‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 16 sur 85 · II: ÉLÉV. La prophétie de Moïse · texte numérisé non relu

II: ÉLÉV. La prophétie de Moïse

Quoique tout l’état de Moïse et de la loi soit prophétique dans son fond, comme on a vu, il y a encore sur Jésus- Christ une prophétie spéciale de Moïse; et la voici : « Dieu » vous suscitera un prophète comme moi, de votre nation, et » du milieu de vos frères : vous l’écouterez ' ». C’estun prophète particulier que Dieu promet à son Do un prophète « comme moi», dit Moïse : un prophète « semblable à » moi», comme il ajoute dans la suite; c'est-à-dire, un prophète législateur. Car, au reste, il est écrit des autres prophètes : « qu'il ne s’en est jamais élevé comme Moïse ” Josué , qui lui succéda dans le gouvernement du peuple de Dieu, étoit beaucoup au dessous de lui, non-seulement en prodiges et en puissance, mais encore en dignité : «ayant » reçu l'esprit de sagesse, parce que Moïse avoit mis les mains » sur Jui . On lui obéissoit donc, non pas comme à un légis-

1 Deut..xvrrr. 15. 18. 20. — ? Ib. xxx1v, —% Ib. 9.

Büossuer, t. v. A 8

170 ÉLÉVATIONS lateur, mais sur des faits particuliers. Il n’en ?st pas ainsi de ce prophèle que Moïse annonce comme devant lui être semblable. I dit de lui : « Vous l’écouterez » : qui est aussi la même chose que le Père éternel a dit de son Christ : «Celui-ci est mon fils bien-aimé : écoutez-le ‘».

Il y a donc deux prophètes d’un caractère particulier : Ie ministère de l’un devoit succéder à eelui de l’autre; et il est dit singulièrement de chacun d’eux : « Ecoutez-le » : l'un, médiateur de Ja loi ancienne; et l’autre, médiateur de la nouvelle : autant différents entre eux que les deux lois qu'ils ont établies. Toutefois il y a entre eux quelque chose de commun : c’est qu'à la tête de chaque loi qui devoit, pour ainsi dire, régner , il y a un prophète par excellence pour chacune : mais le dernier l’est « d'autant plus qu'il est le » fils »; au lieu que l’autre « étoit le serviteur * ». Celui dont le ministère étoit passager, montre lautre dont le ministère étoit éternel : aussi ne lui nomme-t-il point de successeur, et il lui remet pour toujours l'autorité et la prophétie. Que si l’on a écouté Moïse avec une crainte si religieuse ; et si ceux « qui ont violé sa loï ont été punis de mort » sans miséricorde, de quels supplices seront dignes ceux » qui auront foulé aux pieds le Fils de Dieu *» et qui n’auront pas obéi à Jésus ?

II° ÉLÉv. La prophétie de David,

«Bénisoit le nom et le règne de notre père David ‘. Béni soit >» le fils de ce» saint « roi *», par quinous vient la vie et le salut. Les psaumes de David sont un évangile de Jésus- Christtourné en chant, en affections, en actions de grâces, en pieux desirs. «C'est ici,» disoit Jésus-Christ, clavie éternelle : de vous » connoître , Ô Père céleste ! qui êtes le vrai Dieu, et Jésus- » Christ, que vous avez envoyé °». C’est par où commencent les psaumes. Le premier montre Ja félicité de celui qui garde la loi de Dieu”, et ensuite, dès le second, on voit paroître

Ÿ Matth. xvi1. 15. — 2? Heb, im. 8, 5. 6. —.% Ib. x. 28. 29. — Marc. x1. 10. — 5 Matth. xxx, 9. Ps. CXVII. 25, — 6 Joan. xvII. 3. — T Ps, 1. 1. et seq.

SR LES MYSTERIS. 471 Jésus-Christ : toutes les puissances du monde conjurées contre lui: Dieu qui s'en rit du plus haut des cieux, etqui, adressant la parole à Jésus-Christ même, le déclare «son Fils qu'il » engendre dans l'éternité ‘ ». C’est dès le commencement, l'argument de tous les psaumes.

