CHAPITRE XVII
tombées en cendres. Epist. xrr. ad Gaudent. Il dit ailleurs que les plus illustres de la noblesse de Rome virent alors leurs maisons pillées et brülées ; que du milieu de la mer, sainte Probe, qui s'enfuyoit, contemploit sa patrie fumante, et que ses citoyens en virent les cendres. De Virgin. ad Demet. Notre auteur du septième siècle, en expliquant ce verset, remarque que ces rois haïrent Rome ; parce qu'ils prirent les armes pour renverser son empire, qu'ils en pillérent les trésors, et qu'ils en brülèrent les villes. Socrate écrit aussi qu'Alaric ayant pris Rome, les Barbares brülèrent une grande partie des admirables ouvrages de cette ville, en partagèrent les richesses, et firent mourir un grand nombre de sénateurs par divers genres de supplices. Ce qui sert à expliquer tout ce verset 16.
17. Car Dieu leur a mis dans le cœur... Voici le grand mot : c’est que Dieu gouverne les cœurs des hommes, en sorte qu’ils n’avancent qu'autant qu'il lui plaît. C’est lui qui retenoit les Goths durant tout le temps qu’il vouloit laisser aux Romains pour faire pénitence; et quand ce temps fut écoulé, il lâcha la bride aux vainqueurs, et marqua son doigt tout-puissant à-la manière que nous avons vue. Hist. abrég. n. 14. |
18. Et la femme que tu as vue... Encore que l'ange ait fait voir assez clairement qu’il parloit de Rome, y. 9, 15; néanmoins après avoir montré clairement le supplice de cette ville superbe, il s'explique encore à la fin en paroles claires : La femme, dit-il, est la grande ville qui règne sur les rois de lu terre, qui étoit du temps de saint Jean le caractère le plus manifeste et le plus certain de Rome.
La destinée en est done marquée très-distinctement dans ce chapitre. On voit la cause de sa chute dans ja persécution dont on nous marque les circonstances les plus particulières dans la première partie du chapitre. Voijà le crime pour lequel elle est condamnée au dernier supplice ; et on voit les moyens prochains de l'exécution dans les rois dont les caractères sont si bien marqués; rois qui viennent envahir l'empire ; rois qui le soutiennent, lorsque Dieu ne veut pas encore qu’il tombe; rois qui le font périr sans ressource,
lorsque l'heure de Dieu est venue; rois premièrement ennemis de Jésus-Christ, et enfin ses disciples. Qu’on dise maintenant qu’il n’y a point de Providence, ni de prophétie.
Pour moi, en lisant celle de saint Jean, j'y vois le caractère de toutes les autres prédictions prophétiques ; je m’y sens conduire insensiblement du plus obscur au plus clair; des idées les plus générales et les plus confuses aux plus nettes et aux plus distinctes. C’est ainsi qu’on trouve les vérités découvertes peu à peu, et de plus en plus dans Isaïe, dans Jérémie, dans Daniel. Saint Jean, par la même voie, mais d’une manière, je l’oserai dire, encore plus nette, plus précise et plus ordonnée, est conduit au grand événement qu'il devoit annoncer ; surtout depuis le chap. xr, où il commence à y entrer, on va de lumière en lumière. Là paraissent les persécutions, les victoires, les châtiments, et toutes ces choses avec les grands traits qui les rendent reconnoïssables. Ces grands traits sont des faits importants, des faits uniques, tels que ceux que nous avons remarqués dans toute la suite de ces prédictions ; et ces caractères marqués se découvrent à mesure qu'on avance, Quand on vient par tous ces progrès au chapitre xvir, on croit voir les cieux ouverts et tout le secret de la destinée de Rome révélé; et en ramassant ensemble tous les traits et toute la suite, ce n’est plus une prophétie, mais une histoire.