I. Pourquoi cet Abrégé
Comme nous nous sommes arrêtés à chaque partie de l’Apocalypse, ou pour prendre de temps en temps quelque repos dans cette espèce de voyage, ou plutôt pour considérer, à mesure que nous avancions, le progrès que nous avions fait, il faut encore nous arrêter à la fin de toute Id course ; puisque c’est après avoir vu tout ce divin livre que nous pouvons nous en former une idée plus juste par une pleine compréhension de tout l'ouvrage de Dieu qui nous y est représenté.
II. L’Apocalypse est une espèce d'histoire de l'Église divisée en trois temps.
En voici donc l'abrégé. Jésus-Christ paroît : les Églises
sont averties : c’est Jésus lui-même qui leur parle par saint Jean, pour leur apprendre leur devoir; et en même temps son Saint-Esprit leur fait des promesses magnifiques. Jésus- Christ appelle saint Jean pour lui découvrir les secrets de l'avenir, et ce qui devoit arriver àson Église, depuis le temps où il lui parloit, jusqu’à la fin des siècles, et à l’entier accomplissement de tout le dessein de Dieu‘. Il y a trois temps de l'Église bien marqués : celui de son commencement et de ses premières souffrances; celui de son règne sur la terre; celui de sa dernière tentation *, lorsque Satan déchaîné pour la dernière fois, fera un dernier effort pour la détruire *, ce qui est suivi aussitôt par la résurrection générale, et le jugement dernier ‘. Après quoi il ne reste plus qu’à nous faire voir l'Église toute belle et toute parfaite dans le recueillement de tous les saints, et le parfait assemblage de tout le corps dont Jésus-Christ est le chef.
III. Premier temps. Les. commencements de l’Église. Deux ennnemis abattus au milieu de ses soufirances, les Juifs et les Gentils.
Dans le premier temps, qui est celui du commencement de l'Eglise et de ses premières souffrances, toute foible qu’elle paroit dans une si longue et si cruelle oppression, saint Jean nous en découvre la puissance, en ce que tous ses ennemis sont abattus, c’est-à-dire, les Juifs et les Gentils : les Juifs au commencement, et les Gentils dans la suite de cette prédiction, jusqu’au chapitre xx °.
IV. Ces deux ennemis. marqués très-distinetement par saint Jean.
Ces deux ennemis sont marqués très-distinctement par saint Jean : les Juifs, lorsqu'il nous fait voir le salut des douze mille de chaque tribu d'Israël, pour l'amour desquels on épargnoit tout le reste de la nation ; d’où vient aussi qu’en tous ces endroits, il n’est nulle mention d’idoles, parce que les Juifs n’en connoïissoient pas, et ne péchoïent en aucune sorte de ce côté-là : etles Gentils aussitôt après, à l'endroit où il fait venir avec des armées immenses, les rois d'Orient,
* Apoc. ch. r, 11, 111, — 2 Chap. 1v. jusqu'au xx. — 3 Chap. xx.
— 4 Ibid. 41, 12, — 5 Chap. xxt1, xxtr. — 6 Chap. vir, vis. Chap. x. Y. 14, jusqu’au chap. xx.
et les peuples d’au delà d'Euphrate ', qui est aussi celui, où pour la première fois il est parlé d’idoles d'or et d'argent’, et où les Gentils sont repris, parmi les plaies que Dieu leur envoie, de ne s'être pas corrigés d’adorer les œuvres de leurs mains, et les démons ; non plus que des autres crimes que le Saint-Esprit nous représente partout comme des suites inséparables de l’idolâtrie *.
V. Saint Jean avoit marqué ces deux ennemis dans les lettres qu’il
écrivoit aux Églisés.
Voilà done les deux sortes d’ennemis dont l'Église avoit encore à souffrir, bien distinctement marqués : les Juifs, qui ne cessoient par leurs calomnies d'irriter les persécuteurs, comme saint Jean l’avoit remarqué dès le commencement de son livre, lorsqu'il écrivoit aux Églises *, et les Gentils ou les Romains, qui, ne songeant qu’à accabler l'Église naissante, alloient plus que jamais l’opprimer par toute la terre °, qui étoit soumise à son empire, comme le même saint Jean lavoit dit aussi au même endroit.
