‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 14 sur 85 · VIII: ÉLÉv. L'Arche d'alliance · texte numérisé non relu

VIII: ÉLÉv. L'Arche d'alliance

« Jln'y a point de nation qui ait des Dieux s'approchant v d'elle, comme notre Dieu s'approche de nous‘. Je serai au » milieu d'eux, et j'y habiterai, et je m'y promènerai’, » allant et venant, pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu, et de notre union avec lui, est qu'il soit et qu'il habite au milieu de nous : et j'ajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habi-

‘Act, 11. 3. — 2 Ib. 4. 5. 6. 7. 8. etc. — 3 Ex. x1x. 12. 13. 20. 21— # Deut. 1v. 7. — ? Lev. xxvi. 11. 12,

toit-il dans le paradis terrestre, allant et enant, et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il paru visiblement à nos pères, Abraham, Isaac et Jacob. Ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s’est fait un peuple particulier, à qui il a donné une loi et prescrit un cute, sa présence s’est tournée en chose ordinaire, dont il a établi la marque sensible et perpétuelle dans l'arche d'alliance.

Par sa figure, elle est le siége de Dieu : Dieu repose sur les chérubins et dans les natures intelligentes, comme dans son trône. Aussi y a-t-il dans l'arche deux chérubins d’or qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire', c’est-à-dire la plaque d’or fin qui est regardée comme le trône de Dieu. Il n’y paroissoit dessus aucune figure, marque de l’invisible majesté de Dieu, pur esprit, qui n'a ni forme ni figure, mais qui est une vérité purement intellectuelle, où le sens n’a. aucune prise. La présence de Dieu se rendoit sensible par les oracles qui sortoient intelligiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins; l'arche en cet état étoit appelée « l’escabeau des pieds du Seigneur * ». On lui rendoit l'adoration qui étoit due à Dieu, conformément à cette parole : « Adorez l’escabeau de ses pieds* », parce que Dieu -y habitoit, et y prenoit sa séance. C’étoit sur l'arche qu'on le regardoit, quand on lui faisoit cette prière : « Écou- »tez-nous, vous qui gouvernez Israël : qui conduisez tout » Joseph comme une brebis : qui êtes assis sur les chéru- » bins ‘ ». Quand le peuple se mettoit en marche, on élevoit l'arche en disant : « Que le Seigneur s'élève, et que ses » ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent pren- » nent la fuite devant sa face ‘». Quand on alloit camper, on descendoit l'arche , et on la reposoit en disant : « Descendez, » Seigneur, à la multitude de votre peuple d'Israël°». Dieu done s'élève avec l'arche, et il descend avec elle: l'arche est appelée le Seigneur, parce qu’elle le représentoit, et en attiroit la présence. C’est pourquoi on disoit aux anges, en introduisant

LEx xx V0 1.018222. — "21 Par. XX VIII. 2 TT hren. 11 1e

#Ps. xovirs. 5. — % Ib, LxxIx. 2. — 5 Num. x. 35, Ps. LXVIIL. 2. — $ Num. x. 36,

l'arche en son lieu : « O princes, élevez vos portes! élevez- » vous, portes éternelles, et le Seigneur de gloire entrera»; et encore : « Entrez, Seigneur dans votre repos, vous et l’ar- » che de votre sanctification * ».

Et tout cela, en figure du Seigneur Jésus, dont saint Paul a dit : « Qui est celui qui est monté dans les cieux, sinon » celui qui auparavant est descendu dans les plus basses » parties de la terre» ? Le même Seigneur Jésus, en monfant aux cieux, laisse parmi nous son corps et son sang, et toute son humanité sainte dans laquelle sa divinité réside corporellement et ce que l'ancien peuple, disoit en énigme, et comme en nombre, nous le disons véritablement, en regardant avec la foi du Seigneur Jésus : « Vraiment il n’y a » point de nation dont ses Dieux s’approchent d'elle, comme » notre Dieu s'approche de nous ‘ ».

C’est donc le caractère de la vraie Eglise et du vrai peuple de Dieu, d’avoir Dieu en soi. Aimons l'Eglise catholique, vraie Eglise de Jésus-Christ, et disons-lui, avec le prophète : « Il n’y a que vous où Dieu est ° » : vous êtes la seule qui se glorifie de sa présence. Rendons-nous dignes de son approche, et pratiquons ce que dit saint Jacques : « Appro- » chons-nous de Dieu, et Dieu s'approchera de nous * ». Approchons-nous-en par amour, et il s’'approchera de nous par la jouissance qui se commence en cette vie, et se con— somme dans l’autre. Amen, amen.

IX° ÉLÉv. Les sacrifices sanglants, et le sang employé partout.

Tout est en sang dans la loi, en figure de Jésus-Christ et de son sang qui purifie les consciences. «Si le sang des boucs » et des taureaux sanctifie les hommes, et les purge selon la » chair (des immondices légales), combien plus le sang de » Jésus-Christ qui s’est offert lui-même par le Saint-Esprit, ». purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour » faire que nous servions au Dieu vivant ??

