XXIV. La durée des persécutions, et ses trois ans-et-demi
Ainsi la persécution a été caractérisée en toutes manières, par la quaïité de ses auteurs, par sa violence, par ses artifices, par la nature du culte auquel on vouloit forcer le genre humain. Mais un des plus beaux et des plus particuliers caractères que nous en ayons dans saint Jean”, est celui qui marque les bornes que Dieu lui donnoit par une providence particulière, et un secret ménagement de ses élus, comme il avoit fait autrefois à celle d’Antiochus. Nous avons vu en effet, que malgré la haine immortelle de Rome contre l'Église, il étoit ordonné de Dieu que ses. violences se relâcher oient de temps en temps, et reviendroient aussi à diverses reprises toutes courtes ; ce que saint Jean a marqué
* IT. Thess. n. — 2? Apoc, zut. 4, 12, 44, — 3 Apoc. xr..9, 8. sr. G. xr11, 5,
dans ce temps mystique de trois ans et demi pour les raisons, et à la manière que nous avons vu.
XXV. Que saint Jean dit expressément que ce temps de trois ans et demi est un temps court,
Que dans ce temps toujours consacré aux re. et toujours le même, en quelque sorte qu’il soit expliqué, par jour, par mois ou par années, le dessein du saint apôtre fut de nous marquer un temps court; il le déclare en termes formels, lorsque représentant le dragon irrité de n’avoir plus que peu de temps à tyranniser les fidèles, il détermine aussitôt après, et dans le verset suivant, ce peu de temps à ces trois ans et demi, qu'on voit revenir si souvent : ce qui dans la suite nous découvrira la prodigieuse illusion des protestants, qui veulent que ce peu de temps soit 1260 ans entiers ; et non-seulement un petit reste de temps que le démon déjà terrassé voyoit devant lui, mais encore son temps tout entier, et toute la durée de son empire.
XXVI. Autre preuve que ce temps est court, parce qu’il revient dans saint Jean à trois diflérentes fois, pour le moins.
Saint Jean nous fait voir encore que ce temps revenoit souvent, comme étant le commun caractère de toutes les reprises de persécution. C’est pourquoi nous avons vu qu’il revient deux fois dans la persécution qui précède la mort de la bête, et une troisième fois sous la bête ressuscitée *; ce qui montre plus clair que le jour que ce temps n’est pas la mesure d’une seule et longue persécution qui dure près de treize siècles, comme l'ont songé les protestants; mais la marque des différentes reprises des persécutions romaines toutes courtes, et bientôt suivies d’un adoucissement que Dieu procuroit.
XXVII. Les deux marques : celle de Dieu, et celle de la bête.
Dans ce temps, c'est un beau contraste et quelque chose de ravissant dans le tableau de saint Jean, de voir d’un côté les fidèles, et de l’autre les idolâtres, avec une double marque pour les distinguer les uns des autres : d’un côté, la marque
1 Chap. x11.18,14.— 2 Ibid, xrr. 6, 14. xurr. 5.
de Dieu sur les élus ; et de l’autre, le caractère de la bête sur les impies ; c’est-à-dire, pouf les fidèles, avec la foi au dedans, la profession du christianisme; et pour les autres, l’attachement déclaré à l’idolâtrie : ceux qui portent la marque de Dieu, ornés de toutes sortes de vertus et de grâces ; et ceux qui portent celle de la bête, se plongeant eux-mêmes dans l'aveuglement et dans le blasphème, pour ensuite être abandonnés à la justice divine.