‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 87 sur 245 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de la plus étrange figure que saint Jean ait marqués dans tout ce livre. Il faut tâcher de les bien connoître, et c’est peut-être l'endroit le plus difficile de la prophétie ; parce que saint Jean nous y montre une persécution de l'Église, et un fléau de Dieu bien différent de ceux dont il parle dans tout le reste. Dans les quatre trompettes précédentes ,ilnous a fait voir la dernière désolation arrivée aux Juifs pour avoir perséeuté l'Eglise : maintenant le Saint-Esprit lui découvre un nouveau genre de persécution qu’elle aura encore à souffrir, où Satan se mêlera bien avant pour la détruire tout à fait; et cette nouvelle persécution lui doit encore venir de la part des Juifs par la contagion des opinions judaïques dont nous avons parlé". C'étoient, sans difficulté, les plus importantes, à cause qu’elles attaquoient la personne même et la divinité du Fils de Dieu. Le fondement de ces hérésies étoit de dire avec les Juifs, qu'il n’y avoit en Dieu qu’une personne, et c’est l'erreur que saint Jean a foudroyée dès le commencement de son Évangile, comme on a vu * : mais le Saint-Esprit Jui fait connoître qu’elle sortiroit de nouveau de l'enfer après sa mort, et feroit souffrir à l'Église un nouveau genre de persécution , qui lui seroit plus insupportable que toutes les autres.

Cette persécution, pour être spirituelle et plus cachée, n’en étoit que plus digne de la considération de saint Jean. Puisqu'’il avoit à nous découvrir Satan vaincu, et son empire renversé par l'Eglise, après tous les vains efforts qu’il auroit faits pour la détruire, il ne devoit pas oublier le plus dangereux de tous les combats, qui est celui des hérésies, principalement de celles que nous avons appelées judaïques. Car au reste, à l’occasion de celles-là , il nous donne le caractère de toutes les autres; et afin de ne nous laisser aucun doute de son dessein , il nous met d’abord devant les yeux l'idée d’une guerre et d’un malheur spirituel, comme on va voir.

Et je vis une étoile qui étoit tombée. Si l'étoile tombée cidessus, vrtr. Y. 10, étoit une fausse étoile, un faux docteur, un Cochebas, l’analogie demande que ce soit encore ici la

r Hist, abr, n.8.— 2 Ibid..

même chose; c'est-à-dire, encore un faux docteur, n’y ayant rien d’ ailleurs , comme on vient de voir, qui convienne mieux à cette idée, qu’une étoile qui tombe. Ce docteur, dont le faux brillant trompa les hommes, et qui ramena le premier de l’enfer l’hérésie que saint Jean avoit étouffée, c’est Théodote de Bysanze, dont nous avons vu l'histoire '.

Une étoile qui tombe. Ceux qui renioient la foi dans la crainte des tourments, s’appeloient, dans le style de l'Église, les Tombés. On a vu que Théodote fut de ce nombre ; et de tous les compagnons de sa prison , il fut le seul qui renonça Jésus-Christ. Ce fut la chute d’une étoile fort brillante, nonseulement à cause de la politesse, du grand savoir, et du beau génie de cet homme, mais encore beaucoup davantage, parce qu’il étoit du nombre de ceux qu’on appeloit alors les Confesseurs, qui étoit dans l'Église le second degré de gloire, et le premier après celui du martyre. Ce fut un grand scandale dans l'Église, quand toute cette sainte troupe de confesseurs allant à la mort pour Jésus-Christ, celui qui brilloit le plus par son bel esprit et par son savoir , fut le seul qui le renià. Quelques-uns croient que ce Théodote est le même qu’un Théodote, principal disciple de Montan * , dont Eusèbe écrit, que le bruit courut que s’étant abandonné à un démon qui faisoit semblant de le vouloir enlever au ciel, il fut tout d’un coup précipité contre terre *. Le temps y convient ; et le lecteur pourra faire tel usage qu’il lui plaira de cette histoire.

La clef du puits de l'abime lui fut donnée. Ce fut après sa chute, après qu'il eut rénié la foi, que cette clef lui fut donnée ‘. L'enfer ne s'ouvre pas tout seul, c’est toujours quelque faux docteur qui en fait l'ouverture ; et celui-ci, devenu par sa chute et par son orgueil un digne instrument de l'enfer, fut choisi pour en faire sortir de nouveau l’hérésie que saint Jean y avoit précipitée.

2. Et il s'éleva une fumée comme la fumée d'une grande fournaise. Un tourbillon de fumée noir et épais sorti de l'enfer, est l’image la plus naturelle qu'on puisse donner d’une grande et dangereuse hérésie.

* Hist. abr. n. 8. — 2 Bar. t. 11, n. 10. — 3 Eus. v. 143. — 4 Hist. “abr, 1bid,

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