‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 88 sur 245 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Et le soleil et l'air furent obseurcis. Le soleil, c'est Jésus- Christ même, et dans Jésus-Christ ce qu'il y a de principal, c'est-à-dire, sa divinité, que Théodote obscurcit; ou, ce qui est la même chose, le soleil obseurci par cet hér étique, c'est ce beau commencement de l'Évangile de saint Jean : Le Verbe étoit en Dieu, et le Verbe étoit Dieu. Paroles plus Iumineuses que le soleil, mais que ce malheureux, et tous ceux qui suivirent après lui les opinions judaïques, ne ecssèrent d'obscurcir autant qu'il leur fut possible.

Le soleil et l'air furent obscurcis. Le Démon est appelé par saint Paul, le prince de la puissance de cet air ; l' esprit qui agit dans les enfants d'inérédulité, Éph. 11. 2. L'air est obseurci, quand le père du mensonge et cet esprit qui agit dans les incrédules, répand de fausses doctrines par ses ministres, Vailà déjà un terrible effet de l'hérésie ; mais la suite en représente bien mieux le caractère.

3. Et des sauterelles sorties de la fumée du puits. Tout est affreux dans ce spectacle; l'enfer ouvert comme un puits etcomme un abîme immense; une noire fumée qui offusque l'air, et du milieu de cette fumée des sauterelles d’une nouvelle et étonnante figure, que saint Jean nous fera paroître d'autant plus terribles, que leurs blessures ne nuisent qu'à l'ame, comme nous le verrons bientôt : mais il faut voir auparavant dans ces sauterelles mystiques le premiér caractère des hérétiques.

Et des sauterelles. Ce prèmiér caractère des hérétiques, est celui de n’avoir pas la succession apostolique, et de s'étre séparés eux-mêmes, Judæ, 19. Ce caractère ne pouvoit être marqué plus expressément que par des insectes dont la génération est si peu connue, qu’on croit qu’ilsse forment de pourriture. Ce qui aussi est vrai en partie, parce que la corruption de l'air ou de la terre les faitéclore : ainsila corruption de l’'esprit et des mœurs fait éclore les hérésies. Mais les sauterelles représentent parfaitement le génie des hérésies, qui ne sont propres, ni à s'élever comme les oiseaux, ni à avancer sur la terre par des mouvements et des démarehés réglées, comme les animaux terrestres; mais qui vont toujours comme en sautillant d’une question à une autre, et ruinant lamoïsson del É-

glise. Les sauterelles, dit Salomon, n'ont pas de roi, el néanmoins elles vont comme des bataillons, Prov. xxx. 27; c'està-dire, qu’iln’y a point degouvernement réglé; chacun innove à sa fantaisie, ettout s’y fait par cabale. C'est un caractère de l'hérésie bien marqué par Tertullien. Les sauterelles ne sont pas des animaux qui vivent longtemps; à peine vivent-elles la moitié de l’année, quatre ou cinq mois, comme il est dit de ces sauterelles mystiques ', #. 5, 40. Ainsi les hérésies n’achèvent pas l’année, c’est-à-dire, qu’elles n'ont pas une vie parfaite, ni un temps complet comme l'Église. Elles périssent, elles reviennent, elles périssent encore. Théodote fait revivre Cérinthe; il seroit lui-même oublié sans Artémon; il en est de même des autres hérésies, et on les voit toutes se dissiper comme d’elles-mêmes , selon ce que dit saint Paul : Ils n'iront pas plus avant, car leur folie sera connue de tout le monde *.

Il leur fut donné une puissance comme celle des scorpions de la terre. C'est un autre caractère de l’hérésie, de nuire par un venin secret, Comme la suite nous donnera lieu de le faire mieux entendre. Des scorpions de la terre. I] y a des scorpions d’eau; mais ceux-là n’affiigent guère le genre humain, ce qui fait que saint Jean se restreint aux autres.

4. Et il leur fut défendu de nuire à l'herbe... nt à toutce qui est vert, ni aux arbres, mais seulement aux hommes qui n'auroient pas le signe de Dieu. 5. Et il leur fut donné, non de les tuer. Remarquez ici avec attention comme saint Jean éloigne d’abord l'idée d’une guerre et d’un ravage temporel; afin qu'ayant pris une fois celle d’une contagion et d’un ravage spirituel, nous tournions toutes nos pensées de ce côtélà. Ces sauterelles, dit-il, sont d’une espèce particulière. Ce n’est pas l'herbe, ni la campagne, et les moissons qu’elles ravagent; ce sont les hommes; et ce ne sont pas tous les hommes, mais seulement ceux qui n’ont pas la marque de Dieu, qui ne sont pas du nombre de ses élus ; et ce n’est pas tant par la violence, que par un venin qu’elles nuisent; et ce n’est pas à la vie humaine, ni à nos biens temporels : leur venin se porte à l'endroit où réside principalement la marque de Dieu, c’est-

1 De Præsc. c. 41, 42. Ed. Rig. 1675. pag. 217. — 2 IL. Tim. rrr. 9,

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