L'apôtre conclut de là que « Jésus est établi médiateur du » nouveau Testament par le moyen de sa mort * ». Ce qui

Ps. xxt11. 7. 9.—2? 11. Par. vi. 41. Ps. cxxxr. 8.— * Eph. 1v. 9. 10.

== Dent 1v. 7.— 5 Is. xLy. 14. — Jac. 1v. 8. — 7 Iieb. 1x. 13, 14. 22.— 5 Ibid, 15. 16. 17.

164 - ÉLEVATIONS prouve que la nouvelle alliance est un vrai testament: « A » cause que comme le testament n’a de force que par la mort » du testateur » : ainsi la loi et l'alliance de l'Évangile n’a de force que par le sang de Jésus-Christ.

« De là vient aussi que l’ancien Testament a été consacré » par le sang des victimes, dont l'aspersion après la lecture » de la loi fut faite sur le livre même, sur le tabernacle, sur » tous les vaisseaux sacrés, et sur tout le peuple, en disant : » C'est ici le sang du Testamentque Dieu a établi pour vous ». Ainsi toute la loi ancienne porte le caractère de sang et de mort, en figure de la loi nouvelle établie et confirmée parle sang de Jésus-Christ. C’est pourquoi, continue saint Paul, «a dans l’ancienne loi tout est presque purifié par le sang, sans » lequel il n’y a point de rémission de péchés‘ ».

Nous devons donc regarder les mystères de Jésus-Christ avec une sainte et religieuse horreur, en y respectant le caractère de mort, etencore d’une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il se faut faire à soi-même, à l'exemple de Jésus-Christ, pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance, et à l’héritage des enfants de Dieu.

« Personne que le seul pontife ne pouvoit entrer dans le » Saint des saints » où étoitl’arche, « et il n’y entroit qu'une » fois l’année » : mais c’étoit en vertu du sang de la victime égorgée ; « dans lequel il trempoit ses doigts pour en jeter * contrele propitiatoire, et expier le sanctuaire des impuretés » qu'il contractoit au milieu d'un peuple prévaricateur * ». Ainsi ce qu'il y avoit de plussaint dans la loi qui étoit l’arche et le sanctuaire, contractoit quelque immondice au milieu da peuple ; et il falloit le purifier une fois l'année, mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ le vrai sanctuaire, qui n'est pas fait de main d'homme, c'est-àdire notre conscience ; la vraie arche du Testament, et le vrai temple de Dieu , c'est-à-dire , notre corps et notre âme: et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus, si nous— mêmes nous ne répandons en quelque sorte notre sang par Ja mortification, et par leslarmes de la pénitence.

1 Heb. 1x. 18. 19. 20, 21. 22, Exod. xx1v. 8.— ? Ex. xxx. 10. Levit. AVI-12. 3 lé 10 HD It 7e

Jésus à qui le Ciel étoit dû comme son héritage par le titre de sa naissance, « étant établi », comme dit saint Paul, « l’hé- » ritier de touteschoses ‘», y a voulu entrer pour nous comme pour lui. S'il n’avoit à y entrer que pour lui-même, il n’auroit pas eu besoin d'y entrer par le sang d’un sacrifice; mais afin d’y entrer pour nous, qui étions pécheurs, il a fallu nous purifier et expier nos péchés par une victime innocente qui étoit lui-même.

Il étoit donc tout ensemble, «le pontife » qui nous devoit introduire dansle sanctuaire, et «la victime » qui devoit expier nos fautes : c’est pourquoi il n’est pas entré dans le sanctuaire par un sang étranger, mais «par son propre sang ?. » Pontife saint qui n’avoit point à prier, comme celui de la » loi, pour lui-même, pour ses ignorances et pour ses péchés » mais» seulement:« pour » les nôtres et «ceux du peuple», il nous a ouvert la porte : victime innocente et pure : «il a » pacifñé par son sang le ciel et la terre ‘; et pénétrant » dans leciel * », il nous en a laissé l'entrée libre.

Entrons donc avec-confiance dans cet héritage céleste; et nous souvenant de ce qu'il en a coùté à Jésus pour nous en ouvrir la porte, que nos péchés nous avoient fermée, ne nous plaignons pas de ce qu’il nous en doit coûter à nousmêmes.

