CHAPITRE XVII
Jérém. 1. 25, 47, 52. Ses idoles, ses enchantements, ses maléfices, ses divinations sont marqués dans tous les prophètes, et en particulier Isaïe, xzvr. 9, 42. On voit donc bien pourquoi saint Jean représente Rome sous le nom de Babylone, dont elle avoit tous les caractères; dominante comme elle, comme elle pleine &'idoles et de divinations; et perséeutrice des saints qu’elle tenoit captifs.
6. Je fus surpris d'un grand étonnement. T1 ne savoit ce que vouloit dire un si nouveau et si étrange spectacle. Peutêtre aussi fut-il étonné de voir que celle qu’on lui montroit si riche et si dominante, alloit être en un moment précipitée,
8. La bête que tu as vue, étoit et n'est plus. Ce n’est pas du temps de saint Jean que cela s'entend : on ne pouvoit pas dire alors que la bête n’étoit plus, puisqu'on dit au contraire qu’elle devoit s'élever de l’abime, et ensuite aller à sa perte. On voit done bien que l’ange parloit à saint Jean, non par rapport au temps où il vivoit, mais par rapport à un certain temps où il le situe, et auquel convient ce qu'il lui dit. Or le temps qui convient le mieux à toute l’analogie de la prophétie de cet apôtre, est celui que nous verrons Y. 40, où le règne de l’idolâtrie commence à cesser. La bête qui étoit, et qui n'est plus : cette bête, c’est, comme on a dit souvent, et comme on va voir encore, Rome païenne avec son idolätrie. Le grec ajoute, ef toutefois elle est, où quoiqu'elle soit : ce qui sera examiné ci-dessous après le Ÿ. 10, lorsqu'on reprendra le ÿ. 8.
9. Les sept têtes, sont sept montagnes. 10. Et sept rois. Il faut voir sur tout ceci ce qui est dit chapitre xr1r. 1.
40. Cinq sont tombés. Ainsi le nombre de sept est dans les sept têtes un nombre précis, puisque saint Jean les compte, et les voit passer les unes après les autres.
Cinq sont tombés : l'un est encore, et l'autre n'est pas encore venu. Voici un dénoûment manifeste de la prophétie. Le Saint-Esprit situe saint Jean à l'endroit de la persécution, où de sept empereurs idolâtres sous lesquels elle avoit été exercée, et que nous avons vus, x11. À, cinq étoient passés ou tombés, comme on voudra le traduire, c’est à savoir, Dioclétien, Maximien, Constantius Chlorus, Galère
Maximien , et Maxence. Un étoit encore; c'étoit Maximin. Le septième n'étoit pas encore venu; C'étoit Licinius, qui étoit bien déjà empereur, mais qui n’avoit pas: pris encore ce caractère qui lui est propre, d’avoir exercé en particulier, après tous les autres, une persécution dont il fut le seul auteur. Alors donc, et dans le temps où saint Jean s’arrête ici, c’est-à-dire, au temps de Constantin, de Licinius et de Maximin, Licinius étoit si éloigné de ce caractère particulier de persécuteur, qu'au contraire il étoit d'accord avec Constantin; etles édits qu’on publioit en faveur des chrétiens, se faisoient en commun par ces deux princes, Lact. de mort. A8. Euseb. x. 5; etc. Loin d'être persécuteur, Licinius fut honoré durant ce temps de la vision d’un ange. La prière que lui dicta ce bienheureux esprit pour invoquer le vrai Dieu, fut mise entre les mains de tous les soldats; et ce fut à ce même Dieu, que Licinius rendit grâces à Nicomédie, de la victoire qu'il remporta sur Maximin, Lact. de mort. 47, 48. Licinius demeura en cet état tant que Maximin fut au monde; de sorte qu'il n’y a rien de plus précis que de dire, comme fait saint Jean, qu’alors les cinq premières têtes, c'est-à-dire, les cinq premiers empereurs sous qui la persécution s’étoit exercée, étant passés, et Licinius le septième n’étant pas encore venu, il n’y avoit que le sixième, c’est-à-dire Maximin, en état de persécuter l’Église.
Ce temps étoit précisément l'an 312 de notre Seigneur, où Maxence fut défait par Constantin, et la croix érigée au milieu de Rome par ce prince victorieux. Dieu, qui introduit ses prophètes dans les temps futurs, les y place en tel endroit qu’il lui plaît. Quand il est question de prédire la ruine de Babylone, les prophètes paroissent assister, tantôt à la marche de Cyrus son vainqueur, tantôt au siége, tantôt au pillage. En un endroit de sa prophétie, Isaïe voit marcher Sennachérib, et lui marque tous ses logements; en l’autre il le voit défait dans la terre sainte, et la Judée délivrée de son joug '. Les prophètes voient Jésus-Christ tantôt naissant, tantôt dans sa passion et dans les souffrances, et tantôt aussi dans sa
11s.x, 28. x1v. 25, xr11. x1v. Ser. r. 51, etc.