‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 211 sur 245 · XL. Vaines interprétations du chap, xvr · texte numérisé non relu

XL. Vaines interprétations du chap, xvr

Un des endroits de l'Apocalypse où le ministre se vante le plus d’avoir réussi, c’est celui des phioles ou des plaies, dans le chapitre xvi'; car, selon lui, c’est la clef de toute la prophétie, le plus important de tous les chapitres, celui aussi où le nouveau prophète se représente lui-même, comme ayant frappé à la porte deux fois, quatre, cinq et six fois , et tant qu’enfin la porte s’est ouverte. Alors donc lui fut révélé ce grand secret * que nous avons remarqué ailleurs”; cette admirable liaison de la religion protestante et de l'empire ottoman que Dieu devoit abaisser en même temps pour les relever en même temps. C’est ainsi qu'il auguroit bien des armes de la chrétienté : mais ce n’est ici qu'un défaut particulier ; en voici un dans tout le plan des protestants. C’est d’avoir fait verser les phioles, ou les coupes pleines de la colère de Dieu, les unes après les autres, avec une distance entre ehaque phiole de cent ou de deux cents ans ; au lieu que le Saint- Esprit nous les fait voir comme répandues dans le même temps‘, et en vertu du même ordre; ce qui en soi est bien plus digne d’une prophétie, que de prendre huit ou neuf cents ans, pour y placer au large tout ce qu’on voudra. Ce seroit là en vérité, pour un prophète aussi éclairé que saint Jean, prendre des idées trop vagues, et ne rien marquer de précis. Mais de voir tous les fléaux de Dieu, et la peste avec la famine s’unir à tous les malheurs de la guerre, tant civile qu’étrangère, et à d’autres maux infinis, et inouis jusqu'alors , ainsi qu’on l'aura pu voir dans l'explication de ce chapitre , c’est un caractère marqué, et digne d’être observé par un prophète.

Je ne puis oublier ici une imagination du ministre, qu'un

: Ace. re. p.p. 8, 60, 94. — 2 Ibid. p. 401.— 3 Hist. des Var. liv. xrx1. 0, 39.— À Vovez Explic, du ch. xvr. 1,

protestant a trouvée aussi ridicule que les catholiques. Pour ajuster le système, et venir bientôt à la subversion de l’empire du prétendu antechrist, M. Jurieu se croit obligé d'imaginer dans l'effusion de chaque phiole, un certain période de temps qui le menât à peu près où il vouloit'. Je ne veux point répéter ici les remarques qu’on peut voir ailleurs sur ce sujet* : puisque le ministre n’y répond rien, c’est qu'il n’avoit rien à répondre; s'ils les range parmi les choses qu'il ne juge pas seulement dignes de réponses, on doit connoître ses airs méprisants, qu’il ne prend que pour couvrir sa foiblesse. Remarquons seulement ici, que pour faire que les sept phioles marquassent un certain temps, le ministre les a métamorphosées en clepsydre®: ne parlons point de la figure des phioles, qui sont des espèces de petites tasses très-éloignées de la forme et du dessin des clepsydres. C’est ce que M. Jurieu auroit pu apprendre des interprètes protestants ‘. Mais laissant à part toutes ces critiques , il ne falloit que s'arrêter à l’idée que nous donne le Saint-Esprit. Ce n’est pas pour mesurer le temps, que l’on remplit les phioles de la colère de Dieu, c’est pour la répandre : les anges la portent en leur main dans leur phiole, pour l’appliquer à ceux que Dieu veut punir ; ils la versent tout à coup avec une action vive, non pas comme une liqueur propre à mesurer, mais comme une liqueur affligeante, dont aussi on voit d’abord l'effet terrible. Et le ministre croira satisfaire à l’idée si vive que le Saint-Esprit nous a donnée de ces anges, en les faisant de languissants mesureurs de temps, qui regardent couler la liqueur dont leurs phioles sont remplies.

