CHAPITRE III
sans me donner de repos ni jour ni nuit ; et il faut que Rome soit prise ‘. Elle le fut bientôt après. Alaric ne survécut guère, et il sembloit qu’il ne fût au monde que pour accomplir cet ouvrage.
XVI. Suite de la prise de Rome. Le paganisme entièrement ruiné avec l'empire romain.
Depuis ce temps, la majesté du nom romain fut anéantie : l'empire fut mis en pièces, et chaque peuple Barbare enleva quelque partie de son débris ; Rome même, dont le nom seul imprimoit autrefois de la terreur, quand on la vit une fois vaincue, devint le jouet et la proie de tous les Barbares. Quarante-cinq ans après *, le Vandale Genséric la pilla encore. Odoacre, roi des Erules, s’en rendit le maître, comme de toute l'Italie *, presque sans combat; et la gloire de l'empire romain, s’il lui en restoit encore après cette perte, fut transportée à Constantinople. Rome, autrefois la maîtresse du monde, fut regardée avec l'Italie comme une province, et encore en quelque façon comme une province étrangère que l'empereur Anastase fut contraint d'abandonner à Théodoric, roi des Goths ‘. Vingt ou trente ans on vit Rome comme ballottée entre les Goths et les capitaines romains qui la prenoient tour à tour. Dieu ne cessa de poursuivre jusqu’à l’entière destruction les restes de l’idolâtrie dans cette ville. La vénération des dieux romains avoit laissé des impressions si profondes dans l'esprit du vulgaire ignorant, qu’on voit sous Justinien et sous les derniers rois goths qui régnèrent en Italie *, de secrets adorateurs de Janus; et on crut encore trouver dans sa chapelle et dans ses portes d’airain, quoique abandonnées depuis tant de siècles, une secrète vertu pour faire la guerre en les ouvrant °, C’étoient les derniers efforts de l’idolâtrie qui tomboit tous les jours de plus en plus avec l'empire de Rome. Mais le grand coup fut frappé par Alaric : ni l'empire, ni l’idolâtrie n’en sont jamais relevés, et Dieu vouloit que l’un et l’autre pérît par un même coup.
C’est ce que célèbre saint Jean dans l’Apocalypse ; c’est où
1 Soz, 1x. 6.—2 An. 53.—2An. 476, — 4 An, 493.— 5 An, 538. — 6 Procop. de bell. Goth. lib. x.
Boserer, t. 11.
il nous mène par une suite d'événements qui durent plus de trois cents ans, et c’est par où se termine enfin ce qu’il y a de principal dans sa prédiction. C’est là aussi la grande victoire de l'Église. Mais avant que d’y arriver, il faudra voir tous les obstacles qu’elle a surmontés, toutes les séductions qu'elle a dissipées, et toutes les violences qu’elle a souffertes. Satan a été vaincu en toutes manières, et Rome qui le soutenoït est tombée. Pendant que les chrétiens gémissoient sous la tyrannie de cette ville superbe, Dieu les tenoit dans cette attente, et leur faisoit mépriser l'empire et la gloire des impies. Saint Jean leur montroit aussi celle des martyrs, joignant, selon la coutume des prophètes, les consolations avec les vengeances et les menaces, sous des figures si admirables, qu’on ne se lasse point d’en contempler la variété et la magnificence. Nous en entendrons les détails, en appliquant les paroles de la prophétie aux événements qu'en vient de voir, et selon l'idée générale que j'en ai donnée.