VI. Les sauterelles, ou les hérésies entre ce qui regarde les Juifs, et ce qui regarde les Gentils.
Entre ces deux ennemis, incontinent après les Juifs, et avant que d’avoir nommé les Gentils et les idoles, nous trouvons dans les sauterelles mystiques ‘, une autre sorte d’ennemis d’une espèce particulière, où nous avons entendu les hérésiarques placés à la suite des Juifs, dont ils ont imité les erreurs, et devant les Gentils, qu’à la vérité ils ne sembloient pas attaquer directement, eomme devoient faire ces rois d'Orient qu’on voit paroître au même chapitre, mais qui ne laissoient pas de leur nuire beaucoup en obscurcissant le soleil, c’est-à-dire, avec la gloire de Jésus-Christ, les lumières de son Évangile et de son Église; par où s’augmentoit l’endurcissement des Gentils, qui, selon que l’a remarqué saint Clément d'Alexandrie, disoient en parlant des chrétiens : 2 ne faut pas les en croire, puisqu'ils s'accordent si
z Chap. 1x. Ÿ. 14, et suiv. — 2 Chap. 1x. 20, 21. — 3 Rom, 1. 21, etc. — 4 Apoc. 11. 9 — 5 Ibid, z11, 10. — 6 Chap. 1x. depuis le ÿ.1, jusqu’au 14.
mal entre eux, et qu'ils sont partagés en tant d'hérésies; ce qui retarde, poursuit ce grand homme, les progrès de la vérité, à cause des dogmes contraires que les uns produisent à l'envi des autres *.
VII. Saint Jean passe aux violences et aux punitions de l’empire persécuteur.
Il étoit bon une fois de faire voir que l'Église triomphoit de cet obstacle, comme de tous les autres. Saint Jean, après l'avoir fait d’une manière aussi vive que courteettranchante, s'attache ensuite à représenter les persécutions romaines, comme l’objet dont les hommes étoient les plus frappés, pour faire éclater davantage la force de l’Église en montrant la violence de l’attaque, et afin aussi de faire admirer les sévères jugements de Dieu sur Rome persécutrice, avec l’invincible puissance de sa main qui abattoit aux pieds de son Église victorieuse, une puissance redoutée de tout l’univers.
VIII. Les Perses montrés comme ceux d'où devoit venir le premier coup.
Tout le chapitre rx, depuis le Y. 44 jusqu’au chapitre xx, est donné à ce dessein. Pour préparer les esprits à la chute de ce grand empire, saint Jean nous montre de loin les Perses, d’où lui devoit venir le premier coup. Le caractère dont il se sert pour les désigner, n’est pas obscur, puisqu'il les appelle les rois d'Orient et leur fait passer l'Euphrate *, qui sembloit fait pour séparer l'empire romain d'avec eux. C’est là que le saint apôtre commence à montrer combien les Romains furent rebelles contre Dieu, qui les frappoit pour les corriger de leur idolâtrie; ce qu’il continue à faire voir en récitant les opiniâtres persécutions dont ils ne cessèrent d’affliger l’Église.
IX. La persécution commence à. paroitre au chap. xx avec la bête.
Elles commencent à paroître au chapitre xr; et comme jusqu'ici on nous a donné des caractères bien marqués et bien sensibles des Juifs et des Gentils, on ne nous en a pas donné de moins clairs pour désigner la persécution romaine. Le
1 Strom. lib. vrr, — 2 Chap. 1x. 14. xvr, 19,
plus marqué de ces caractères a été celui de la bête, qu'on ne nous représente parfaitement que dans les chapitres XIII et XVII; Mais que néanmoins on a commencé à nous faire voir dès le chapitre xr, comme celle qui mettoit à mort les élus de Dieu, et les fidèles témoins de sa vérité. Il nous faut done ici arrêter les yeux sur les caractères de cette bête, que nous voyons beaucoup plus clairs et mieux particularisés que tous les autres.