Si ce n’est pas là faire ce qu'on veut des Écritures, je ne sais plus ce que c’est. Mais que dira-t-on de cette belle explication, où Armagédon est pris pour les anathèmes du pape ‘? Armagédon, selon saint Jean *, c’est le lieu où Les esprits des démons mènent les rois de la terre, pour y livrer un grand combat. Tous les savants interprètes, et même les

: Exam. des end. de l’Acc. des prophét. etc. — ? Hist. des Var. liv. xtrr. D. 36,et suiv, 43. — 3 Apol. p. 2. — 4 Not. de Desm. sur le chap. xv. 7. Synops. ibid, — 5 Synops. p. 120 , et suiv. — 6 Apoc. xvr. 14, 16.

protestants ‘, demeurent d'accord que saint Jean regarde ici à un lieu où s'étoit donné de sanglantes batailles; et tout cela convient parfaitement avec le dessein de cet apôtre; mais pour celui du ministre, il falloit qu'Armagédon fût le lieu d'où partent les anathèmes : c’est assez, pour en convaincre les ignorants, que ce soit un grand mot qui fasse peur; et il ne faut pas s'étonner qu'avec un tel dictionnaire, on trouve tout ce qu'on voudra dans les prophéties.

XLI. Sur le commandement de sortir de Babylone : qu’on ne sait ce que veut dire ce commandement, selon l’idée des protestants.

Nous avons suivi les protestants dans tous les chapitres de saint Jean où ils croient trouver quelque chose contre nous: dans le x1°, dans le x11°, dans le xrr1°, dans le xvi° et dans lexvrr*, nous n’avons trouvé qu'erreur et contradiction dans toutes leurs prophéties : mais voici le comble dans le chapitre xvir1, et cette remarque ne regarde pas un endroit particulier, mais tout le but du système.

Le but de tout le système est d’en venir à l'exécution de ce commandement : Sortez de Babylone, mon peuple”, c'est à-dire, comme on l'interprète, sortez de la communion romaine; c’est là, selon les ministres *, le vrai fondement de la réformation, et la seule excuse du schisme. Or, c’est ici qu’il y a le moins de sens. Pour l’entendre, il faut supposer, dans les principes de nos adversaires, que la Babylone d’où il faut sortir, n’est pas un lieu destiné à la vengeance, telle qu’étoit l’ancienne Babylone, d’où il faille sortir selon le corps, et passer en un pays plus heureux; mais c’est une fausse Eglise dont il faut, sans se déplacer, et sans aucunetransmigration, éviter la société. Cela posé, je demande quand est-ce qu’il faut sortir de la communion de cette mystique Babylone? Dès qu'elle est antichrétienne, et que son chef est l’antechrist ? c’est ce que notre auteur semble vouloirdire par ces paroles", où il reproche à ses réformés, que s'ils avoient bien eu devant les yeux cette vérité, que le papisme est l'antichristianisme, ils n'auroient pas pu se résoudre à se soumettre à l'Ante-

1 Voyez Explic. de ce chap. — ? Apoc. xvrrr. 4. — 3 Avis à tous les chrétiens devantl’Accomp. p. 48, 49. — 4 Ibid. p. 49.

christ, parce que, comme ilajoute aussitôt après, à n'y a pas de communion entre Christ et Bélial. Mais maintenant cette raison qui paroissoit si spécieuse, n’a plus de force. L'auteur nous apprend que les fidèles n’ont pas dû rompre avec saint Léon ni avec saint Grégoire, quoique antechrists déclarés par des marques indubitables; et qu'ainsi la communion dont il faut sortir en vertu de ce commandement : Sortez de Babylone, n’est pas précisément celle de l’Antechrist.

De dire que ce commandement ne regarde pas les commencements del’ Antechrist, maisseulement son progrès, c’est parler en l'air; car dès son commencement, la bête de l’Apocalypse, et la fcrome assise dessus, est appelée Babylone la mère des prostitutions et des abominations ‘, c'est-à-dire, des idoldtries et des corruptions de la terre. Elle porte des noms de blasphèmes ; elle blasphème elle-même contre le ciel”, pendant toute la durée de son empire, qu'on veut être de douze cent soixante ans. Il la falloit donc quitter dès le commencement de ces douze cent soixante années. En effet, le Saint-Esprit qui nous a marqué, à ce qu’on prétend , le commencement de cet empire par des caractères si précis , ne nous en a point donné d’autres pour nous expliquer le moment où il s’en faudroit séparer. Il falloit done, ou commencer la séparation dès le temps de saint Léon , ce qu'on n'ose dire , ou avouer qu'on ne sait plus quand il la faut commencer, et ainsi qu’on n'entend rien dans ce prétendu commandement, dont on fait le fondement de la réforme.

