CHAPITRE Il
Mais jamais il ne parut tant que ces opinions venoient des Juifs, que du temps de Paul de Samosate, évêque d’Antioche ‘, puisque Artémon ayant renouvelé l'hérésie de Cérinthe et de Théodote, qui ne faisoit de Jésus-Christ qu'un pur homme, Paul embrassa son parti en faveur de Zénobie, reine de Palmyre, qui, comme on sait, étoit attachée à la religion judaïque *. Les Juifs étoient done, à vrai dire, les auteurs de cette impiété, puisqu'ils l’inspiroient à cette reine, et tâchèrent de l’établir par ce moyen dansle troisième siége de l'Église, et dans la ville où le nom de chrétien avoit pris naissance ‘ : comme si, pour étouffer à jamais un si beau nom, le démon eût voulu porter la corruption jusque dans la source où il étoit né. Les suites de cette erreur ont été effroyables dans l'Église, puisque non-seulement Photin, évêque de Syrmic, la renouvela, mais qu'à vrai dire les ariens, les nestoriens, et toutes les autres sectes, qui attaquèrent dans la suite la divinité ou l’incarnation du Fils de Dieu, n’étoient que des rejetons de cette hérésie judaïque.
L'Église souffrit donc longtemps une espèce de persécution de la part des Juifs par la contagion de ces doctrines pharisaïques ; et Dieu le permettoit ainsi, non-seulement, comme dit saint Paul ‘, pour éprouver les vrais fidèles, mais encore pour frapper d’aveuglement ceux que leur haine volontaire contre l'Évangile avoit livrés à l'esprit d'erreur.
De tout temps les hérésies ont été un grand scandale aux infidèles, et un grand obstacle à leur conversion. Il n’y a personne qui ne sache que Celse et tous les païens, aussi bien que depuis leur temps, Mahomet et ses sectateurs, les ont objectées aux chrétiens comme le foible du christianisme. Les païens en concluoient que l'Eglise chrétienne, qui se glorifioit de son institution divine, étoit une invention humaine comme les autres sectes, divisée comme elles en plusieurs factions, qui n’avoient rien de commun que le nom. Outre cela, ils attribuoient aux vrais chrétiens les dogmes des hérétiques : ainsi la doctrine chrétienne étoit méprisée et haïe ;
1 An. 260, 264, 265. — 2 Athan. Ep. ad Solit, Theodor. 1. n. hær. Fabul, in Paulo Sam.— 3 Act. x1. 26, — 4 I, Cor, x1. 19.
158 L'APOCALYPSE, méprisée, comme affoiblie par ses divisions ; haïe, comme chargée des dogmes impies des sectes qui portoient son nom. C’est assurément un des moyens les plus dangereux dont se soit servi le démon pour obscurcir l'Évangile ‘, et empêcher que la gloire ne s’en fit sentir aux infidèles ; Dieu le permettant ainsi par un juste jugement, et punissant les -impies par uneespèce de soustraction dé la lumière qu'ils ne vou loient pas recevoir.