David l’a vu « dans le sein de son père engendré avant l'au- » rore, » avant tous les temps : il a vu qu’il seroit « son fils, » et en même temps «son Seigneur». I] l’a vu roi souverain : « ré- » gnant par sa beauté, par sa bonne grâce, par sa douceur et » par sa justice : perçant le cœur de ses ennemis » par une juste vengeance, ou celui de ses amis par un saint amour. Il l'a adoré dans « son trône éternel, comme un Dieu, que son » Dieu a sacré par une divine onction * » : père et protecteur des pauvres, « dont le nom sera honorable devant lui»; puissant auteur « de la bénédiction des gentils consacrés et » sanctifiés en son nom ‘; prédicateur d’un » nouveau « pré- » cepte dans la sainte montagne de Sion *

Il a vu toutes les merveilles de sa vie, et toutes les circonstances de sa mort: ilen a médité tout le mystère 5. 11 a maudit en esprit son disciple qui le DATON vendre : et il en a vu « l'apostolat passé en d’autres mains ? »,

« Ses pieds et ses mains percés » avec son corps violemment étendu et suspendu , ont été le cher objet de sa tendresse ‘. David s’est jeté par la foi entre ses bras amoureuse ment étendus à un peuple contredisant. « Il a goûté le fiel »etle vinaigre*»,qu’on luia donnés dans sa soif. Il voit tout, jusqu'à l’histoire « de ses habits divisés, et de sa robe jetée au » sort ‘‘ ».Il est touché des moindres circonstances de sa mort, et n’en peut oublier aucune. Il se réjouit en esprit de lui voir après sa mort « annoncer la vérité aux gentils dans la grande » Eglise ‘», où tous les peuples de l'univers devoientse réunir où Tes pauvres comme les riches dévoient être assis à sa table. Enfin il l’a suivi « au plus haut des cieuxavec des captifs atta-

1 Ps. 11. 7. —? 16. cix. 1. 3. 4. 6. 7. Matth. xx11. 44. 45. —% Ps. SLIV. 3. 4. 5.06..7. 00 4 1BLxxr, 1.0. 14. 19. —t I6. vr. 6. — 6076, xxret Lxvitr. — ? 26. vit. 8. Joan. x11r. 18. Act. 1. 16. 20 — © Ps. xxr. 16. 17. 18. 19. —° 76. Lxvyrn. 22. Joan. xix. 28. 29. 30. — !° Ps. xx1. 19. et seq. — 11 Z6. 32.

4179 ÉLÉVATIONS ‘chés à son char victorieux. Il l'a adoré « assis à la droite du » Seigneur *», où il a été prendre sa place. à

0 Jésus ! les chères délices, l'unique espérance et l'amour de notre père David ! C’est principalement par cet endroit-là qu'il a été « l’homme selon le cœur de Dieu ». Sa tendresse pour ce cher Fils, qui est le Fils de Dieu comme le sien, lui a gagné le cœur du Père éternel. S'il a tant pensé à Jésus souffrant dans toute sa vie, à plus forte raison y a-t-il pensé lorsqu'il a été sa figure en souffrant lui-même. S'il est si doux à ceux qui l'outragent , s’il est muet, sans réplique et sans défense ; si, loin de rendre le mal pour le mal, il rend à ses ennemis des prières pour leurs imprécations; si ce bon roi s'offre à être la seule victime pour tout son peuple désolé par la main d’un ange, il en voyoit l'exemple en Jésus. Fautil s'étonner s’il a été si humble et si patient dans sa fuite devant Absalon ? Ce Fils obéissant le consoloit des emportements et des fureurs de son fils ingrat et rebelle.

0 Jésus ! je viens avec David m'unir à vos plaies, vous rendre hommage dans le trône de votre gloire , me soumettre à votre puissance. Je me réjouis, Fils de David, de toute votre grandeur. «Non, vous n'avez point connu la corruption ‘», vous qui étiez par excellence le saint du Seigneur. Vous avez su le chemin de la vie, la gloire et la joie vous accompagnent‘. Vous régnez aux siècles des siècles”, et votre empire n’aura point de fin *.

