EXPLICATION DE LA SECONDE PARTIE DU CHAPITRE XVII
Les dix rois qui détruisent Rome : quatre caractères de ces rois.
42. Les dix cornes que tu as vues, sont dix rois. L’auteur du commentaire sur l’Apocalypse attribué à saint Ambroise, et que nous avons vu être Bérengaude, écrivain du septième siècle, Préf. n. 7, dit clairement que par ces dix rois sont désignés dix royaumes, par qui l'empire romain à
x Avec la bète, — 2 Et de conspirer à un dessein, et de donner.
été détruit ; et il compte ces destructeurs au nombre de dix, qui sont les Perses et les Sarrasins devenus maîtres de l’Asie ; les Vandales de l'Afrique; les Goths de l'Espagne; les Lombards de l'Italie ; les Bourguignons de la Gaule; les Français de la Germanie; les Huns de la Pannonie; les Alains et les Suèves de beaucoup d’autres pays qu'ils ont ravagés. Il faut done entendre par ces dix rois, ceux qui ruinèrent Rome, et en démembrèrent l'empire, principalement en Occident. Le nombre de dix est grand pour des rois; etil est vrai quel'Occident est déchiré presque en même temps par un grand nombre des rois qui composent de grands royaumes de ces débris de l'empire. On voit paroitre à peu près dans le même temps les Vandalés, les Huns, les Francs, les Bourguignons, les Suèves, les Alains, les Hérules, à qui succèdent les Lombards, les Allemands, les Saxons; plus que tous ceux-là, les Goths, qui sont les vrais destructeurs de l'empire. Rien ne force à se tourmenter, pour les réduire précisément au nombre de dix, encore qu’on les y püt à peu près réduire par rapport aux royaumes fixes qu’ils y ont établis. Mais un des secrets de l'interprétation des prophètes, est de ne pas chercher de finesse où il n’y en a point, et de ne se pas perdre dans les minuties, quand on trouve de grands caractères qui frappent la vue d’abord. Nous avons déjà vu souvent que rien n’oblige aux nombres précis, que lorsqu'ils sont marqués dans la prophétie comme un caractère particulier ou de la chose, ou du temps. Ici, sans qu'il soit besoin d'un plus grand détail, c’est un caractère assez remarquable, que d’un seul empire il se forme tant de grands royaumes, en diverses provinces d'Espagne, en Afrique, dans la Gaule Celtique, dans l’Aquitanique, dans la Séquanoise, dans la Grande-Bretagne, dans la Pannonie, dans l'Italie, et ailleurs ; et ‘que l’empire romain soit abattu dans sa source, c’est-àdire, en Occident où il est né, non point par un seul prince qui commande en chef, comme il arrive ordinairement, mais par l’inondation de tant d’ennemis qui agissent tous indépendamment les uns des autres.
Ces rois qui démembrent l'empire romain, ont quatre caractères marqués dans toutes les histoires ; et si nous les en-