CHAPITRE XIII
la circonstance favorable; mais c'est à cause que saint Jean nous donnera en termes formels ce nombre de sept comme précis, et qu’il en fera un caractère particulier du temps qu'il veut désigner, comme on le verra, xvir. 9,10, 11.
Et dix cornes. Nous verrons ce que c’est dans le chapitre XVII. 3, 42, où saint Jean en explique le mystère.
On demandera, pour entendre la figure de la bête, comment ces dix cornes étoient distribuées sur les sept tètes. On peut ici se représenter comme trois têtes principales, qui auroient chacune deux cornes, et les quatre autres chacune une; mais il faut bien que cela soit inaïfférent, puisque saint Jean n'en a rien dit. Il est certain néanmoins que parmi les sept empereurs, il y en eut trois plus remarquables que les autres, comme on verra Y. 2.
Dix diadèmes sur ses cornes : à cause que ses cornes signifient des rois, comme saint Jean l’expliquera, xvir. 42. Une des bêtes de Daniel a aussi dix cornes, Dan, vis. 7, et ces cornes sont aussi des rois, le même, ÿ. 24. Mais ce que font ces dix cornes et ces dix rois dans saint Jean, lui-même nous l’expliquera dans le chapitre xvir.
Des noms de blasphèmes sur ses têtes. C’est sur ces sept montagnes des faux dieux à qui elles étoient dédiées, et dans ses empereurs les noms des dieux dont ils se faisoient honneur, Dioclétien ayant pris le nom de Jupiter, d'où il fut nommé Jovius, et Maximien celui d’Hercule, d'où il fut nommé Herculius. L'autre Maximien se disoit le fils de Mars, Lact. de mort. 9. Nous trouvons aussi que Maximin, un de nos sept empereurs, prit le nom de Jovius, Eus. 1x. 9. Et Eactance raconte que ces noms superbes de Joviens et d'Herculiens, que Dioclétien et Maximien avoient affectés, étoient passés à leurs successeurs, De mort. 52.
2, La bête que je vis éloit semblable à un léopard. Saint Jean ne voit qu’une seule bête, parce qu'il ne vouloit désigner qu'un seul empire, qui étoit celui de Rome païenne : au lieu que Daniel, qui en vit quatre, vit aussi quatre bêtes bien distinguées. Mais celle de saint Jean est composée de ce qu'il y avoit de plus terrible dans celles de Daniel. Une de cesbètes de Daniel ressembloit à un lion, une autre à un ours, une
autre à un léopard. Saint Jean laisse la quatrième, dont la figure n’a point de nom dans Daniel, vis. 4, 5, 6, et il compose la bête qu'il nous représente, du lion, de l'ours et du léopard. C'est encore un autre caractère de la persécution de Dioclétien : nous l'avons vu dans tout son cours sous sept empereurs ; mais elle devoit commencer seulement par trois, c’est-à-dire, par Dioclétien et par les deux Maximiens. Lact. de mort. 146. 4b Oriente usque ad Occasumtres acerbissimæ bestiæ sœvierunt. Trois bêtes très-cruelles tourmentoient le monde depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, et y exercoient une impitoyable persécution. Voilà done les trois bêtes de saint Jean, voilà son lion , son ours et son léopard , trois animaux cruels, mais qui , avec le caractère commun de Ja cruauté, en ont aussi de particuliers que nous allons voir.
La bête... éloit semblable à un léopard. La figure du léopard faisoit le corps de la bête. Cet animal est le symbole de l’inconstance par la variété des couleurs de sa peau; et c’est pourquoi les interprètes l’attribuent dans Daniel aux mœurs inconstantes d'Alexandre : mais ce caractère ne convient pas moins à Maximien, surnommé Herculius, qui quitte l’empire et le reprend ; qui dans ce retour s'accorde premièrement avec son fils, et incontinent après devient jaloux de sa gloire, et le veut perdre; qui se fait ami de Galère Maximien, dont il machine la perte; qui en dernier lieu se rallie avec son gendre Constantin, qu’à la fin il veut encore faire périr. Lact. de mort. 26, 28, 29, 30. Voilà donc le léopard; et il faut bien remarquer que saint Jean en a voulu faire le corps de la bête; parce que malgré son humeur changeante, il sembloit être le plus opiniâtre persécuteur de l’Église, ayant commeñcé avant tous les autres en Occident, où il régnoit une persécution très-violente plusieurs années avant l’édit de la persécution générale. C’est là que périrent une infinité de martyrs, et entre autres, comme le raconte saint Eucher, cette fameuse légion thébaine avec son chef saint Maurice, lan de Jésus-Christ 297, selon Baronius, plutôt selon quelques autres, et constamment plusieurs années avant le cruel édit. à
Ses pieds ressembloient aux pieds d'un ours. C'est Galère