.Vi° ÉLÉV. Les autres prophètes.

Nous avons expliqué ailleurs les oracles sacrés des prophètes sur notre Seigneur Jésus-Christ *. Je diraïici en abrégé qu'ils ont tout vu : ses deux naissances, la première toute divine, dès le jour de l'éternité, le lieu marqué pour la seconde dans Bethléem ‘ ; une vierge qui le conçoit et qui l’enfante; un enfant qui nous est né ; un fils qui nous est donné". Enfant, homme dès le premier jour, tout ensemble Dieu

! Ps. LxvI. 18. 19. Ephes.1v. 8. — 2 Ps. cix. 1. 5. — 3 ], Reg. xili. 1%.— * Ps: xv. 10. Act. 11. 31. xatt. 35. —*? Marc. 1. 24. Luc. 1. 35. — $ Ps. xv. 10, — Ÿ Apoc. x1. 15. 17. — % Luce. 1. 39. 33. —* Dis cours sur l’Hist. Univ. Il‘ partie. La suite de la Religion. — 1° Mich, +. 2 Matth. 11. 6. — 11 Is. vit. 14. Matth.r. 21, 22. 23,

fort et tout-puissant ‘. Reconnaissons avec Zacharie l'humble monture de ce « Roi juste » , clément et « doux ? », lorsqu'il fait son entrée dans sa ville royale. Considérons avec lui «les trente deniers pour lesquels il a été vendu » et l'emploi de cet argent pour acheter «le champ d’un potier* ». Tout s'accomplit en son temps. «Le pasteur est frappé, et le » troupeau se dissipe. Les disciples se retirent chacun chez » eux, et Jésus demeure seul ‘ ». On crache sur son visage ; « et il ne se détourne pas pour éviter les coups et les infamies » qu'on lui fait °». Onle perce; et tout Israël voit les ou vertures des plaies «qu’il lui a faites®». Comme un autre Jonas, on le jette dans la mer, pour sauver tout Le vaisseau ; et comme lui «il en sort au bout de trois jours ? ».

A mesure que le temps approche, ses mystères se découvrent de plus en plus. Daniel compte les années où se devoient accomplir son onction,ses souffrances , sa mort suivie d'une juste vengeance et de l'éternelle désolation de l'ancien peuple qui à mépriséle « Saint des saints * ». Il voit en esprit, «le Fils de l’homme à qui est donné un empire », à qui nuls lieux, nuls temps ne donnent des bornes. Cet empire, le plus auguste qui eût été et sera jamais, « sera » l'empire des saints du Frès-Haut *». Daniel, étonné de sa grandeur, se trouble dans ses pensées , et conservé cette parole dans son cœur. Mais il faut que ce Fils de l’homme souffre une mort viotente.

Isaïe nous apprend à goûter ses souffrances; il doit « porter » nos péchés » et par là s’acquérir l'empire, «et partager les » dépouilles des forts » ; et la cause de ses victoires, c’est qu'il s'est livré à la mort. «Il a été mis au rang des scélérats» , crucifié entre deux larrons : c’est le « dernier des hommes», et tout ensemble le plus grand. Ce n’est point par force qu'il souffre la mort. « Il s’y est offert, parce qu’il l’a voulu. Il » n’a point ouvert la bouche » pour sedéfendre ; «il est muet » comme l'agneau sous la main qui le tond ». Le silence du

1Ie.1x. 6. — ? Zach. 1x. 9. Matth. xx1. 5.— 3 Zach. x1. 12. 13. Matth. xxwvi1. 9. 10. —* Zach. xur. 7. Matth. xxvr. 31. 56. — Is, L. 9. — $& Zach. x. 10. Joan. x1x. 37. — ? Joan. 11. 2. Matth. x17. 40. xvI. 4. — # Dan.rx. 24 et seq. Matth. xx1v. 15. — © Dan. vur. 13. 14, 15. 27. 28.

