‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 55 sur 245 · VIII. Les opinions judaïques se répandent dans l’Église · texte numérisé non relu

VIII. Les opinions judaïques se répandent dans l’Église

Mais ce fut une chose encore plus douloureuse pour l'Église, et une espèce de nouvelle persécution qu’elle eut à souffrir de la part des Juifs, lorsqu’elle vit les opinions judaiques se répandre jusque dans son sein. Dès l’origine du christianisme, il s'étoit mêlé parmi les fidèles des Juifs mal convertis, qui tâchoient d’y entretenir un levain caché du judaïsme, principalement en rejetant le mystère de la Trinité et celui de l'Incarnation. Tels étoient un Cérinthe et un Ébion, qui nièrent ia divinité de Jésus-Christ, et né vouloient reconnoitre en Dieu qu’une seule personne. Saint Jean les avoit condamnés dès les premières paroles de son Evangile, en disant : Au commencement éloit le Verbe, et le Verbe étoit en Dieu, et le Verbe étoit Dieu '. Par là il montroit clairement qu'il y avoit en Dieu plus d’une personne; et il ne montroit pas moins évidemment que le Verbe, cette autre personne qu’il reconnoissoit pour Dieu, s’étoit fait homme ?; en sorte que le Verbeet l’homme n’étoient, commeilajoutoit, dans la vérité, que le même Fils unique de Dieu *. On ne pouvoit, ni plus clairement, ni plus fortement condamner les opinions judaïques : mais elles ne laissèrent pas de sortir de temps en temps de l'enfer, où l'Évangile de saint Jean sembloit les avoir riens Sur la . du second- siècle ‘, il s’éleva, sans auteur connu, une secte nommée des Alogiens*, ainsi appelés, parce qu’ils ne reconnoissoient pas le Verbe. Ceux-ci, en haine du Verbe que saint Jean avoit annoncé, rejetèrent son Évangile, et même son Apocalypse, où Jésus- Christ étoit aussi appelé le Verbe de Dieu. Ils ne demeurèrent pas longtemps sans chef, et Théodote de Byzance, qui vivoit

1 Joan. 1. 4. — 2? Joan. 1. 14, —3 Ibid, — 4 An. 196. — 5 Epiph, hær. 51.

alors, se mit à leur tête '. C'étoit un homme savant et connu pour tel, comme le remarque saint Épiphane *, et d’ailleurs, dit-il, très-bien instruit des arts de la Grèce, c’est-à-dire, très-poli et très-éloquent, quoiqu'il fût marchand de cuir. Ce fut dans Rome même, et sous le pape saint Victor, qu’il com: mença à semer son hérésie *. L'occasion en est mémorable. Durant la persécution, il avoit été pris pour la foi, et seul il l’avoit abandonnée, pendant que les compagnons de sa prison étoient allés au martyre. Comme ceux qui connoïssoient son savoir, lui reprochoient une chute si honteuse à un homme si savant, il leur répondit pour toute raison, qu’en tout cas, s’il avoit renié Jésus-Christ, c’étoit un pur homme, et non pas un Dieu qu’il avoit renié. : détestable excuse qui couvroitune lâcheté par un blasphème. Une autre secte sortie de celle-làravaloitsi fort Jésus-Christ, qu’ellele mettoit au dessous de Melchisédec ‘. C’étoit une suite de ces opinions judaïques, de réduirela Trinité à desimples noms, comme fit dans le même temps * un Praxeas, contre qui Tertullien a écrit. Noétus suivit cette erreur, que Sabellius releva encore, et se fit beaucoup de disciples, non-seulement dans la Mésopotamie, mais encore dans Rome même. Ces hérésies venoient toutes d'un même principe, qui étoit de mettre l’unité de Dieu, comme les Juifs, dans une seule personne divine : ce qui obligeoit à dire, ou que Jésus-Christ étoit la même personne que le Père, qui seul étoit Dieu, ou, ce qui étoit plus naturel, qu'il n’étoit pas Dieu lui-même, et qu'il n’étoit qu'un pur homme; et en quelque manière que ce fût, c’étoit, ou nier la divinité du Fils de Dieu, ou en supprimer la personne même.

On voit clairement que ces hérésies étoïent un reste de ce levain judaïque dont les disciples de Jésus-Christ devoient se garder selon la parole de notre Seigneur ; et que les chrétiens qui les embrassoient, étoient, sous le nom de chrétiens, des pharisiens ou des Juifs, comme saint Épiphane‘ et les autres Pères les appeloient,

t Epiph. hær. 54. — 2 Ibid. et in Synops. t. n. — 3 Theodor. hær, Fab. un. in Theod. — 4 Epiph. hær. 33, 57, 62.— 5 An. 260. — 6 Hær. 65, 69. Ancor. t, u. p. 120.

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