CHAPITRE XVII
tendons, il n’y aura plus de difficulté dans la prophétie de saint Jean.
Dix rois qui n'ont pas encore reçu leur royaume : soit qu’on entende cet encore du temps où saint Jean écrivoit, ou de celui dans lequel nous l'avons vu situé, c’est-à-dire, en Jan 312, et du temps que Constantin donna la paix, ces rois destructeurs n’avoient encore rien dans l'empire : ainsi le royaume qu’ils y devoient avoir, ne leur étoit pas encore donné; même, à vrai dire, ils n’avoient aucun royaume fixe, maisils sortoient tous de leur pays, ou, en tout cas, des lieux où ils étoient, pour chercher avec tout leur peuple à s'établir ailleurs, et dans un empire étranger. C’est le premier caractère de ces rois : et il va être expliqué encore plus clairement.
Mais ils recevront comme rois la puissance à la même heure après la bête, comme s’il y avoit pet ro Onpiov; mais le grec porte werà xoù Onotou, cum bestid, avec la bête. Saint Irénée, André de Césarée avec Aréthas et Primase lisent comme le grec ‘, et c’est une grande autorité pour l'antiquité de cette lecon. J'en trouve une autre dans saint Hippolyte *: car en lisant comme le grec, meta Toù Oeotou, avec la bête; il le détache du Y. 12, pour le mettre à la tête du 43 ; en sorte que les rois ne reçoivent pas la puissance avec la bête, mais ils ont avec elle un même dessein.
Outre cette diversité du texte, il y en a encore pour la version de ces paroles du grec, wiav Goav; la Vulgate traduit un horû, à la même heure, en même temps : d'autres traduisent, pour une heure, pour un peu de temps, comme s’il y avoit xpds wiay Goav. Chacune de ces versions a ses défenseurs, et parmi les catholiques, et parmi les protestants. Toutes deux sont rapportées comme indifférentes dans la Bible des Elzévirs. Mais l’ancien traducteur de saint Irénée, qui est peut-être lui-même, et qui en tout cas est devenu original, tourne, und hord, Y. 26 ; et l’autorité d’un si grave et si ancien auteur confirme beaucoup la Vulgate. Primase tourne aussi de même, lib. 10. in Apocal.
r ren. v. 26. Prim. 1. 40, in Apoc. hic. And. Ces. et Arcth. hie, — 2 Hipp. Gud. cap. zxxvirr, p. 5].
Je m'en tiendrois volontiers à la leçon, aussi bien qu’à la version de saint Irénée et de Primase, à cause de l'antiquité et de l’autorité de ces deux auteurs, et particulièrement du traducteur de saint Irénée.
Pour le sens, il importe peu de quelle manière on lise et on traduise. Ces dix rois viendront, comme en même temps, dans l'empire de l'Occident, pour y régner avec la bête, c’està-dire, avec Rome, qui ne perdra pas tout à coup sa puissance ; et ce sens, qui est le plus autorisé, est en même temps le plus naturel : mais si l’on veut suivre la lecon, aprés la bête, on dira qu’après que la bête, c’est-à-dire, Rome, aura recu le grand coup dans sa prise par Alarie, les rois se jetteront sur elle comme en même temps, et par, un commun effort, pour envahir ses provinces; ce qui est très-véritable.
Ilest vrai aussi que ces rois s’entendront avec Rome, comme la suite le fera paroître, et régneront avec elle; mais ce sera pour un peu de temps, parce qu'ils se tourneront bientôt contre elle. Tout cela va être éclairei.
Enfin, si nous lisons avec saint Hippolyte, avec la bête, à la tête du verset suivant, en sorte que les dix rois aient un même dessein, non-seulement entre eux, mais encore avec la bête et avec l’empire romain, il faudra rapporter cela au temps où ils étoient unis, comme on va voir.
43. Ceux-ci ont un même dessein. C’est le dessein de s'établir dans les terres de l'empire romain, et c’est ici une suite du caractère que nous venons de remarquer. Les rois dont il s’agit ne sont pas des rois comme les autres, qui cherchent à faire des conquêtes sur l’empire pour en agrandir leur royaume ; ce sont tous rois sans royaume, du moins sans aucun siége déterminé de leur domination , qui cherchent à s'établir, et à se faire un royaume dans un pays plus commode que celui qu’ils ont quitté. On ne vit jamais à la fois tant de rois de ce caractère, qu’il en parut dans le temps de la décadence de Pempire romain; et voilà déjà un caractère bien particulier de ce temps-là : mais les autres sont beaucoup plus surprenants.
Etils donneront leur force et leur puissance à la bête: leurs armées seront à la solde de Rome, et dans l'alliance de