Fils de Dieu parmi tant d'outrages et tant d'injustices, qui est le plusremarquable caractère du Fils de Dieu, a fait l'admiration de ce prophète. On le croit frappé de Dieu pour ses péchés, lui qui est l'innocence même; « mais c’est pour les » nôtres qu'il souffre, et nous sommes guéris par ses bles- » sures'». Les prières qu'il pousse vers le ciel dans cet état de souffrance, sont le salut « des pécheurs » pour qui il « prie. » Une « longue postérité » sortira de lui, parce qu’il a volontairement souffert la mort : « et son sépulcre », d’où il sortira vainqueur et immortel, « sera glorieux *».

Ce seul passage si précis et si étendu, où les souffrances du Sauveur futur sont mculquées en tant de manières, suffisoit pour animer tous les sacrifices et le culte de la loi, et mettre continuellement devant les yeux des vrais Israélites , qu’elle contenoit sous ses ombres, la rémission des péchés par une mort volontaire, un sang salutaire qui les expioit , des plaies qui rétablissoient la santé de l’homme , et dans tout cela un Sauveur aussi juste que souffrant, qui nous guérissoit par ses blessures.

Combien plus doit-on se nourrir de ces plaies sacrées, de cette mort, et de ce sang innocent versé pour les pécheurs, depuis, comme dit saint Paul, que Jésus-Christ « a été eruci- » fié à nos yeux ? O Galates insensés , comment vous laissez- » vous fascinér les yeux *» après nn tel spectacle! Accourez, peuples, à la croix de Jésus-Christ. Et puisque c'est vous qui lui avez tous donné la mort, venez, comme dit l’évangéliste après le prophète , venez, dis-je, «contempler celui que vous » Avez percé ‘ ».

V° ÉLÉv. Réfléxions sur les prophéties.

Les choses étant en cet état, la venue de Jésus-Christ étant préparée dès l’origine du monde, toute la loi, pour ainsi dire, en étant enceinte et toute prête à l’enfanter, Dieu laissa le peuple saint quatre à cinq cents ans sans prophètes ct sans prophéties, voulant leur donner ce temps pour les

ts. tm. 7. et seq. — ? Ib. xt. 10. — © Galat. 111, — * Zach. x11. 10. Apoc, 1. 7,

méditer , et pour soupirer après le Sauveur. A la veille de faire cesser les prophéties, c’est-à dire , dans le temps de Da: niel, d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, il declara les secrets divins plus clairement que jamais. C'est de quoi font foi principalement les Semaines de Daniel, où les temps de la venue et de la mort du Christ étoient exactement supputés. Aggée avoit dit ces mémorables paroles à la gloire du second temple : « Encore un peu de temps ». Gar, qu'étoit-ce que quatre cents ans etun peu plus, à comparaison de tant de mil: liers de siècles où le Sauveur avoit étè attendu ? « Encore » done « un peu de temps, et je remuerai le ciel et la terre » et le Desiré de toutes les nations viendra ; étje remplirai » de gloire cette maison nouvellement rebâtie »; c’est-à-dire le second temple, « dit le Seigneur des armées, le Dieu » tout-puissant'. L'argent est à moi,etl’or est à moi » : tout est en ma puissance ; et si je voulois faire éclater cette maison en richesses même temporelles, je le ferois, mais je lui prépare un autre éclat par la venue du « Desiré des nations. La » gloire de cette seconde maison sera plus grande que celle » dela première ; PE mn dr la paix dans ce lieu, dit le » Seigneur des armées ?

S'il faut regarder le FAT par un éclat extérieur, la gloire du premier temple, sous le riche empire de Salomon. , de Josaphat, d'Ezéchias et des autres rois, sera sans contestation la plus grande. Loin que le second temple eût le même éclat, ceux qui le rebâtissoient, et qui avoient vu Îe premier, ne pouvoient retenir leurs larmes en voyant combien il lui étoit inférieur. Il est vrai que dans la suite des temps la gloire da second temple fut grande dans l'Orient. On y vit porter les présents des rois ?, et je ne sais si Hérode, qui le rebâtit, n’en égala pas la magnificence à celle de Salomon. Mais après tout, et quoi qu’il en soit, ce n’est pas là de quoi « remuer le ciel » etla terre » ; et un si grand mouvement se doit terminer à quelque chose de plus grand que des richesses terrestres. Voici done «le grand mouvement du ciel et de la terre » : c'est que « le Desiré des nations » le Christ qui en est l'attente,

! Agg. 11 7. 8. 9. — ? 76. 10. — 3JJ. Mach. j1r. 1. 2. 3.