C'étoit à ce jour solennel où le pontife entroit dans le sanctuaire, qu’on offroit ces deux boucs, dont l’un étoit immolé pour le péché, et l’autre qu’on appeloit « le bouc émis- » saire. Après que le pontife avoit mis les mains sur lui, et » en même temps confessé avec exécration et imprécation » sur la tête de cet animal les péchés de tout le peuple, il » étoit envoyé dans le désert », comme pour yêtre la proie des bêtes sauvages. Ces deux figures représentoient notre Seigneur, «en qui Dieu a mis les iniquités de nous » tous’ ». Chargé donc de tant d’abominations, il a été séquestré du peuple, comme remarque saint Paul, «il a souf- » fert hors de la porte de Jérusalem * » , comme excommu-

MÉCb 2 lb ie 11. 12 (428,20, — © Ib. VIT. 26. 27. — # Coloss. 1. 20. — ® Heb. 1v. 14. — 5 Lev. xvi, 2. 5. 7. = ? Is. LIII. G. "— $ Heb. xnir. 12,

nié de la cité sainte à cause de nos péchés qu’il portoit. Mas c'étoit nous qui étions les véritables excommuniés, et l'anathôme de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte; et pour nousdélivrer de la malédiction qui nous poursuit , unis sons-nous à celle de Jésus-Christ « qui a été fait anathême » et malédiction pour nous », comme dit saint Paul’, « conformément à cette parole : Maudit celui qui a été pendu » à une croix * ». Reconnoissons-nous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés: la croix, une mort douloureuse, et l'ignominie d’un honteux supplice est notre partage. Quoi! en cet état nous pourrions nous plaindre d’être pauvres, méprisés, outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes? Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le Ciel, et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais « sOr— » tons hors. du camp avec Jésus », et allons nous unir à lui « portant ses opprobres * », assurés que ce n’est qu'en nous unissant à ses peines, à ses ignominies, à son anathême, à sa malédiction, que nous serons délivrés de la nôtre.

X° ÉLÉv. Le campement et la patrie.

Une des plus belles circonstances de la délivrance des Israélites, c’est qu’on ne logeoit point dans les déserts où ils furent conduits; on y campoit, on y étoit sous des pavillons ‘; et sans cesse on enveloppoit et on transportoit ses maisons branlantes. Figure du christianisme , où tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêter à quoi que ce soit : passons par dessus ; et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées, afin que toujours prêts à s'éveiller au premier signal, les soldats dorment un court somme, sans se plonger tout-à-fait dans le sommeil, fi ya plus dans le campement de la vie chrétienne ; chacun doit

Gal. 111,13, — ? Deut. xx1. 23. — * Heb. x111. 13 — Num. 1, 52. 11. 34. x

toujours veiller : chacun, en sentinelle sur soi-même, doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil, «et qui toujours rode autour de nous pour nous dévorer ‘ ». Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trève, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.

Ainsi donc campoit Israël. Il supportoit ce travail pour enfin arriver à cette terre « coulante de miel et de lait?» , tant de fois promise à leurs pères. C'étoit pour y introduire ce peuple que Moïse l'avoit tiré de l'Egypte, et lui avoit fait passer la mer Rouge. Mais, Ô merveille de la divine sagesse, aucun de ceux io s'étoient mis en marche sous Muïse pour arriver à celte terre n'y entra, excepté deux * : Moïse même ne la salua que de loin, et Dieu lui dit : « Tu l’as vue de tes » yeux, et tu ny entreras pas; et Moïse mourut » à l'instant « par le commandement du Seigneur “». Afin qu'on entre dans la terre promise , il faut que Moïse expire et que la loi soit enterrée avec lui dans un « sépulcre inconnu aux hom- » mes»; afin qu'on n’y retourne jamais, et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge et qui a vécu sous la loi n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop foible pour y introduire les hommes.

Ce n’est point Moïse, c’est Josué, c'est « Jésus » ( car ces deux noms n’en sont qu'un) qui doit entrer dans la terre et y assigner l'héritage au peuple de Dieu *. Qu’avoit Josué de si excellent pour introduire le peuple à cette terre bénite, plutôt que Moïse ? Ce n'étoit que son disciple, son serviteur, son inférieur en toutes manières : il n’a pour lui que le nom de « Jésus » , et c’est en la figure de « Jésus » qu'il nous introduit dans la patrie. Entrons donc, puisque nous avons Jésus à notre tête; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des vivants. « Je vais » dit-il °, « vous » préparer le lieu » : j'assignerai à chacun le partage qui lui à été destiné : «il y a plusieurs demeures dans la maison de

1 I. Pet, y. 8. =? Num. xrmr. 28. — 9 Zhid. xiv. 22 23. 30. — “Dent, XXXIV. 4. 5,—5% Jbid. 9. Jos, 1. 2. 5, 6. 7. et seq. — * Joan, XIV. 2.

» mon Père. » Jésus, « notre avant-coureur est entré pour » nous ‘», et l'entrée nous est ouverte par son sang. « Dépé- » chons-nous donc d'entrer dans cereposéternel’»:dépêchonsnous, n’ayons rien de lent. « La voie qui nous est ouverte », dit saint Augustin, « ne souffre point de gens qui reculent, ne » souffre point de gens qui se détournent, ne souffre point de » gens qui s'arrêtent» ; etsi l’on s’avance toujours dans nn si roide sentier sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids.

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