Il ne sert de rien de répondre qu’il y a des caractères marqués pour reconnoître les temps des grands progrès de la bête : car sans ici s’arrêter à discuter ces caractères, si celui de l’idolâtrie ne suffit pas pour obliger à la séparation , quel autre caractère peut-on trouver qui puisse y obliger davantage? S'il faut que l'idolatrie soit formée , on nous a dit qu’elle l’étoit sous saint Léon par les écrits de Théodoret *, et même qu’elle étoit régnante : que s’il faut avoir résisté aux avertissements , on avoit oui ceux de Vigilance qu’on avoit laissé écraser à saint Jérôme.

* Apoc. xvitr. 5. — 2 Ibid. xtrrr. — 3 Sup. n. 28, 99.

Je ne n’arrêterai pas aux époques de Boniface HI, ni même de Grégoire VII, où on prétend que l’antichristianisme a été le plus marqué ‘, car outre qu’il n’y a rien au dessus de l’idolâtrie, qui néanmoins n'obligeoit pas à se séparer, il est encore certain que les titres les plus odieux, qu'on prétend que Grégoire VII s’est attribués, sans ici vouloir en disputer, n'appartiennent pas à la foi; et on n’est pas obligé de les recevoir pour demeurer dans l'Église, Il n'y a done dans ces titres aucun fondement légitime de se séparer ; et saint Jean nous le montre bien, selon notre auteur, puisqu'à pré— sent que Babylone s’est élevée, selon lui, au comble de l'impiété, et qu’elle touche de si près à sa chute irréparable, le temps de l'obligation du précepte ne peut pas être encore arrivé, puisque, selon le nouveau système de l Église ?, celle où nous sommes , est encore une véritable partie de l'Église universelle, où Din a encore ses élus, captifs à la vérité, à ce qu'on prétend, mais enfin de véritables élus, qui néanmoins n'observent pas ce grand précepte : Sortez de Babylone, mon peuple. En effet , et c’est ici qu’on va remarquer une prodigieuse contradiction dans toute la doctrine des protestants ; à cause qu'il est dit : Sortez de Babylone , mon peuple , ils concluent que le peuple de Dieu y étoit done, quoique captif *; d'où ils infèrent encore, bien ou mal, que Babylone ne signifie pas une société ouvertement opposée à Jésus-Christ, mais une Église chrétienne , où le vrai peuple de Dieu étoit renfermé dans l'enceinte et dans la profession externe de cette Babylone spirituelle *. Telle est la conelusion de nos adversaires. Mais de là nous concluons à notre tour, que ce vrai peuple de Dieu sera renfermé , jusqu’à la fin, dans cette profession externe de la Babylone spirituelle ; car c’est précisément au temps de sa chute, que ce précepte vient du ciel, Sortez de Babylone , mon peuple *. Qu'on lise l'endroit de l’Apocalypse, où cette voix du ciel est entendue : c’est à point nommé quand l'ange s’écrie : Elle est tombée ; elle est tombée, la grande Babylone. Sortez-en, mon peuple,

5 Acc, 11. p. ch. 11. p. 40, et suiv. — Préj. lég. 1. p. ch, 1. p. 4, et ie 15,16, 29, etc, vrr. 121, Ge — 3 Ibid. vir. p.121. — 6 Syst, p. 445. Var. xv. 54, et suiv, — 5 Apoe, xvitr, 4.