« paroîtra » sous ce second temple. I1« viendra », dit le saint prophète Aggée ! et où viendra-t-il? Un autre prophète l'explique dans le même temps : « J'envoie mon ange » , dit Malachie *« au nom du Seigneur; etil préparera la voie devant » ma face : et en ce temps viendra dans son temple le Sei- » gneur que vous cherchez, et l'ange du testament », ou de l'alliance « que vous desirez. Le voilà qui vient, dit le Sei< » gneur» . n'y aplus rien entre deux : il n’y a plus de nouvel ouvrage, ni de nouvelles figures du Christ à venir, ni de nouvelles prophéties. Voici le dernier état du peuple de Dieu et après cela il n’y a rien à attendre que le Christ qui entrera dans le second temple.

Ce n’est donc pas sans raison que le saint vieillard « Siméon’ » qui attendoit » avec tant de foi la venue du-Christ, et « la ré- » demption d'Israël » fut amené « en esprit», c'est-à-dire par inspiration, avec Anne la prophétesse, cette sainte veuve, dans le temple où le Seigneur alloit entrer. C’est qu’alors s’alloit accomplir la gloire du second temple , lorsque Jésus y devoit venir pour y « établir la paix » , comme Aggée l'avoit prédit.

Aux approches de ee temps heureux, toute la nature étoit en attente, tout le peuple vivoit en espérance. S'il n’avoit plus de prophètes , il vivoit en la foiet dans les lumières des prophéties précédentes. Ceux qui étoient éclairés d’eñ haut, appeloient celui qui les devoit sauver de leurs péchés. Le Christ, à la vérité, leur étoit souvent montré comme un conquérant, qui les dexoit délivrer des mains de leurs ennemis qui les tenoient en captivité. Mais cette captivité et ces enne-— mis n'étaient d'un côté qu'une figure d'une captivité spirituelle, et de l’autre, une punition de leurs péchés, qui leur attiroient tous ces maux, et mettoient ce joug de fer sur leur tête : et enfin les frayeurs de leur conscience leur faisoient sentir que le grand mal dont ils devoient être délivrés , étoient leurs péchés. C’est pourquoi ils reconnoissoient qu'ils avoient besoin « d’un Sauveur » qui les expiât: il.leur falloit « un juste, et un innocent », qui fût la sainte victime qui les

Agg. nn. 8. — ? Mal. arr. 1. — © Luc, 11. 25. 26. 27.

cfaçät. « O ciel , envoyez votre rosée, et que les nues pleu- » vent le Juste ; que la terre s'ouvre, et qu’ellé germe le Sau- » veur ‘»! Pour être Sauveur, il faut qu'il soit juste, d'une justice qui vienne du ciel, qui soit divine, infinie, et celle de Dieu même ; afin que nous puissions l'appeler après le porphète : « Le Seigneur notre justice * ». Ce juste qui devoit venir du ciel, doit aussi sortir de la terre : il faut qu'il joigne en sa personne le ciel et la terre, qu’il soit Dieu et homme tout ensemble : que, par une double naissance , il vienne tout ensemble, et du ciel « dansles jours de l'éternité » et « de Beth- » léem * » dansle temps, comme l’avoit dit le prophète; et c'est ainsi que « dans peu de temps », dansle dernier période du peuple de Dieu, ce grand Dieu « devoit remuer le cieletlaterre‘».

