CHAPITRE XIII
dans la Palestine, reçut ordre de sacrifier aux quatre rois, c'est-à-dire, à Dioclétien, à Maximien, à Galère Maximien, et à Constantius Chlorus; ce qui justifie parfaitement que la persécution s’exerçoit au nom de tous les princes.
On pourroit ici objecter ce qu'Eusèbe écrit de Maxence, qu’il fit d'abord cesser la persécution à Rome, et dans les terres où il commandoit, et même qu'il fit semblant d’être favorable aux chrétiens au commencement de son empire, dans le dessein de gagner le peuple romain, dont une grande partie avoit déjà embrassé le christianisme, Eus. vrrr. 14. Mais après tout, ce ne fut ici qu'un faux semblant, et Eusèbe ayant remarqué la douceur trompeuse de ce prince envers ses sujets chrétiens au commencement de son règne, il fait bien entendre qu'à la fin, et lorsqu'il se crut entièrement établi, il ne les épargna pas davantage que tout le reste des citoyens romains. Au reste, il est constant par tous les auteurs, que Maxence a été des plus attachés à toutes les impiétés de l'idolâtrie , à ses sacrifices impurs, et à ses cruelles divinations, où l’on voit qu'il n’épargnoit pas le sang humain, croyant, comme tous les autres, trouver des présages plus exquis dans les entrailles des enfants que dans celles des animaux, Eus. de vit. Const. r. 3. Zoz. 11. Et encore qu’en apparence il ait arrêté la persécution en quelques endroits, comme l’assurent des auteurs irréproch: bles, l’Église ne laissoit pas de souffrir beaucoup; puisqu'on renioit Jésus-Christ dans la paix même, et que le pape saint Marcel ayant soutenu la vigueur de la discipline contre une si lâche apostasie, le tyran prit de là occasion de l'envoyer en exil. C’est ce qu'on voit dans-l’épitaphe de ce saint pontife, composée par saint Damase, un de ses plus saints successeurs. Saint Marcel fut donc sous Maxence le martyr de la discipline, en quoi l'Église ne se tient pas moins persécutée que lorsqu'on l’attaque dans la foi; et quand tout cela auroit manqué à la cruauté de Maxence, ce que ses desirs impudiques firent souffrir aux femmes chrétiennes, lui peut donner rang parmi les plus infâmes persécuteurs *. Aussi fut-il ce grand ennemi
1 Eus. de Mart. I. Act. Procop. in not. Val, ibid. — ? Eus. vrrr, 44. de vit. Const, 1. 33, 34.
250 L'APUCALYPSE,
que Dieu abattit au pied de sa croix, par les armes et par la victoire de Constantin.
On ne peut ici s'empêcher de dire un mot de Constantius Chlorus, dont l'empire fut si doux aux chrétiens, que loin de faire souffrir aucun d’eux, il épargna autant qu'il put jusqu'aux églises, Eus. vr1. 43. Aussi n’est-ce pas tant ses dispositions particulières qu'il faut ici regarder, que le personnage qu’il faisoit dans le monde au temps de cette dernière persécution. Il étoit constamment un des empereurs au nom desquels on l’exerçoit. Nous avons vu qu'on obligeoïit à lui sacrifier par tout l'univers, comme aux autres princes. II est mort très-constamment dans l’idolâtrie, comme dans l'empire; et il a été mis par les Romains au rang de leurs dieux, Eus. vrr. 43. Il n’a jamais révoqué les cruels édits, qui subsistoient par conséquent de son consentement et de son autorité dans tout l'empire; et la première révocation qui en est marquée dans l’histoire, est celle Ge 311 de Galère Maximien, de Constantin et de Licinius après la mort de Constantius Chlorus. Jusque-là les sanglants édits subsistoient par tout l'empire dans toute leur force, de l’autorité de tous les empereurs, sans en excepter Constantius ; et même nous apprenons de Lactance, auteur du temps, et de l'intime familiarité de ce prince, qu’étant encore césar, pour se conformer aux ordres publics dont il étoit l’exécuteur naturel en cette qualité, il laissa abattre les églises dans ses provinces, et même dans les Gaules : ce qui emportoit avec soi la suppression du culte et des assemblées : malheur que Constantius auroit pu sauver à l'Église, comme il lui sauva les martyres, s’il n’avoit jugé à propos de rendre quelque obéissance, quoique non pas jusqu’à l'extrémité, aux ordres des persécuteurs. Lact. de mort. 15. Tout cela étoit plus que suffisant, pour obliger notre apôtre à mettre cet empereur au nombre des sept, sous lesquels l'Église souffrit, et par qui il a voulu
caractériser la persécution de Dioclétien.
Si maintenant on demande pourquoi, contre notre coutume, nous prenons ici le nombre de sept pour un nombre fixe et précis, ce n’est pas seulement à cause d’une si heureuse rencontre, quoiqu’après tout il n’en faudroit pas rejeter