CHAPITRE XIII
l'idolâtrie, puisqu’ayant été abattue par Constantin, tout à <oup, cinquante ans après, elle sembla reprendre la vie sous ‘ Julien.
Qui est semblable à la bête? Les Gentils disoient alors plus que jamais que la religion romaine étoit invincible, puisqu’elle revenoit de si loin, et qu'après une telle résurrection, rien ne pourroit plus abattre les dieux qui avoient rendu les anciens Romains maîtres de la terre.
5. Etil lui fut donné une bouche qui se glorifioit. La vanité de Julien paroït de tous côtés, même dans Ammian Marcellin, son admirateur, lib. xxv, et Julien même dans ses Césars, semble ne mépriser tous les autres empereurs, que pour se mettre au-dessus d'eux tous, seglorifiant d’une protection spéciale des dieux, et finissant cet ouvrage par ces paroles que Mercure, le dieu de l'éloquence et le protecteur des hommes de génie, lui adresse : Pour toi, dit-il, je l'ai fait con noître le soleil ton père : marche sous sa conduite, et pendant cette vie, et après ta mort : par où il lui promettoit une gloire immortelle, et un éclat semblable à celui du soleil, Jul. Cæs. in fine.
Et prononçoit des blasphèmes : voyez le verset suivant.
Et le pouvoir lui fut donné. C’est la consolation des saints, qu’on ne peut rien contre eux, non plus que contre leur chef Jésus-Christ, que le pouvoir n’en soit donné d'en haut. Jean. xt à
Le pouvoir lui fut donné de faire. Le pouvoir d’entreprendre tout, de faire ce qu’elle voudra, ou le pouvoir de faire la guerre aux saints, comme Ÿ. 7. Durant quarantedeux mois. On re nous demancera plus maintenant pourquoi ce nombre, dont la raison a déjà été expliquée. La perséeution de Julien a eu ses bornes très-courtes, marquées de Dieu, comme celle d’Antiochus. Comme elle aussi, elle a fini par le prompt châtiment de son auteur; et si Julien, se sentant blessé à mort, a dit, en s’adressant à Jésus-Christ, comme le rapporte Théodoret ‘ : Tu as vaincu, Galiléen ; ou, comme le raconte un autre historien *, en s'adressant au soleil, qu'it avoit pris pour son protecteur : Rassasie-toi de mon fs
1 Theod, ar. 925. — 2 Philost. 1. vis. n. 15.
c'est, avec plus d’impiété qu’Antiochus, se reconnoître néanmoins vaincu comme lui, et confesser qu’il s’étoit trompé dans Ja confiance qu’il avoit eue en ses dieux.
Il faut remarquer que saint Jean ne dit pas ici que l'Église se soit retirée dans le désert, comme elle avoit fait dans les persécutions précédentes, x11. 6, 14, parce que du temps de Julien, il n’y eut aucune interruption dans son service public. Au reste, il n’y a rien eu de plus dur à l’Église que les insultes de Julien, ses moqueries pleines de blasphèmes , ses artifices inhumains, sa sourde et impitoyable persécution : car en faisant semblant d’épargner aux chrétiens le dernier supplice, illes abandonnoït cependant à la fureur des villes, qui les mettoient en pièces impunément . Il en faisoit aussi mourir lui-même un assez grand nombre sous de différents prétextes , tâchant de pousser à bout leur patience par de continuelles et insupportables vexations. Cette affliction ne dura qu'environ deux ans, autant que l'empire de Julien ;
mais elle ne fut pas moins pesante à l Église qu'une plus longue souffrance, parce qu’elle la trouva “fatiguée par les violences des ariens et de l'empereur Constance, leur protecteur, dont Julien profitä. .
G. Pour blasphémer contre Dieu, pour blasphémer son nom el son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel. Les blasphèmes de Julien ne s'élevèrent pas seulement contre Jésus-Christ, mais encore contre son Église, sisnifiée par le tabernacle, et contre les saints, signifiés par es “habitants de ce tabernacle sacré : en particulier contre saint Pierre, contre saint Paul, contre saint Jean, contre les martyrs, qu'il appeloit des misérables punis par les lois, et adorés par dés insensés. Ses blasphèmes étoient exquis et ingénieux, parce qu'ils venoient d'un homme qui connoissoit le christianisme, et qui tâchoit de le combattre par ses propres maximes, pour le rendre ridicule. C’est ce qu’on peut voir dans saint Cyrille, Bb. 11, 116, VI, var, viit, p. 262. x, p. 327, 335. cont. Jul. et dans les autres auteurs ecclésiastiques.
1 Soc. 111 9, 10, 41,13, etc. Theodor. 111. 6, 7, et seq. Soz. 1v. 3, 4, 5, 8, 9, 10, 14, etc. Philost. 1. vrr. Greg. Naz. orat. 3. quæ est 4. in Jul.