CHAPITRE III
une terrible agitation, non-seulement dans les provinces, mais encore dans tout le corps de l'empire. Alors il sembla que tous les peuples perdissent en même temps le respect pour la majesté romaine. On vit entrer de tous côtés, dans toutes les terres de l'empire, ceux qui le devoient mettre en pièces : les Suèves, les Alains, les Germains, les Allemands, peuple particulier de la Germanie, qui a depuis donné parmi nous le nom à la nation; les Hérules, les Vandales, les: Franes, les Gépides, noms presque inconnus jusqu'alors, et comme à la tête de tous, les Goths qui les animoïent, et qu'on nommoit presque seuls parmi tant d’ennemis, à cause qu’ils se signaloient au dessus des autres ‘. Ilest vrai qu’ils furent vaincus par mer et par terre, car leur temps n’étoit pas encore venu. La justice divine, qui marche à pas lents, se contenta d’avoir marqué alors les destructeurs futurs de Rome, et de lui avoir montré la verge dont elle devoit être frappée.
X. Suite des malheurs de ce prince, et dispositions à la chute de
l’empire romain.
Tous ces malheurs commencèrent à la défaite et à la prise de Valérien; et on reconnut si bien que la persécution en étoit la cause, que Gallien, fils et successeur de ce prince, la fit cesser aussitôt qu’il fut élevé à l'empire; mais Dieu ne laissa pas de continuer ses justes vengeances *. Car, outre que Gallien, le plus infâme de tous les hommes, n’étoit pas propre à l’apaiser, les peuples ne se corrigèrent pas, et leur haine fut plus que jamais envenimée contre l'Église. Dieu aussi multiplia ses fléaux : là guerre, la peste, la famine, ravagèrent le monde comme à l’envi, et jamais on n’avoit vu de si grands maux, ni si universels, ni tant à la fois. L'empire se rétablit sous Claude IT et sous les princes suivants. Mais les suites des malheurs de Valérien ne finirent pas. Depuis ce temps il fallut tourner vers lOrient toutes les forces de l'empire : c’est par là que l'Occident demeura découvert aux barbares. Le grand nombre de Césars et d’empereurs qu’il fallut faire, chargea extraor-
t Trebell. in Claud, Vopisc.in Aurel. Oros. vit. 22,93. — ? Eusch. Paul, Oros. Ibid,
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cinairement l'empire, et diminua la majesté d’un si grand nom.
XI. La dernière persécution sous Dioclétien, et la paix de l’Église,
Rome cependant devenoit toujours plus impitoyable enversles chrétiens.La persécution de Dioclétien et deMaximien fut la plus violente de toutes ‘. Encore que ces empereurs, et surtout Maximien, eussent déjà beaucoup affligé les saints et fait beaucoup de martyrs, on ne compte leur persécution que depuis que par un édit exprès, ils firent renverser les églises, et contraignirent par des morts cruelles, premièrement le clergé, et ensuite tout le peuple, à sacrifier aux idoles. Après que ces empereurs eurent renoncé à l'empire, leurs successeurs continuèrent la persécution avec un pareil acharnement durant dix ans ; et cette persécution est appelée du nom de Dioclétien, parce qu’elle fut commencée par son autorité. Jamais l'Église n’avoit tant souffert. Il sembloit que les démons, qui sentoient par le nombre immense des conversions, que leur empire alloïit tomber, fissent alors les derniers efforts pour le soutenir ; mais au contraire ce fut alors, et au milieu de cette effroyable persécution, que Constantin, choisi de Dieu pour donner la paix à son Église et triompher par la Croix, en érigea le trophée au milieu de Rome *. -