‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 169 sur 245 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

plus exposée de toutes ces idoles prétendues, brisée la première de toutes, et paroïissant de tous côtés dans les débris ? Ainsi rien ne manqueroit au spectacle; et les protestants , comme les païens, auroient eu le plaisir de voir tant de monuments, et presque toutes les marques extérieures de la religion chrétienne méprisées par un apôtre.

On pourroit m'objecter iei que je suis pris dans mes propres paroles : car si c’est à l’ancienne Rome et à son idolâtrie que saint Jean en vouloit encore dans ce chapitre, pourquoi n’en fait-il pas voir les idoles abattues ? Mais c’est ici que me paroit une des merveilles de sa prédiction, en ce que du temps d’Alaric et de la destruction de Rome, les temples et les idoles étoient déjà renversés pour la plupart. Car sans parler des grands coups que les fausses divinités avoient reçus sous Constantin, sous Gratien, et sous Théodose le Grand, saint Augustin nous apprend un fait mémorable du règne d'Honorius. Les païens s’étoient vantés d'un oracle qui prédisoit la ruine du christianisme en l’an 366, depuis la mort de Jésus-Christ, qui est environ l’an 398 de notre ère. Que les protestants remarquent en passant dans quelle boutique sont forgées les prophéties qui prédisent la ruine de l'Église. Mais cette année 366 qui devoit être fatale au christianisme, le fut, dit saint Augustin", à l’idolâtrie, puisque les temples y furent renversés et les idoles brisées l’annte d'après. Saint Jérôme nous représente aussi le Capitole abandonné, et tout son or terni; tous les temples de Rome couverts d'ordures et de toiles d'araignées ; et encore depuis peu d'années, un des Gracques, dont le nom seul faisoit entendre ce que Rome avoit de plus noble, renversant, brisant et brülant l’antre de Mitras et toutes ses idoles, avec leurs figures monstrueuses *. Ainsi saint Jean n’a plus eu besoin, en décrivant la chute de Rome, de peindre celle des idoles ; puisque le grand coup dont elles devoient être brisées, avoit déjà été frappé; et comme il a été dit sur le chap. xvr. Ÿ. 16, la corruption subsistoit plus dans les desirs de la prostituée que dans l'effet.

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