CHAPITRE XIII
portoient la marque imprimée avec un fer chaud sur le poignet ou sur le front; d'autres y mettoient les noms des dieux, ou les premières lettres de ces noms, ou le nombre que composoient les lettres numérales qu'on y trouvoit. Saint Jean faisant allusion à cette coutume, représente par les gens marqués de ces caractères ceux qui étoient dévoués à l’idolâtrie et aux idoles. Ceux qui veulent savoir les preuves de cette coutume, peuvent consulter Grotius, Hammond et Possines sur ce passage de l'Apocalypse. Le fait est constant. On faisoit de la mème sorte une marque sur les soldats. On cite aussi pour cette coutume de se dévouer à quelqu'un par l'impression de ces caractères, le passage du cantique où il est dit : Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur, comme un sceau sur vatre bras, Gant. vus. 6. Et sans aller plus loin, on voit les élus porter la marque de Dieu, c’est-à-dire, son saint nom et le nom de l'Agneau gravé sur leur front, Apoc. vit. 3. XIV. 4.
17. Et que personne ne puisse acheter ni vendre, que celui qui auroît le caractère de la bête. Ceci a un rapport manifeste à la persécution de Dioclétien, à laquelle saint Jean nous ramène pour les raisons qu’on a vues. Tous les interprètes, et autant les protestants que les catholiques, rapportent ici un hymne du vénérable Bède à l’honneur de saint Justin, martyr : ce n’étoit pas ce célèbre philosophe saint Justin qui souffrit le martyre au second siècle ; la passion de celui-ci arriva sous Dioclétien, et nous voyons dans cet hymne qu'on ne permettoit d'acheter, ni de vendre, ni même de puiser de l'eau dans les fontaines, qu'après avoir offert de l’encens à des idoles rangées de tous côtés. Bed. Hymn. in Just. C’est ce qu’on n’avoit jamais vu dans aucune persécution. Ceci est propre à Dioclétien : mais Julien, dans lequel il devoit revivre, entreprit quelque chose desemblable, lorsqu'il fit jeter des viandes immolées dans les fontaines et fit jeter de l’eau consacrée au démon sur tout ce qui se vendoit au marché, pour forcer les chrétiens à participer aux sacrifices impurs, Théod. 111. 15.
Et que personne ne puisse acheter ni vendre. On peut encore rapporter à cette défense la loi de Dioclétien, qui ren-
doit les chrétiens incapables ‘de ‘toute action en justice, à moins de sacrifier auparavant aux idoles : ce qui étoit dans le fond leur interdire le commerce et la société des hommes ; et c’est ce que saint Jean avoit.exprimé populairement par les termes d’acheter et de vendre. Nous apprenons de Lactance et de saint Basile ‘, que Dioclétien fit cette défense ; et Sozomène a écrit qu’en cela il fut suivi de Julien *. Saint Grégoire de Nazianze * semble dire qu’il n’en eut que le dessein : mais pour concilier ces deux auteurs, on peut dire que le dessein de Julien fut de le faire par une loi expresse, comme saint Grégoire .de Nazianze le témoigne, et qu’en attendant que Ja loi füt publiée, la chose ne laissoit pas de s’exécuter par voie de fait :-et toujours avoir conçu un tel dessein, est un caractère de Dioclétien digne d’être remarqué. On voit assez par toutes ces choses combien il y avoit de raison de faire paroître la persécution de Julien avec celle de Dioclétien, et à sa suite; et quand saint Jean revient de Julien à Dioclétien, il ne fait que nous rappeler à la source.
18. C'est ici la sagesse : Que celui qui a de l'intelligence compte le nombre de la bête. Saint Jean ne se contente pas de nous avoir désigné la bête que Julien avoit fait revivre, c’est-à-dire, Dioclétien ; il nous en va dire le nom dans ce langage mystique, dont Dieu révèle le secret quand: il lui plait.
Car c’est le nombre d'un homme : c’est le nombre du nom d’un homme, car c'est du nom et non pas du nombre qu’il falloit dire la propriété; et d’ailleurs ce n’est rien dire d’un nombre, que de dire que ce soit un nombre d'homme, n’y en ayant point d’une autre nature. C’est donc'le nombre du nom d’un homme qu'il falloit chercher; et ce devoit être le nombre du.nom de Dioclétien : carce devoit être le nombre du nom de la bête.qu’on a fait revivre, et encore plus précisément le nom de celui dont il falloit porter le caractère, pour acheter et pour vendre, dans le verset précédent. Celuilà très-constamment est Dioclétien.
Et son nombre est six cent soixante-six. Le nom de Dio-
‘ Lact. de Mort, 15. Basil. orat, in Julit.— 2 Soz. v.. 18. — 3.Orat. us, din Jul.