‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 199 sur 245 · XIX. La bête blessée à mort, et les sept empereurs à bas · texte numérisé non relu

XIX. La bête blessée à mort, et les sept empereurs à bas

Voilà ce que fait la bête, tant qu’il lui reste quelque force. . Mais saint Jean nous la représente en un autre état où elle avoit reçu un coup mortel *, où elle étoit morte, où pour vivre elle avoit besoin d’être ressuscitée : c'est ce quiest aussi arrivé à l’idolâtrie détruite dans les sept têtes. Tous les persécuteurs étant à bas, et de tous les empereurs, Constantin, un si zélé enfant de l'Église restant seul, l’idolâtrie étoit morte par la défense de ses sacrifices et de son culte; et il n’y avoit plus pour elle de ressource, si Julien l'Apostat ne l’eût fait revivre. Saint Jean, comme on voit, continue toujours à s'attacher aux grands événements. Il n’y a rien de plus marqué que la mort de l’idolâtrie sous un prince qui l’abolit par ses édits, ni rien aussi de plus sensible que d'appeler résurrection la force et l’autorité que lui rend un autre prince. Voilà qui est grand en général, mais le particulier est encore plus surprenant ; car on voit la bête aux abois, comme saint Jean l’avoit marqué par la blessure d’une de ses têtes *, qui étoit Maximin, le sixième persécuteur, et parce que la septième tête, qui ne paroissoit pas encore, devoit périr sitôt après, comme il arriva à Licinius. C’est ainsi que la bête mourut; c’est ainsi que l’idolâtrie fut abattue, et l'image est toute semblable à l'original.

XX. La bête ressuscitée sous Julien l’Apostat. Pour la bête ressuscitée ‘, c’est-à-dire, l'idolâtrie repre-

? Chap. xrr. 4, 13, 47. — 2 Ibid. xtrr, 8. — 3 Ibid, tr. 3. — 4 Ibid. 3, 5, 7,8.

nant autorité sous Julien , elle nous est clairement marquée par l’orgueil de ce prince, par ses blasphèmes étudiés contre Jésus-Christ et ses saints; par le concours de tout l'empire réuni sous cet empereur contre l'Église; par la haine du christianisme qui le fit rentrer dans es desseins de Dioclétien pour l'opprimer; par limitation de l’Agneau et de quelques vertus chrétiennes que ce faux sage affecta, par les prestiges de ces philosophes magiciens, qui le gouvernoient absolument ; par les illusions de sa fausse philosophie, et par la courte durée de cette nouvelle vie de l’idolâtrie, où Ja femme ne se cacha point, comme elle avoit fait dans les autres persécutions, et où l'Église retint tout son culte, Qu'on me donne d’autres caractères du règne de Julien l’Apostat, et qu'on m’en fasse un tableau plus au naturel et plus vif.

XXI. La seconde bête et l'esprit de séduction dans l’idolätrie

persecutrice.

Ce n’étoit pas assez de marquer la violence de la bête, c’est-à-dire, de l'idolâtrie persécutrice : nous n'en eussions pas vu la séduction et les artifices, si saint Jean ne nous eût décrit la seconde bête mystique ‘ c’est-à-dire, la philosophie pythagoricienne, qui, soutenue de la magie, faisoit concourir à la défense de l’idolâtrie ses raisonnements les plus spécieux avec ses prodiges les plus étonnants. C’est ee que nous avons remarqué dans les figures de saint Jean; c’est ce que nous avons vu accompli dans l'idolâtrie, en la regardant tant dans sa première vigueur sous Dioclétien, que dans sa vie, réparée par Julien l'Apostat.

XXIT. Le caractère particulier que saint Jean donne à la seconde bête,

directement opposé à celui de l’homme de péché de saint Paul, avec lequel les protestants la veulent confondre.

On entendra mieux encore la seconde bête, en comprenant le caractère qu'elle a dans saint Jean”, qui est de faire adorer la première, c’est-à-dire, d’attacher les hommes à l'ancienne icolâtrie : de sorte que la première bête paroît dans l’Apocalypse comme le Dieu qu’on adoroit, et la seconde comme son prophète qui la faisoit adorer; d'où vient

5 Chap. xrr. 11, etsuiv, — ? Ibid. 12.

aussi qu’elle est appelée le faux prophète. En quoi saint Jean nous a fait voir le vrai caractère de cette philosophie magicienne, dont tous les raisonnements et tous les prestiges aboutissoient à faire adorer les dieux que l’ancienne idolâtrie avoit inventés.

Telle est donc la seconde bête : et c’est faute d’avoir bien compris ce caractère, que saint Jean lui donne, qu’on a voulu la confondre avec l'homme de péché de saint Paul, encore que son caractère d’être le prophète d’une divinité qu’elle annoncoit, soit directement opposé à celui qu’attribue saint Paui à son homme de péché, qui s'élève au-dessus de tout ce qu’on nomme Dieu, et qu’on adore.

XXIIT. Caractère particulier. de l’idolâtrie romaine marqué par

saint Jean.

On peut encore remarquer ici un caractère particulier de l'idolâtrie romaine. C’est que partout elle fait adorer la bête et son image, c’est-à-dire, Rome et ses empereurs, dont les images, comme on a vu, étoient proposées aux martyrs pour être l’objet de leur culte, autant ou plus que celles des dieux immortels : caractère d’idolâtrie qu’on voit répandu partout dans l’Apocalypse *, et que Julien y fait revivre avec tous les autres.

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