CHAPITRE XIII
clétien avant qu'il fût empereur, étoit Dioclès. 11 s appeloit Dioclès devant son empire, Lact. de mort. 9. Et ensuite il quilta la pourpre et redevint Dioclés, ibid. 49. Pour en faire un empereur, qui est ici ce que saint Jean a désigné par la bête, il ne faut qu’ajouter à son nom particulier Dioclés, sa qualité Augustus, que les empereurs avoient en effet accou- - tumé de joindre à leur nom : aussitôt on verra paroître d’un coup d'œil dans les lettres numérales des Latins, ainsi qu’il est convenable, $’agissant d’un empereur romain, le nombre 666 DloCLes AUGVsrVs : pczxvi. Voilà ce grand persécuteur que saint Jean a représenté de tant de manières ; voila celui que Julien a fait revivre : c’est pourquoi on marque son nom plutôt que celui de Julien.
C’est ici la sagesse : c'est-à-dire, que c’est une chose qu'il faut pénétrer avec une soigneuse recherche. Car premièrement il faut trouver le nom d’un homme, en qui ce nombre se rencontre : secondement, il faut que cet homme soit un empereur, et encore un empereur sous lequel il n’ait pas été permis de vendre ni d'acheter, sans se souiller par ladoration des faux dieux : troisièmement, quand on a trouvé que c'est à Dioclétien seul que celà convient, pour trouver le nombre en question dans son nom, il faut savoir le prendre comme il le portoit lorsqu'il étoit particulier, et y joindre le mot qui signifie sa qualité d'empereur : quatriemement, il faut trouver que ce nombre doit être pris dans les lettres numérales latines, à cause qu'il s’agit d’un prince romain.
C’est une chose remarquable que Nicolas de Lyre ", cherchänt un nom artificiel où se trouvât, selon le chiffre latin, le nombre 666, n’en a point trouvé de plus propre que ce mot DICLVX, invénté exprès, où en effet ce nombre se trouve ; et en même temps il est si conforme au nom véri-
table Dioclès, qu’on doit croire que c’étoit là qu’il falloit viser.
Au’reste, si nous voulions appliquer ici le Lateinos de saint Irénée,' où se trouve le même nombre dans les lettres grecques numérales, il nous seroit aisé de dire, selon la conjecture de ce Père’, que par ce nombre saint Jean auroit dési-
x Ap. Gloss, Ord, Hie. — 2 Iren. lib. v.
gné l'empire romain et l’idolâtrie romaine : mais ce n’est pas de quoi il s’agit, puisque cet apôtre nous avertit expressément que le nom dont il s’agit étoit un nom d’homme qu'il falloit trouver ; mais qu'onne pou voit trouver sans une grande attention.
Les interprètes protestants font ici deux fautes : la première, c’est de chercher le nombre de 666 dans le nom de la . seconde bête ‘, qu’ils veulent être le pape, au lieu que visiblement c'est dans le nom de la première qu'il le faut chercher; car ce n’est pas elle-même que la seconde bête fait adorer, c'est la première : ce n’est pas son caractère, ou son nom d'elle-même qu’elle fait porter, mais celui de la première bête; ce nom mystérieux est donc le nom de la première bête, et non pas de la seconde. La seconde faute des protestants est
“de s'arrêter au nom Lateinos, qui, dans le sens qu’ils le prennent, ne fut jamais le nom propre d’un homme.
Nous pouvons compter pour troisième faute des protestants, d'appliquer au pape le Y. 17, à cause des canons des conciles de Tours et de Latran sous Alexandre III, qui défendent d'exercer aucun négoce avec les Vaudois et les Albigeois, ni d'avoir aucun. commerce avec eux en vendant, ou en achetant * : mais:il faudroit encore remonter plus haut; puisque ees canons, comme il est expressément déclaré dès les premiers mots de celui de Latran, ne sont que l’exécution des anciennes lois, qui déclarent l’hérésie un crime capital contre l’État, et qui ordonnent de punir les hérétiques parconfiscation de leurs biens, et leur ôtent tout pouvoir de donner, d'acheter, ni de vendre, ni de faireaucune sorte de contrat ?. Si donc il suffit, pour être Antechrist, de défendre aux hérétiques d’acheter ou de vendre, c’est Honorius et Théodose qui ont mérité ce titre. Et si les protestants répondent que le reste des caractères marqués par saint Jean ne conviennent pas à ces empereurs, c'est à eux à faire voir, non par de froides allégories, mais par des faits positifs et historiques, que ces caractères conviennent mieux à Alexandre III, un.
* Apoc. xt11. 42, 16, 17. — 2 Usser. de suec. Ecc. 959, Joseph. Med.
ad cap. 43. Apoc. p. 509. Concil. Tur. Can. 1v. Later. Can, xxxvir. — 3 Cod, de Hær. 1. 8, etc.