CHAPITRE VIII
qui consume tout ce sur quoi elle tombe. Mais nous avons vu dans l'Hist. abr., n. 6, combien de sang coûta aux Romains cette défaite des Juifs. Saint Jean ne pouvoit pas mieux représenter ces pertes de l’armée romaine dans ses sanglantes victoires, qu'en nous représentant toute cette guerre comme la chute d’une montagne brülante dans la mer; parce qu’il paroît ici par ce moyen comme entre le feu et l’eau, une action réciproque et un grand effort de part et d'autre avee une perte mutuelle : mais le poids d’une si grande montagne l'emporte, et la mer n’y peut résister non plus que les Juifs aux Romains.
Il tomba sur la mer comme une grande montagne : toute la puissance romaine tombe sur les Juifs. La désolation sous Trajan fut sanglante ; et c’est ce que vouloit dire cette grêle mêlée de sang, Y. 7. Mais la guerre d’Adrien fut bien plus cruelle : aussi, n’est-ce plus ici des arbres ni des herbes brülées; ce sont des créatures vivantes, et dans les navires, les hommes même : c’est ce qui met la mer en sang. Ce n’est pourtant que la troisième partie, pour marquer que tous les Juifs ne furent pas tués ; car encore qu'ils fissent tout ce qu’il falloit pour ne se laisser aucune ressource, Dieu, qui sait à quoi il les réserve, empêcha leur perte totale.
10. Le troisième ange. et une grande étoile tomba du ciel. C'est le faux messie Cochebas, la seule cause du malheur que saint Jean vient de décrire. Le nom y convient, puisque le nom de Cochebas signifie étoile; mais la chose y convient encore mieux, comme il paroît dans l’'Hist. abr., n, 4, où l’on voit que Bar-cochebas se vantoit d’être un astre descendu du ciel pour le secours de sa nation. Saint Jean fait voir pour le confondre, qu’il n’en descend pas, mais qu’il en tombe, comme ces feux qui se consument en tombant.
Eusèbe rapporte qu’il fit beaucoup souffrir les chrétiens", à cause qu'ils ne vouloient pas, quoiqu’ils fussent venus des Juifs, se joindre à leur rébellion ; et il acheva, par ce moyen, d'accomplir le nombre des saints dont il est parlé Apoc. vi. 44.
1 Eus. Chron: ad an. 134.
Une étoile ardente comme un flambeau : à cause des guerres que cet imposteur alluma.
Les étoiles, dans les saintes lettres, signifient les docteurs, Dan. virr. A0. xx1. 3. Les faux docteurs sont appelés par saint Jude des étoiles errantes, des feux errants, Judæ 13; et ces, feux qui tombent du ciel, ne les représentent pas moins bien.
L'étoile : cette étoile ainsi allumée, qui portoit la guerre avec elle, tomba sur la troisième partie des fleuves et sur les fontaines ; sur les peuples, qu’elle remplit d’un esprit de rébellion, et tôt après, par leur défaite, de confusion et de deuil, comme on va voir.
Son nom est Absynthe : ce n’est pas à dire que ce fût son nom véritable : mais l'Écriture a accoutumé de marquer par cette façon de parler ce qui convient à chacun, et comme son caractère particulier. Appelez son nom Jesraël : appelez son nom Sans miséricorde, Osée, 1. 4,6. De même Is. vrrr. 3 : Donnez-lui pour nom, Dépêchez-vous de faire du butin; Hâtez-vous d'aller au pillage. Ainsi Samarie et Jérusalem sont appelées Oolla et Ooliba, pour désigner ce qu’étoient à Dieu ces deux villes, Ézéch, xxr11. Cela se tourne en bien comme.en mal. On appellera son nom Emmanuel, Dieu avec nous: on appellera son nom l’Admirable, le Conseiller, le Dieu fort. Is. vir. 14. 1x. 6. Son nom sera Orient. Zach. vr. 42, etc. Cochebasest appelé Absynthe en ce sens, comme on à vu.
41. Le nom de l'étoile étoit Absynthe : ce n’est pas ici un astre bénin, dont la favorable lumière dût réjouir sa nation ; c’est de l'absynthe. qui la plonge dans une profonde et amère douleur. Après les victoires de Tite, les Juifs vaincus devinrent furieux : après celle d’Adrien, c’est une détresse irremédiable, et un entier abattement de courage. On a vu ce qu'ont dit les Juifs de ce malheur sous Adrien. Cette horreur,-en voyant les marchés, dans le souvenir des lieux où ils avoient été vendus, et eette triste liberté achetée si cher, de venir pleurer dans leur ville, montrent assez qu’il ne leur restoit qu’un deuil éternel, et une lamentation sans bornes. Voyez l'Histoire abrégée, n. 3, 5.