pour n'avoir point de part à ses péchés, et n'être point enveloppé dans son supplice, parce que ses péchés sont montés jusqu'au ciel. Voilà donc précisément le temps de la chute de Babylone qui concourt avec le temps du commandement d’en sortir. Ainsi dans ce moment fatal , le peuple de Dieu est encore dans son enceinte , encore renfermé dans sa profession externe. Je demande premièrement, que veut dire ici le peuple de Dieu , si ce n’est le gros de ce peuple? Que si le gros du peuple de Dieu est encore dans la profession externe de Babylone dans le temps de sa chute, les Vaudois, et les Albigeois, et les vicléfites, et les taborites, et les luthériens , et les calvinistes qui en étoient déjà sortis un si long temps avant celui où l'on met sa chute, qu’étoient-ils donc autre chose, sinon le peuple réprouvé? Et si l'on nous dit que le précepte d’en sortir, quoique prononcé au temps de la chute, s'étend à tous les siècles précédents, en sorte que le peuple de Dieu dût déjà en être sorti, pourquoi cette voix du ciel pour l'y obliger? Dira-t-on que la plus grande partie du peuple de Dieu en étoit sortie, et qu’une petite y demeuroit encore? Mais la voix parle en général à tout le peuple de Dieu, et la raison en est évidente ; ear cette voix de l’Apocalypse n’est qu'une répétition de celle que tous les prophètes avoient adressée aux Juifs, afin qu’ils sortissent tous de Babylone et de son empire, où ils étoient captifs. Ainsi cette parole, mon peuple , enferme manifestement toute la société du peuple fidèle. Qu'on me montre enfin dans l'Ecriture , que cette parole ainsi prononcée généralement, ne signifie qu’une partie, et encore la plus petite du peuple de Dieu.

Mais je demande secondement, comment en tout cas cette petite parcelle du peuple de Dieu pouvoit être encore renfermée dans la profession externe de Babylone au temps de sa chute? Est-ce qu’elle n’étoit pas encore assez corrompue, assez idolâtre, assez tyrannique, en un mot, assez Babylone jusqu’à ce temps ? Qu'est-ce done qui lui attiroit ces grandes plaies, et une vengeance si terrible ?

Je demanderois en troisième lieu, si ce peuple de Dieu pouvoit demeurer dans la profession externe de l’idolâtrie, n'étoit que nous avons déjà vu que l’idolâtrie de saint Léon,

et celle de l'Église de son temps n’obligeoit pas à en quitter la communion. Mais enfin, si l’idolâtrie n’y oblige pas, à quel terme fixerons-nous la date de l'obligation ? On ne sait plus où l’on va : voici un précepte d’un genre tout nouveau, qui n’oblige en aueun cas, et dont on ne connoît pas le sujet,

XLII. Question, si les protestants rebutés de l’absurdité du système de

Joseph Mède et de M, Jurieu , en peuvent forger un autre plus soutenable.

Peut-être que ceux qui verront les absurdités manifestes de la nouvelle interprétation, à la fin abandonneront à la risée de tout l'univers Joseph Mède et son défenseur, et soutiendront que le pape n’en est pas moins l’Antechrist, encore que ces téméraires aient donné une fausse date à la naissance de son antichristianisme. Mais visiblement cela ne se peut; car enfin, on ne tient plus rien si on abandonne l’époque du démembrement de l'empire romain. Pour peu qu’on change cette date, le pape n’est plus l’Antechrist, Rome n’est plus Babylone, l'homme de péché ne vient plus au moment de la ruine de l'empire, comme on veut que saint Paul l'ait prédit ; la septième tête, le septième roi, le septième gouvernement, qui est celui de l’'Antechrist, ne commence plus au temps des dix rois ; en un mot, tout le sens qu’on veut donner aux prophéties de ces deux apôtres, s’en va en fumée. Or, ce démembrement ne peut tomber au plus tard que vers le temps de saint Léon, dans le pillage de Genséric. Et il est vrai qu’on pourroit trouver en 410, et quarante ans au dessus, sous le pape saint Innocent, une autre prise de Rome par Alarie, et le vrai commencement du démembrement de l'empire; mais Joseph Mède et son disciple ont appréhendé cette date, à cause qu’à commencer par cet endroit-là, les douze cent soixante ans se trouveroient déjà écoulés, et le système des protestants démenti par l’événement. Si donc ils ont commencé trente ou quarante ans au dessous, c’est pour prolonger d'autant la vie du système, et donner encore ce petit cours aux espérances dont on amuse les peuples. Avec ce misérable artifice, et tout l'esprit qu'ils ont usé si mal à propos dans de vaines conjectures, tout est plein d’absur-

