‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 155 sur 245 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Jean, c’étoit, après avoir vu les premières causes de sa chute dans la prise de Valérien, en pénétrer tous les progrès, et voir enfin la disposition la plus prochaine de sa perte.

44. Ceux-ci combattront contre l'Agneau ; mais l'Agneau les vaincra. L'auteur du septième siècle, dont nous avons déjà parlé, dit sur ce verset : Zls ont combattu contre l’Agneau ; parce qu'ils ont fait mourir le peuple de Dieu : mais l'Agneau les vaincra, parce que ces peupies se sont soumis pour la plupart au joug de Jésus-Christ. Voici un troisième caractère de ces rois : d’abord ils seront tous idolâtres, et à la fin ils deviendront chrétiens ; et les Goths, qu’il faut principalement regarder pour les raisons qu’on a vues, n'avoient pas seulement été idolâtres, mais encore de cruels persécuteurs : témoin cet Athanaric, roi des Goths, paiïen, sous qui un nombre infini de chrétiens reçut la couronne du martyre, comme le rapporte saint Augustin, de Civ. xvur. 51, et Paul Orose, vir. 32.

Les voilà donc qui combattent Agneau. Apprenons des mêmes auteurs comme l’Agneau les a vaincus : c’est, dit Orose, qu’en s’établissant dans l'empire, ils ont appris le christianisme dans son sein, et qu'on a vu les Eglises de Jésus-Christ remplies de Huns, de Suèves, de Vandales, de Bourguignons, et de tant de sortes de peuples, à la confusion de ceux des Romains qui demeuroient obstinés. dans leur erreur au milieu des chrétiens. Oros. ib. A1. Saint Augustin dit souvent la même chose.

Îl est vrai-qu’une partie de ces Barbares furent ariens : mais il y eut parmi eux une infinité de catholiques. Les Bourguignons l'étoient d’abord, quoiqu’après ils se soient pervertis. Pour les Français, on sait combien véritable a été leur conversion. Celle des Saxons n’a pas été moins sincère en Angleterre. Tous les Goths se convertirent à la fin’; et avant même qu'ils fussent catholiques, c'étoit déjà un. commencement de la victoire de l’Agneau, de les avoir mis au nombre des chrétiens.

16. Les dix cornes. haïront la prostituée : c'est Rome, dit notre auteur du septième siècle, qui étoit encore la pros-

1 Paul Oros. vrr. 14. Ibid, 32, Soz. vrr. 30.

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Bossuer, t. 11. 15

tituée dans les réprouvés qu'elle confenoit en son sein. Ajoutons à cette raison qu’elle étoit encore la prostituée, après même que Constantin y eut érigé l’étendard de la croix, puisqu’on y voyoit encore les idoles.de tous côtés. Ce fut une des raisons de bâtir Constantinople; parce qu’après avoir détesté les idoles, Constantin voulut avoir une ville où il n’y en eût plus , Oros. vit. 8. Zoz. lib. 11. C'étoit mériter plus que jamais le nom de prostituée, que d’aimer toujours ses idoles, malgré l'exemple et les défenses de ses empereurs ; que des’y livrer de nouveau à la première occasion, comme il arriva sous Julien; que de soupirer toujours après ces amants impurs, et d'en oser demander la jouissance à ses princes; que de s'y abandonner à la dérobée, autant qu’elle pouvoit, et de persévérer dans ce dessein eriminel jusque dans le temps de sa prise, comme on a vu.

Ils haïront la prostituée : ils la haïront d’abord, puisqu'ils viendront pour la piller, et pour ravager son empire. Ils auront toujours cette haine dans leur cœur, puisqu'ils ne perdront jamais le dessein de profiter de ses pertes : néanmoins ils la soutiendront quelque temps pour les raisons qu’on a vues; mais à la fin is la réduiront dans la dernière désolation, lorsque Rome fut saccagée, et tout l’empire mis en proie. {ls dévoreront ses chairs, ses trésors et ses provinces. Et ils la feront brüler dans le feu : c'est le quatrième caractère de ces rois, d’avoirenfin mis sous le joug Ja ville la plus triomphante qui fut jamais, et d’en avoir désolé l'empire, qui n’avoit jamais vu son pareil depuis l’origine du monde. Au reste, on n’a pas besoin d’attendre Totila pour trouver l’embrasement de Rome, comme font quelques interprètes, Grot. hic, ete. Sans descendre plus bas qu'Alarie, il avoit menacé Rome du feu. Zoz. v. A la fin il tint parole. Saint Augustin, aussi bien qu'Orose, tous deux auteurs du temps, nous marquent trop elairement l’embrasement parmi les maux que souffrit Rome, pour nous en laisser aucun doute. Aug. serm. de excid. urb. 7. Oros. vtr. C’est aussi ce qui fait dire à saint Jérôme : La plus illustre desvilles et la capitale de l'empire romain, a été .consumée par un seul embrasement : ces églises, autrefois si saintes, sont

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