‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 150 sur 245 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

gloiré ‘. Le Saint-Esprit qui les pousse, les situe comme il veut; et il nous faut mettre avec eux dans cette même situation pour les entendre. Mettre l’apôtre saint Jean au temps que nous venons de marquer, c’étoit justement le mettre dans le plus beau temps de la victoire de Jésus-Christ : dans le temps où Galère Maximien venoit de publier sa rétractation et son édit favorable aux chrétiens : dans le temps où Constantin et Licinius s’étoient déclarés en leur faveur : c’est le temps que saint Jean avoit si bien vu, et si clairement marqué dans les chapitres précédents ; dans le chapitre xr, lorsque les témoins, qu'on eroyoit morts pour jamais, avoient entendu cette voix d’en haut, qui leur disoit : Montez ici, montez au comble de la gloire; dans le x11, lorsque Satan -perdit la bataille contre les anges, et que précipité du ciel en terre, une voix fut entendue, qui disoit : C’est maintenant qu'est établi le règne de notre Dieu et la puissance de son Christ, xrx. 9, 10.

Il sera maintenant aisé d'entendre la partie du Y. 8 de ce chapitre, que nous avons remis à expliquer jusqu'à ce que nous eussions vu celui-ci, c’est-à-dire, le 40.

8. La bête que tu as vue, étoit et n’est plus : car saint Jean, . qui avoit vu d’abord la bête entière avec ses sept têtes, les vit ensuite passer les unes après les autres, selon que les persécuteurs devoient paroître plus tôt ou plus tard. Il en -vint donc au point où il n’y avoit qu’une tête, cinq autres étant tombées, et la septième ne paroissant pas encore. La bête alors lui dut paroître comme n'étant plus; car à voir combien promptement étoient tombées les cinq autres têtes, il étoit aisé de juger que la sixième ne dureroit guère, et que la bête tiroit à sa fin; c’est pourquoi aussi l'ange lui dit dans ce même verset, selon une leçon du grec, Et elle va à sa perte; ce qui convient aussi parfaitement à la fin de ce verset, selon le grec: car au lieu que la Vulgate porte simplement que la bête étoit et n’est plus, le grec ajoute, quoiqu'elle soit, ou, elle est pourtant; pour faire entendre à saint Jean que dans la langueur où elle lui paroissoit, si elle étoit en quelque

1 Is. 2x, 6. Lirt. Ps. xx1, CIx. etc.

facon par un reste de vie, il la pouvoit regarder comme n’étant plus, puisque même on lui déclaroit que la septième tête, c’est-à-dire, le septième persécuteur qui devoit venir, dureroit peu, comme nous allons voir. À

40. Et quand il sera venu. Ce septième persécuteur, Licinius : LL faut qu'il demeure peu : il avoit été fait empereur en l'an cecvir. Il avoit régné glorieusement dix ou douze ans. Quatre ou cinq ans après qu’il se fut élevé contre Constantin et contre l’Église, il fut battu et périt, et ce fut environ l’an cccxxr1r1. Eus. x. 8, 9, de vit. Const. x£1x et seq. ir. 4, et seq. Chron. 320, 324. Cette persécution dura seulement trois ou quatre ans; et on la peut compter pour courte | en comparaison de la grande qui avoit duré dix ans. Au reste, il ne sert de rien de demander si Licinius avoit persééuté auparavant; car déjà on n’en voit rien : tout ce qui paroit de lui avant le temps dont nous parlons est favorable aux chrétiens ; et le Saint-Esprit, pour ainsi parler, s'attache à découvrir les grands caractères, c’est-à-dire, les caractères marqués et particuliers.

41. Et la bête qui étoit, et qui n’est plus, est elle-même la huitième. Le Gr. porte : Le huitième roi, et ilest des sept, et il va à sa perte. Voici encore un admirable dénoûment. Maximien Herculius, un des sept persécuteurs, quitta l’empireavec Dioclétien, puis le reprit, et fut appelé Maximianus bis Augustus : Maximien deux fois empereur, Lact. de mort. 26. Le voilà done double, et en état d’être compté comme le huitième, quoiqu'il eût été un des sept.

Reste la difficulté, pourquoi ce Maximien est ici appelé la bête : mais elle demeure résolue par ce qui a été dit, xrrr. 2; puisqu'on y voit que le léopard, qui représente, comme on y peut voir, Maximien surnommé Herculius, fait en effet le corps de la bête, comme le lion et l'ours, c’est-à-dire, Dioclétien et Galère Maximien en font la gueule et les pieds. Il est donc en un certain sens appelé la bête, parce qu’il est représenté comme en faisant le corps ; quoiqu’en un autre, la bête entière soit la bête considérée toute ensemble: non-seulement avec son corps, mais encore avec ses têtes, sa gueule et ses pieds. Voilà donc pour ce qui regarde les sept têtes; et je ne

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