X. La bête représentée aux chap. xux et xvit, montre la persécution
en général,
On est accoutumé par la prophétie de Daniel à reconnoitre les grands empires sous la figure de quelques fiers animaux : il ne faut donc pas s'étonner si on nous représente l'empire romain sous cette figure, qui n’a plus rien d’étrange, ni de surprenant pour ceux qui sont versés dans les Écritures. Mais le dessein de saint Jean n’est pas de nous marquer seulement un grand et redoutable empire : c’étoit aux saints principalement et aux fidèles de Jésus-Christ qu’il étoit redoutable. Saint Jean nous le montre done comme persécuteur et avec son idolâtrie, parce que c’étoit pour l'amour d’elle qu’il tourmentoit les enfants de Dieu.
Pour mieux entendre ce caractère d’idolâtrie et de persécution que saint Jean a donné à la bête, il la faut considérer avec la prostituée qu’elle porte sur son dos, au chapitre xvir, car la prostitution est dans l’Écriture le caractère de l’idolâtrie, et le symbole d’une abandonnée à l'amour de plusieurs faux dieux, comme d’autant d’amants impurs qui la corrompent. L'apôtre joint à ce caractère celui de la cruauté et de la persécution, en faisant la femme enivrée du sang des saints et des martyrs de Jésus; en sorte qu'on ne peut douter que ce qu’il veut nous représentersous la figure de la bête, ne soit d’abord et en général la puissance romaine idolâtre, ennemie et persécutrice; à quoi aussi convenoient parfaitement les noms de blasphème, sur les sept têtes de la bête, c’est-à-dire, comme saint Jean l'explique lui-même, sur les sept montagnes de Rome * ; et ses fureurs contre les saints,
1 Chap. xvat, 6. — 2 Ibid, xt11,4. v11, 3, 9.
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et sa couleur de sang; et tout son air cruel et sanguinaire. C’est aussi pour cela que le dragon roux, c’est-à-dire, le diable, qui vouloit engloutir l'Eglise ‘, avoit donné à la bête sa grande puissance *, et lui avoit inspiré sa haine contre les fidèles. On avouera qu’il n’étoit pas possible de nous peindre la persécution avec de plus vives couleurs; mais outre la persécution en général que l’Apôtre nous rend si sensible, nous avons vu qu’il se réduit à des idées encore plus particulières, en s’attachant spécialement à représenter la persécution de Dioclétien, qu’il a choisie entre toutes les autres pour la décrire avec un soin si particulier, parce qu’elle devoit être la plus violente comme la dernière, et que c’étoit au iilieu de ses violences, que l'Église dévoit commencer à être élevée par Constantin au comble de la gloire.
XT. Et plus en particulier, la persécution de Dioclétien.
Le caractère le plus spécifique de cette cruelle et dernière persécution, est d’avoir été exercée au nom de sept empepeurs : c’est aussi pour cette raison que saint Jean lui donne sept têtes ; qui sont bien, à la vérité, comme on a vu qu'il l'explique, les sept montagnes de Rome; mais qui sont aussi, comme il ajoute, sept de ses rois. C’étoït la seule persécution qui eût cette marque : les caractères particuliers des trois empereurs, qui furent les principaux auteurs de la persécution, nous ont aussi été marqués fort historiquement, comme on à vu ? ét parce qu’il y en avoit un des sept, qui étoit aussi un de ces trois, qui devoit prendre l'empire par deux fois, c’est-à-dire, Maximien, surnommé Hereulius: il y à aussi un des sept rois qui nous est montré en même temps, comme étant tout ensémble un huitième roi, et un des sept * ; ce qui étoit précisément choisir dans l’histoire ce qu'il y avoit de plus précis, n’y ayant point dans toute la suite de l'empire romain un caractère semblable,
On voit done ce que c’est que la bête : Rome comme persécuirice en général, ét avec une désignation plus particulière ; Rome exerçant la dernière et la plus impitoyable persécution. d
2 Chap. xur. 8, 4. — 2 Ibid, xutr. 4, 2, xver, 3. — 3 Ibid, xvri.11.