Cependant tout se préparoit à son arrivée. Le royaume de Juda vivoit sous ses lois dans une parfaite liberté : peu à peu il se dégradoit; et quand le temps approcha qu'il devoit être détruit, il tombe entre les mains des étrangers. Un nouveau peuple se prépare au Christ futur; et on va voir toutes les pations venir en foule composer ce nouveau royaume, qui étoit sous « le Fils de l'homme, le royaume des saints du » Très-Haut qui ne devoit point avoir de fin * ». Nous touchons au dénouement des mystères, etle Dieu homme va paroître.

Purifions nos cœurs pour le recevoir : songeons au malheur de ceux pour qui il étoit venu, et qui cependant n'ont pas voulu le connoître. Charnels , ambitieux, avares, quand Jésus est venu à eux, ils l'ont méconnu : ils l'ont mis à mort parce que ses saintes paroles n’entroient point dans leurs cœurs. Purifions-nous donc, pour le recevoir, de tous les desirs du siècle, en attendant son glorieux avénement : autrement, tout est à craindre pour nous : sa venue nous sera funeste, et nous le crucifierons comme les Juifs.

VI: £LÉv, L'apparition de Dien d’une nouvelle manière; et ce que fait la venue du Christ promis,

De si haut qu'on reprenne Fhistoire sacrée, on y trouve que Dieu apparoît en figure humaine aux patriarches, aux

1Js. xzv. 8. — ? Jérém. xxnr, 5. 6. — ® Mich. v. 2. — { Agg. 17. 7. —? Dan. vrr. 13. 14. 27.

prophètes. Un des hommes que voit Abraham, et qu'il reçoit en sa maison, se trouve être le « Seigneur » même, Dieu même, « à qui rien n’est difficile »; qui donne un fils à Sara, quoique stérile; qui pardonne aux hommes; qui les punit selon les règles de sa bonté et de sa justice ; à qui Abraham adresse ses prières comme à Dieu; qui parle lui-même comme Dieu; qui dispose de toutes choses avec une suprême autorité". Ce Dieu qui apparoë à Abraham est souvent appelé ange, c'est-à-dire «envoyé *». C’est un «envoyé» , pour l'amour de qui Abraham avoit voulu immoler son fils unique © qui en accepte le sacrifice ; qui renouvelle toutes les promesses à Abraham : c'est donc un ange, c’est un « envoyé» qui est Dieu. C’est « l'ange du.Testament* , l'ange du grand » conseil », etle Fils de Dieu lui-même, qui dès lors se plaisoit à la forme d'homme qu'il devoit prendre personnellement au temps marqué,

Le même apparoît à Isaac et à Jacob : Jacoble voit au haut d’une échelle; et il appelle le lieu où il est, «la maison de » Dieu, et la porte du ciel ‘ ». Il y dresse un autel à celui qu’il avoit vu, et lui rend ses adorations. Jacob combat avec lui, comme avec un homme, etse glorifie « d’avoir vu Dieu face à » faces». Il reçoit l'ordre de lui dresser un autel]; il invoque et il le loue comme celui « qui l’a regardé dans son affliction ‘». Combat mystérieux où Dieu veut bien s’égaler à l’homme : et que l’homme aidé de Dieu, l'emporte contre Dieu même, et lui arrache pour ainsi dire sa bénédiction par une espèce de violence’. Il apparoït dé nouveau à Jacob, etse nomme le Dieu tout-puissant; et confirme toutes les promesses qu'il avoit faites à Abraham et à Isaac. Tout cela en figure de celui quis’est incarné pour nous, qui dès lors nous préparoit ce grand mystère, le commencçoit en quelque façon, en faisoit voir comme une espèce d'apprentissage et comme un essai; qui enfin a voulu, en la forme humaine, faire les délices de nos pères; qui par un amour extrême, et si l'on peut l'appeler ainsi, par une téndre passion pour notre nature, a faitaussi de

1 Gen. xvrir. 2. 3. 14. etc. — ? Zb. xx1t. 11. 19. 15. 16. etc. — 3 Mal, HI. 1.— { Gen. xXVL-xx VII. 12. 13.16. 17, 18. — © JB, xxxXII. 24. etc. — Ib, xxx. 1. 3. — 7 Z6, 11. 12,

SUR LES MYSTERES. 179 son côtè ses délices des enfants des hommes, et a voulu montrer par là qu'il est celui qui, «conçu et engendré dans le » sein de Dieu comme sa sagesse éternelle, a mis son plaisir » à être avec eux '».

