‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 121 sur 245 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Maximien, animal venu du Nord, que son humeur sauvage et brutale, et même sa figure informe dans son énorme grosseur, avec sa mine féroce, rendoient semblable à un ours, Lact. de mort. 9. Ce que le même Lactance remarque en un autre endroit par ces paroles : 1} avoit, dit-il, coutume de nourrir des ours qui lui ressembloient par leur grandeur et par leur férocité. Habebat ursos ferociæ ac magnitudinis suæ simillimos, ibid. 21. Voilà donc l'ours de saint Jean bien marqué : mais il ressembloit à l'ours principalement par les pieds, à cause de son excessive et insatiable rapacité, ce prince ne songeant à autre chose qu'à tout envahir, Lact. ibid. 20, 23, 26.

Et sa gueule à la gueule d'un lion. C'est Dioclétien qui étoit dans ce corps monstrueux, comme la première tête qui se présentoit d’abord; car c'étoit le premier empereur qui avoit adopté les autres, comme on a vu. On le nomme pourtant le dernier ; parce qu’en effet il n'étoit pas le plus animé contre les chrétiens. Ce fut Galère Maximien qui le contraignit à donner le sanglant édit, aussi bien qu’à quitter l’empire, Lact. 11.

On lui attribue la gueule, et la gueule d’un lion, à cause de l’édit sanguinaire qui sortit de sa bouche, où son nom étoit à la tête comme celui du premier et principal empereur. I] ne faut pas regarder ici son humeur particulière, mais le personnage qu'il faisoit dans la persécution, qui étoit sans difficulté le premier; d’où vient aussi que cette persécution est intitulée de son nom, comme on a dit.

3. Et je vis une de ses têtes. Saint Jean vit d’abord la bêteavectoutesses sept têtes : maisnous verrons dans la suite, xvir. 10, qu’elles disparoissoient les unes après les autres, comme firent aussi ces empereurs.

Comme blessée à mort. La blessure de cette tête attiroit après elle la mort de la bête : de là vient qu’on la représente dans la suite comme ayant éfé blessée à mort, et comme ayant repris la vie, Y. 44. Et en effet, ces têtes disparoissant les unes après les autres, lorsque la bête en vint au point qu’elle n’en avoit plus qu’une, et qu’elle y fut blessée à mort, il est clair qu’elle devoit paroîtrec omme morte. Or

nous verrons, xvir. 10, qu'il fut un temps que la bête n’avoit que la sixième tête, les cinq premières étant passées,.et la septième n'étant pas encore venue. Quand donc cette sixième tête fut coupée, la bête devoit paraître comme morte; et c’est ce qui arriva du temps de Maximin, lorsque les cinq premiers tyrans étant morts, et n’y ayant plus que lui qui persécutât l'Église, l'empire de l’idolâtrie sembloit mort en la personne de ce tyran: ce qui paroitra plus clairement sur le chapitre XVI. Ÿ. 10.

Mais cette plaie mortelle fut quérie. La persécution de Licinius, quoique sanglante, fut trop légère en comparaison des autres, pour être ici regardée comme la résurrection de la béte ; puisque même Sulpice Sévère a remarqué qu’il falloit à l'Église pleine de force, quelque affliction plus violente pour mériter qu’elle la comptât parmi ses plaies. Res levioris negotii, quâm ut ad Ecclesiæ vulnera pertineret, lib. 11. 40. Mais on n’a pas beaucoup à chercher la résurrection de la bête, puisqu'elle paroît toute manifeste cinquante ans après sous Julien l’Apostat, lorsqu'il abjura le christianisme, et qu'il rétablit l'empire de l’idolâtrie.

Et toute la terre. suivit la bête, C’est ce qui paroît dans la suite, lorsqu'il est dit: Æ{ la puissanse lui fut donnée sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue et sur toute nation, Y. 7, ce qui convient parfaitement à Julien l’Apostat, qui réunit tout l'empire sous sa puissance. C’est donc à ce temps précis que nous est marquée la résurrection de la bête, et non pas dans les temps de Licinius, où il n’y eut qu’une très-petite partie de l'empire qui eut à soufire

4. Ils adorèrent le dragon. Les autels des démons furent rétablis. Au reste, cet endroit donne à connoître que le dragon paroissoit encore, et que saint Jean voit ici quelque chose qui lui fait dire qu'on l'odora. Voyez x11. 17, 18, et XVI. 43. Îls adorèrent le dragon, qui lui avoit donné puissance... Si la puissance de Dieu avoit paru admirable, lorsque son Eglise, en apparence accablée, et n’attendant plus que le tombeau, fut tout d’un coup relevée, xr. 11, 12; le diable sembloit avoir fait un semblable prodige en faveur de

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