous voyons aussi la raison pourquoi saint Jean s'arrête principalement à celle de Dioclétien, qui par la même suite des conseils de Dieu, devoit tout ensemble, et ravager l'Eglise avec le plus de fureur, et en même temps la porter au plus haut : point de sa gloire.

On voit en même temps la grande cité qui perséeutoit les saints, c'est-à-dire, Rome, dans une commotion si violente,

que tout son empire en est ébranlé. Les guerres contre Maxence nous sont icf figurées, et cette suite de choses nous mèné au Y. 44, où se voit aussi l’accomplissement du second Væ.

On entend aussitôt après le son de la septième trompette, où autant qu’on est consolé par le règne de Jésus-Christ, autant est-on saisi de frayeur par les menaces qu'on y entend mèlées en confusion avec celles du jugement dernier. Mais des choses si importantes y sont dites encore tellement en général, qu’elles doivent dès là nous faire attendre un plus grand éclaircissement dans les chapitres suivants , selon le génie des prophéties, et en particulier de celle-ci, où Dieu

nous mène comme par degrés dans une plus grande lumière, et tout ensemble dans une considération plus profonde de ses jugements.

Tout ceci démontre donc que la prophétie de saint Jean, depuis le chapitre rv jusqu’au xvint, où la chute de Rome est marquée avec des traits si perçants et si vifs, n’est qu’un seul et même tissu ; et saint Jean le marque très-expressément , lorsque dans ce chapitre xt, ÿ. 7, il attribue le massacre des deux témoins, à Ja bête qui s’élèvera de l’abime.

: On n’en avoit point encore oui parler, et on ne la verra paroître qu'aux chapitres xr1r et xvrr. On ne peut donc pas douter que le chapitre x1 n’ait sa relation avec les suivants, et que ce ne soit de là qu’il en faut attendre la parfaite explication.

Les trois Væ sont encore un signe certain pour faire comprendre à un lecteur attentif la liaison de tous ces chapitres, c'est-à-dire, des précédents et des suivants. Car évidemment le premier Væ finit au Y. 12 du chapitre 1x, où finit en même temps ce qui avoit une relation plus particulière avec les Juifs ; et le second Væ qui finit au chapitre x1, Ÿ. 14, comprend ce qui devoit arriver aux Gentils, à commencer au Y.43 du chapitre 1x, depuis les malheurs de Valérien jusqu'à ceux de Maxence, chapitre xt, Ÿ. 14. On nous avertit dans le même verset, que le troisième Væ viendra bientôt. Il faut donc l’attendre encore; et nous n’en verrons nulle mention que vers la fin de la prophétie, où nous l’entendrons retentir avec un cri si terrible et si perçant, que les plus sourdes oreilles en seront émues.

Il paroît donc, encore un coup, par tout ceci que toute la prophétie est liée ensemble depuis le chapitre 1v, jusqu'aux chapitres xvrir et x1x. Les sceaux nous engagent dans les trompettes. A la quatrième trompette commencent les trois Væ, dont les deux premiers achèvent dans la cinquième et dans la sixième trompette; et le dernier est réservé à l’explication de l’effet de la septième, qui ne paroîtra tout entier qu’au chapitre xvnrr, dont le x1x est la suite, où aussi nous prendrons soin de le faire entendre.

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