dités dans leurs ouvrages; l’Antechrist devient un saint, l'idolâtrie devient innocente; Babylone, la mère des prostitutions, devient en même temps la mère des enfants de Dieu, et le peuple de Dieu est dans son enceinte, c’est-à-dire, comme on l'interprète, dans sa communion, dans sa profession externe ; on ne sait plus quand doit commencer, ni où doit finir le précepte, sortez de Babylone, ni enfin ce qu'il signifie. Il est donc plus clair que le jour, que le nouvel article de foi de l’antichristianisme du pape, sans lequel le ministre enseigne qu'on ne peut pas être chrétien, et où il met le fondement de la réforme, non-seulement est destitué de toute autorité de l'Écriture, mais encore si rempli de contradictions et d’absurdités, qu’il n’y a plus aucun moyen dele soutenir. On voit que tous ces grands mots, Antechrist, idolätrie, Babylone, blasphèmes, prostitutions, sont des termes employés par la réforme à exciter la haine d’un peuple crédule ; puisqu'on trouve sous ces noms affreux la vraie Église, et non-seulement la piété ordinaire, mais encore la piété la plus éminente, et la sainteté même.

XLIII. Conclusion de ce qui regarde le chap. xvur de l'Apocalypse.

Pour peu que les protestants considèrent les absurdités, ou, pour mieux dire, les impiétés de cette interprétation, ils demeureront étonnés de s'être laissé surprendre à une illusion si grossière. Ils avoient devant les yeux un si grand objet ; Rome tombée avec son empire du comble de la gloire, jusqu’à être la proie et le jouet des peuples qu’elle avoit vaincus. La chute de Babylone tant célébrée par les prophètes, n’a été ni plus grande, ni plus manifeste. Babylone n’avoit pas tant tyrannisé les saints que Rome, ni n’étoit demeurée plus longtemps qu’elle attachée à ses faux dieux. Que diront ici les protestants, en voyant tous les caractères de la ruiné de Rome, marques par saint Jean, si évidemment accomplis? Diront-ils que saint Jean n’y a pas pensé, et que Dieu qui lui a fait voir, comme on en convient, les impiétés et les cruautés de Rome païenne qui a tant répandu de sang chrétien, ne lui en aura pas montré le juste supplice? C’est démentir l'événement, le plus sûr interprète des prophéties ;

AUX PROTESFANTS. 445 c'est démentir tous les Pères, qui, dès l'origine du christianisme, ont cru lire dans l Apocalypse la destinée de l'empire romain; c’est démentir saint Jean, qui a donné à sa Babylone les caractères de Rome la païenne, comme ils étoient connus de son temps par tout le monde; c’est se démentir euxmêmes, puisqu'ils ont reconnu dans les dix rois du chap. Xvu, la dissipation prochaine de l’ancien empire, dont on ne trouve la consommation que dans le chapitre xvrir, comme il a été démontré ‘.

XLIV. Si les protestants peuvent admettre une double chute de Rome.

Les protestants pourroient dire qu'ils ne veulent pas exclure du chapitre xvin de l’Apocalypse la chute de Rome païenne, mais qu'il y a un double sens dans ce divin livre; et qu'outre la chute de Rome sous Alaric, ou sous Genséric, saint Jean regardoit encore celle qu'ils attendent.

Mais il ne leur est pas permis de nous alléguer ces deux chutes : car, ou ce seroit par le texte même qu'ils prétendroient nous y forcer, ce qui n’est pas, puisque la chute de Rome paienne épuise suffisamment le sens littéral; ou ce seroit par la tradition : mais premièrement, ils la rejettent; secondement, il n’en ont aucune qui les favorise.

J1 faut ici les faire souvenir que c’est la chute d’une Eglise qu'ils se sont obligés à nous faire voir dans le chapitre xvnt de F Apocalypse, et encore de l'Église la plus éclatante de tout le monde, et dont la communion seroit la plus étendue. Or, c’est de quoi il n'y a aucune tradition, et pas même la moindre trace dans les Pères. IT y en a encore moins dans Apocalypse, comme nous l'avons démontré si clairement, qu’on ne peut plus y imaginer aucune réplique.

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