CHAPITRE XX
après être descendu en sa gloire, Jésus-Christ demeuroit mille ans sur la terre, d’où il ne retournoit au ciel qu'après avoir jugé les vivants et les morts. Mais le ministre, sans se soucier ni des Écritures, ni des Pères, qu'il fait semblant de vouloir suivre, fait aller et venir Jésus-Christ comme il lui plait. Et que devient donc ce passage qui nous est tant objecté par les ministres, qu'il faut que le ciel contienne Jésus. Christ jusqu’à ce que toutes choses soient rétablies. Act. 111. 21? Le ministre en a trouvé le dénoûment ‘ : c’est qu'il n'y aura qu'une pelile interruption qui ne méritoit pas d’être comptée, quelque extraordinaire et quelque éclatante qu'on la figure d’ailleurs. Mais après tout, que gagne-t-on en se jouant ainsi de l'Écriture ? Il en faut toujours venir à la question : si l’on peut trouver vraisemblable que des mortels
viennent attaquer une ville que Jésus-Christ protégera si visiblement, ou après avoir paru de la manière du monde la plus éclatante, il laissera pour la gouverner douze hommes ressuscités, immortels, invulnérables, et en un mot affranchis de toutes les infirmités humaines ? Que dirai-je de la nouvelle doctrine de ce hardi théologien quihasarde tout ; qui » pour soutenir son système, ose dire que Jésus-Christ ne règne pas à présent” ; ; quel Église n’est pas le royaume descieux.; que nous-mêmes nous ne sommes pas le royaume deJ ésus-Christ ; : que Jésus-Christ ne régnera plus après le dernier jugement, et ses élus encoremoins, malgre ce qu’il leur dira en les jugeant, Venez posséder leroyaume quivous a étépréparé, Matth. xxv. 34, et en un mot, qu’il n’estroique durant ces mille ansimagipaires ? Dans quelles erreurs faut-il être pour enseigner de tels prodiges à des chrétiens, et combien sont à plaindre ceux qui écoutent un tel homme comme un prophète! Concluons donc que tout ce qu’on dit de ce règne de mille ans, pris à la lettre, engage à des absurdités inexplicables ; que le Fils de l’homme ne viendra plus visiblement qu’une fois, lorsqu'il paroîtra en sa gloire sur une nuée, et que ceux qui l’auront percé le verront prêt à les juger ; que lorsqu'il viendra en cette sorte, il ne sera pas mille ans à tenir ses saints sur la terre; qu'il prononcera aussitôt son irrévocable jugement, et ira
1 Jur. Acc. des Proph. 2.p. ©, xxt11.-— 2 Ib. c. xt1x. et suiv.
53 L'APOCALYPSE, k régner éternellement dans le ciel. Croyons, dis-je, toutes ces choses, et laissons aux interprètes protestants ces restes des opinions judaïques, que la lumière de l'Eglise a entièrement dissipées depuis treize cents ans,