‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 148 sur 245 · EXPLICATION DE LA PREMIÈRE PARTIE DU CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PREMIÈRE PARTIE DU CHAPITRE XVII

Sept empereurs idolâtres, sous qui la dernière persécution est exercée : Maximien Herculius est. un des sept : pourquoi il est aussi en quelque facon le huitième ?

4. Un des sept anges. Cet ange exécuteur de la justice de Dieu en va faire entendre les secrets à saint Jean dans un

1 Des abominations. — 2 Quoiqu'elle soit, xx Tépése. Une autre lecon du grec porte xai mœpéço, et elle doit venir. C'est ainsi qu'a lu saint Hippolyte, Demonst. de Antich. de l'édition de Gudius. A Paris, 4660. p. 0. — 3 C’est le huitième, qui est de ces sept.

CHAPITRE XVII. 277 plus grand détail, et lui expliquer en même temps la vision du chap. xx1r,

De la grande prostituée, T1 faut voir sur la prostituée ce qui est dit Pref. n.10, et sur le verset suivant, et encore à la fin de cet ouvrage dans l'Avertissement aux protestants, n. 9, qui est assise sur les grandes eaux : Qui domine sur plusieurs peuples, ci-dessous , 45.

2. Avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus. Ils ont adoré, non-seulement les dieux romains, mais encore Rome elle-même et ses empereurs; c’est là aussi leur enivrement, ci-dessous, Y. 4.

3. Dans le désert. Saint Jean est transporté dans un lieu où il ne voit d’autre objet que celui qu’il va décrire. Une femme assise sur une bête de couleur d’écarlate, pleine de noms de blasphème : c'est la bête, qui est pleine de ces noms comme il paroît dans le grec. Cette bête, par les caractères qui lui sont donnés, est la même qui paroît au chapitre x111. Elle a, comme elle, sept têtes, dix cornes avec dix diadèmes et des noms de blasphème, car on l’appeloit la ville éternelle : on lappeloit dans les inscriptions Rome la déesse : on lui donnoit le titre de déesse de la terre et des nations, Terrarum Dea Gentiumque Roma, Martial. Epigr. x11. 8. Et sur tout cela il faut voir ce qui a été dit au chap. xr11. 4. On ajoute ici l’écarlate comme la couleur de l'empire et des princes, et aussi pour signifier le sang répandu et la cruauté.

Une femme assise sur une bête. Saint Jean explique clairement que la bête et la femme ne sont au fond que la même chose, et que l’une et l’autre c’est Rome avec son empire. C’est pourquoi la bête est représentée comme celle qui a sept montagnes, #. 9, et la femme est la grande ville qui domine sur les rois de la terre, Y. 18. L'une et l’autre est donc Rome : mais la femme est plus propre à marquer la prostitution, qui est dans les Ecritures le caractère de l’idolâtrie. 11 est dit de Tyr, qu'après son rétablissement elle se prostituera de nouveau aux rois de la terre, Isaïe, xxrxr. 17. Niniveaussi est nommée une prostituée, belle et agréable, pleine de maléfices, qui a vendu les nations dans ses prostitutions. Nah. ur, 4, Isaie parle aussi à Babylone comme à une prostituée :

On découvrira ta honte, on verra ton ignominie, ô toi qui t'es plongée dans tes délices ! ! Isaïe, XLVIL. 3, 8.

En ce sens, il n’y eut jamais une prostituée qui ait égalé la vieille Rome : car outre ses dieux particuliers, elle adora tous les dieux des autres nations, qui tous: avoient leurs: temples dans Rome; et tel étoit son aveuglement,. qu’elle mettoit une partie de sa religion dans le culte qu’elle rendoit à tousles faux dieux. Non-seulement elle étoit abandonnée à ces faux dieux, mais encore elle provoquoit tous les peuples par son autorité et par son exemple à de semblables corruptions. À. La femme étoit vêtue de pourpre. La couleur de son

habit désigne Rome, ses magistrats et son empire, dont la pourpre étoit la marque : les pierres précieuses, et ses richesses immenses paroissent sur elle comme les marques de sa vanité, et comme l'attrait de l'amour impur qu’elle vouloit inspirer. Les anges et les saints sont habillés avec dignité, mais plus simplement. L'Église est représentée par une femme revêtue du soleil, environnée de lumière et de gloire; elle a des ailes quand elle veut fuir; tout y est céleste : ici on voit proprement la parure d’une prostituée. En sa main un vase d'or, selon ce qui est écrit : Babylone est une coupe d'or qui enivre toule la terre ; toutes les nations ont bu de son vin, c'est pourquoi elles sont enivrées. Jér. 1x. 7. Par ce vin de Babylone, il faut entendre les erreurs et bles vices dont elle HR toute la terre.

. Sur son front : Mystère : comme s’il disoit : C'est ici un ir mystique; sous le nom de la prostituée, c’est Babylone; et sous le nom-de Babylone, c’est Rome. C’est le: sens le plus naturel : mais on peut encore entendre, si l’on veut, que Rome avoit ses mystères dans sa religion, sur lesquels sadomination étoit fondée. Elleétoit consacrée à Mars par sa naissance, ce qui la rendoit, disoit-on, victorieuse : dédiée par des auspices favorables, ce que les anciens appeloient, Urbem auspicatà conditam. Elle avoit.ses divinations, et surtout elle avoit les livres sibyllins, livres secrets et mystérieux, où elle croyoit trouver les destinées de son empire. La grande Babylone : Babylone dans F Écriture, c'est la terre des idoles ; c'est la montagne empestée qui corrompt la terre;

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