Parcourons ici en esprit tous les endroits où le Dieu « trois » fois saint» paroît avec une face et avec des pieds, où la gloire du Dieu d'Israël s'élève au dessus du chariot *, et se rend sensible; « où l'Ancien des jours » apparoît avec «sa » tête et ses cheveux blancs comme neige‘ » : et croyons que toutes ces apparitions ou du Fils de Dieu, où du Père même, étoient aux hommes un gage certain que Dieu ne regardoit pas la nature humaine comme étrangère à la sienne, depuis qu'il avoit été résolu que le Fils de Dieu, égal à son Père, se feroit homme comme nous.

Toutes ces apparitions préparoient et commencoïent l’in- <arnation du Fils de Dieu : lincarnation n'étant autre chose « qu’une apparition de Dieu ‘», au milieu des hommes, plus réelle et plus authentique que toutes les autres: pour accomplir ce qu'avoit vu le saint prophète Baruc, que « Dieu même, » après avoir enseigné la sagesse à Jacob et à ses enfants, » avoit été vu sur la terre, et avoit conversé parmi les hom- » mes »: qu’en cet étaton lui diroit, comme faisoit Isaïe : « C’est » dans vous seul que Dieu «st : et il n’est en aucun homme » comme en vous : Dieu n’est point sans vous : vous êtes » vraiment un Dieu caché, le Dieu d'Israël, le Sauveur ’. » Le voilà », nous disoit Malachie , «ce Seigneur que vous at- » tendiez», cetange qui a apparu à Abraham et aux patriar- « ches: Le voilà qui vient en personne, qui apparoît dans son » temple ». Et remarquez qu'un autre ange le précède « et » lui prépare la voie » : mais cet ange n'est point appelé le maître, le dominateur, « ni celui qui vient dansle temple», comme dans un lieu qui està lui; ad templum sanctum suum. C'est Jean Baptiste, le saint précurseur de Jésus-Christ; c'est, comme l'appelle le même prophète, un autre Elie qui vient préparerles hommes à recevoir —ésus-Christ, « de peur

! Prov. viir. 22. 23. 31. — ? Js. vi. 1. 2. 3.— % Ezech 1. {. et seq. 4 Dan.vir. 1. 9,13.—5 J. Tim. 114. 16.—* Bar. ur. 87. 38.— 15. xLS 14. 15.—"* Malac. tu. 1.

580 ÉLÉVATIONS » qu'à son arrivée le genre humain ne soit frappé d'ana- » thème», |

C’est par ces mots que finit le prophète Malachie. La prophétie finit avec lui, et en voilà le dernier mot. Ainsile dernier des prophètes termine sa prophélie en nous désignant le premier prophète qui devoit paroître après lui, et lui remet, pour ainsi parler, la prophétie et la parole.

Entrons ici dans l'esprit des Israélites spirituels, des Juifs cachés qui desiroient le Sauveur, et se consoloïent dans cette attente de tous les maux de cette vie. O Jésus, vous êtes celui qui deviez venir ! O Jésus, vous êtes venu ! O Jésus, vous devez encore venir au dernier jour pour recueillir vos élus dans votre repos éternel ! O Jésus, vous allez et venez sans cesse ! Vous venez dans nos cœurs; et vous y faites sentir votre présence par je ne sais quoi de doux, de tendre et de souverain. Que l'esprit et l'épouse disent : « Venez, que celui » qui a soif, vienne ». Car Jésus vient en nous, quand aussi nous venons à lui. «Oui», dit Jésus, « je viendrai bientôt. » Ah! venez, venez”, Seigneur » Jésus. Venez, le Desiré des nations, venez, notre amour et notre espérance, notre force et notre refuge, notre consolation dans le voyage, notre gloire et notre repos éternel dans la patrie.

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