‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 84 sur 245 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Et la troisième partie des eaux fut changée en absynthe, et plusieurs hommes moururent dans les eaux, parce qu'elles étoient amères. La désolation ne fut pas égale partout. Plusieurs, et non pas tous, moururent dans la douleur et dans l’'amertume. Mais les fontaines sont marquées indéfiniment. Les fontaines, c’étoit la Judée, où étoit la source de la nation; et ce fut là qu’on sentit le plus grand mal. Les fleuves sont les provinces, où la révolte ne fut pas si grande, non plus que la perte.

42. Le quatrième ange sonna… et la troisième partie du soleil fut frappée. C'est l’obscurcissement des prophéties par la malice des Juifs dans ce même temps. Akiba en détourna le sens pour les appliquer à son faux messie. Tous les Juifs entrèrent plus que jamais daus le même dessein. Ils firent alors la compilation de leur Deutérose, c'est-à-dire, de leurs traditions, ou de leur Talmud, comme il a été raconté, Hist. abr., n. 7. Plusieurs Pères estiment qu’ils corrompirent le texte même de l'Écriture; et il est certain qu’ils en pervertirent le sens plusque jamais. Aquila fit sa version exprès pour contredire celle des Septante, dont les Églises se servoient à l'exemple des apôtres, et pour affoiblir les témoignages qui regardoient Jésus-Christ. Tout cela est arrivé sous Adrien, et vers les temps de cette dernière désolation des Juifs. Le voile mis sur leur cœur s’épaissit'. Dieu sembloit en avoir tiré tout ce qu'il avoit d’élus parmi eux. La source des conversions de ce peuple fut comme tarie par l'extinction de l'Église qu'ils formoient à Jérusalem. L'Église qui y demeura , ne fut plus recueillie que des Gentils, et les évêques en e. tirés de la gentilité, comme on a vu, Hist. abr., n. 5.

La troisième partie du soleil... Quand les astres sont obscurcis, tout l’univers s’en ressent. Ce n’est donc pas seulement ici une plaie envoyée aux Juifs; c’est la plaie de tout l'univers, ainsi qu’il a été dit dans l'Hist.abr., n.7.[Inefaut pas s'étonner que saint Jean parle dans sa prophétie de toute sorte de plaies, et aussi bien des spirituelles que des tempo-

z II. Cor, 111.15.

relles, qui au fond sont beaucoup moindres : c'est ce qu’on verra dans la suite.

La troisième partie du soleil, de la lune et des astres : outre l’obscurcissement de la vérité en général, on peut encore entendre en particulier que les Juifs obscurcirent dans les prophéties ce qui regardoit le soleil, c’est-à-dire, Jésus- Christ; ce qui regardoit la lune, c ‘ebt-à-dire, son Éelise ; les astres, c’est-à-dire, les apôtres, et la prédication apostolique, qui devoit opérer la conversion des Gentils. Toutes ces choses furent obscurcies par les Juifs, et le voile qui étoit sur leur cœur s’épaissit, IE. Cor. 111. 16. Mais il n’y eut que la troisième partie obscurcie : et il y avoit beaucoup plus de lumières qu’il n’en falloit pour confondre les incrédules, nonseulement dans les Écritures, mais encore dans les propres traditions des Juifs, comme le savent ceux qui y sont versés.

Au reste, en considérant ces troisièmes parties tant de fois répétées dans ce seul chapitre, Y. 7, 8,9, 40, 44 et 12, on doit voir plus que jamais que ces nombres de l'Apocalypse ne sont pas un compte précis, mais une expression en gros du plus et du moins, en comparant l’un avec l'autre.

43. J'entendis la voix d'un œgle. C'est ainsi que lit la Vulgate, commé font aussi Primase et Tyconius, Hom. vi, et cette lecon est très-ancienne : mais le grec d’à présent porte, d'un ange qui voloit au milieu de l'air, et disoit à haute voix : Væ, væ, væ; Malheur..: Ici commencent les trois Væ, qui dans la suite nous feront voir les sept fioles engagées avec les sept trompettes, comme les sept trompettes le sont avec les sept sceaux. Par ce Væ , il faut entendre un cri terrible répandu dans Fair, qui dénonce le malheur aux hommes, comme dans Ézéchiel, 11. 9. On y voit écrit des lamentations, et un chant lugubre, et Væ, Matheur. :

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