‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 146 sur 245 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

lérien à celui de la chute de Rome. C’est au pied de la lettre que l'empire d'Occident fut alors divisé en trois, Honorius à Ravenne, Attalus à Rome, Constantin dans les Gaules, Oros. vir. 40, 42. Zoz. v. vr. Quoiqu'il ne faille pas toujours s'attacher scrupuleusement aux nombres précis, il neles faut pas refuser quand ils se présentent, et surtout quand ils font, comme ici, un caractère du temps.

Et les villes des nations tombérent. Les Goths prirent plusieurs places ; les provinces de l'empire furent en proie, les Gaules, les Espagnes , la Grande-Bretagne et les autres.

Dieu se ressouvint de la grande Babylone. En ce même temps Rome fut prise par Alaric.

20. Toutes les îles s'enfuirent , et les montagnes disparurent : tout le monde sembloit aller en ruine. C’est ainsi que les prophètes nous représentent la chute des grands empires, Ezech. xxvri. 45, 18. Les îles seront ébranlées, on les verra s'émouvoir dans le milieu de la mer. Ailleurs : Les montagnes se sont ébranlées comme de la cire, Ps. xcvI. 5. Nous avons vu un passage de saint Jérôme, où il dit, qu'avec Rome on crut voir périr tout l'univers, Hieron. Proœæm. in 1. lib. comm. Ezech. Voyez Préf. n. 8.

24. Et une grande grêle, comme du poids d'un talent. C’est le poids terrible de la vengeance de Dieu, et les coups de sa main toute-puissante.

Et les hommes blasphémèrent. Les paiens imputèrent encore ce dernier malheur aux chrétiens, et c’est ce qui donna lieu au livre de saint Augustin de la Cité de Dieu, Retr. de Civ. lib. r. C’est ce qui devoit commencer du temps de Valérien, et s’achever entièrement à la chute de Rome : mais cette chute devoit encore être précédée et accompagnée des événements que le Saint-Esprit va découvrir au saint apôtre dans le chapitre suivant.

On voit maintenant toute l’économie de celui-ci; et on peut entendre comment ces sept plaies sont appelées les plaies dernières, xv. 1, par le rapport qu’elles ont avec la chute prochaine de Rome. Il faut toujours se souvenir que le premier coup qui en ébranla l'empire, vint des Perses et du côté d'Orient, et que la plus grande plaie que Rome eût

reçue de ce côté-là, lui arriva sous Valérien ‘, puisque ce fut proprement à cette occasion que l'Occident commenca à être inondé par les Barbares, et qu'il fallut en quelque sorte leur abandonner cette partie de l'empire où Rome étoit, en tournant vers l'Orient le fort des armes. Ce fut donc alors que fut frappé ce grand coup, dont le contre-coup porta si loin, et à la fin fit tomber Rome. C’est pourquoi nous avons vu que le Saint-Esprit, qui va toujours à la source, dès qu’il commence à parler des plaies arrivées à l'empire idolâtre, met en tête les armées immenses qui passent l'Euphrate, sup. 1x. 44, 45. Or, que ce fût la première plaie qui dût frapper directement l'empire idolâtre, le Saint-Esprit a voulu le déclarer, en ce que c’est aussi la première fois où il est parlé d'idoles dans toute la prédiction de saint Jean : Et ils ne se repentirent pas, dit-il, d’avoir adoré les démons, et les idoles d'or et d'argent, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ibid. 20, 21. Nous avons encore observé * que ceux dont les châtiments sont décrits dans les chapitres précédents, étoient les Juifs, et qu’aussi il n’est point du tout parlé d’idoles, ni d'idolâtrie. Tout cela fait voir clairement que le dessein de saint Jean étoit de montrer la source des malheurs de l’empire, comme venue d'Orient; et c’est pourquoi, prêt à expliquer plus expressément la chute de Rome dans les chapitres xvrir, il en revient encore là; il fait encore paroître les rois d'Orient, et l'Euphrate traversé, xvr. 12, et il donne tout un chapitre à faire voir les effets de ce funeste passage et tous les autres fléaux de Dieu qui l'accompagnèrent : où le lecteur doit prendre garde qu’à mesure qu’on avance dans ce chapitre, on trouve toujours l'empire enfoncé dans de plus grands malheurs, et la cause de ces malheurs mieux expliquée : c'est pourquoi, après avoir vu jusqu’au ÿ. 40, et à la cinquième phiole, les trois fléaux ordinaires, la peste, la guerre et la famine; à la cinquième phiole on voit l'empire attaqué dans sa tête, c'est-àdire, dans l’empereur même, et de là un horrible obscurcissement de tout le corps, Y. 40. Ensuite on en voit la cause dans les succès prodigieux des rois d'Orient, et dans les ba- ? Voyez Hist. abr, n. 9. — 2 Voyez Erplic. des ch. vit, vrrr.

CHAPITRE XVII. 275 tailles funestes à l'empire qui devoit périr, #. 12, 43, 14, 45, 16. C’est ce que montre la sixième phiole; d’où suit enfin dans la septième cette commotion universelle de l'air par où saint Jean finit son chapitre, et où il voit la ruine de Rome enveloppée, en sorte qu’il ne lui reste plus qu’à l’exprimer clairement, comme il fait dans les deux chapitres suivants. Pour mieux marquer la liaison de ce chapitre avec le ix. depuis le #. 10, et la sixième trompette, il a voulu que cette sixième trompette concourüût avec la sixième phiole : d’où il ne faut point conclure que les phioles concourent toutes avec les trompettes ; puisque, comme nous avons vu, . les premières trompettes regardent les Juifs, dont il n’est plus nulle mention dans toute la suite; et qu’il y a succession dans les trompettes, ce qui n’est point dans les phioles: de sorte que c’est assez d’avoir marqué le concours de la sixième trompette avec une des phioles pour le marquer avec toutes les autres; et c’est peut-être aussi pour cette raison, que comme l’endurcissement et l’impénitence des idolâtres est marquée dans la sixième trompette, 1x. 20, 21, elle est aussi marquée dans tout ce chapitre, xvr. 9, 11, 21.

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