L'AVÉNEMENT DE SAINT JEAN BAPTISTE, PRÉCURSEUR DE JÉSUS-CHRIST
17 ÉLÉv. Les hommes avoient besoin d’être préparés à la venue du Sauveur.
Quelle merveille, dit saint Augustin *! Saint Jean n'étoit pas la lumière : Non erat ille lux ; mais il étoil envoyé pour rendre témoignage à Ja lumière : Sed ut testimonium perhiberet de lumine *. La lumière a-t-elle besoin qu’on lui rende témoignage ? Faut-il que quelqu'un nous dise : Voilà le soleil? Ge bel astre n'attire-t-il pas assez les regards, sans qu’on nous le montre au doigt? Il est ainsi toutefois, dit saint. Augustin. « Jésus-Christ étoit le soleil , et saint Jean un petit
* Malac.1v. 5. 6. — ? Apoc, xxrr. 17. 20.— 5S, Aug. in Joan. Tract, M.n, 7 ct sceq. — ‘Joan, 1. 8.
» flambeau ardent et luisant'», comme l'appelle le Sauveur. Et voilà que nous allons chercher le Sauveur par le ministère de Jean, et nous cherchons le jour avec un flambeau. La foiblesse de notre vue en est la cause. Le grand jour nous éblouiroit, sinous n'y étions préparés et accoutumés par une lumière plus proportionnée à notre infirmité : Tam infirmi sumus; per lucernam quærimus diem *. Le monde est trop affoibli par son péché, poar soutenir dans toute sa force le bonheur que Dieu lui envoie. Confessons notre foiblesse et notre impuissance : c'est là le commencement de notre salut. Abaissons-nous vers saint Jean, et apprenons à élever peu à peu nos yeux foibles et tremblants à Jésus-Christ.
Ile ÉLÉV. Quatre circonstances de la vie et de la mort de saint Jean, préparatoires à la vie et à la mort de Jésus-Christ.
Je découvre quatre choses dans saint Jean, par où il me prépare à Jésus-Christ : premièrement, sa conception et sa nativité; secondement, sa vie étonnante dans le désert dès son enfance; troisièmement, sa prédication avec son. baptême ; quatrièmement, la persécution qu’on lui fait souffrir, sa prison et sa mort. Quatre mémorables circonstances de Phistoire de saint Jean Baptiste, que nous remarquerons chacune à sa place, pour nous préparer à voir la gloire du Sauveur.
Suivons donc le saint précurseur, et voyons-le devancer en tout et partout le Fils de Dieu, tant dans sa vie que dans sa mort. Il va étre conçu et paroître au monde. Marchez devant lui, saint précurseur , et prévenez les merveilles de la conception et de la naissance de votre maître. Mon âme, sois attentive au grand spectacle que Dieu prépare à ta foi! Seigneur, soyez loué à jamais pour les admirables préparations par lesquelles vous nous disposez à recevoir votre Christ!
IIIe ÉLÉv. Première circonstance préparatoire de la vie de saint Jean Baptiste : sa conception.
Mon Sauveur devoit noître d’une vierge. Quelle plus belle
préparation à ce mystère, que de faire noître saint Jean
1 Joan. v. 35. —2$S. Aug. in Joan, Tract, n.11, 8.
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Baptiste d’une stérile? Jésus-Christ ne devoit avoir de père que Dieu. Après Dieu, et sous sa puissance, que pouvoit-on donner à saint Jean Baptiste, qui en approchât davantage qu'un sacrificateur qui fût en même temps un saint? Ce fut le caractère de saint Zacharie, père de saint Jean Baptiste. Il est dit de lui qu’il étoit « sacrificateur », et encore sacrificateur « de la race d’Abia » , qui étoit la plus excellente. Sa sainteté répondoit à celle de son ministère, et afin que tout se ressente ici de l'esprit de sainteté, ce fut durant l'exercice de sa fonction que Dieu lui envoya son ange pour lui annon-
cer la conception de saint Jean Baptiste * ‘
Jésus-Christ devoit avoir une mère vierge : c’étoit là sa prérogative. Et qu'y avoit-il qui approchât davantage de cet honneur, que denoître d'une stérile, comme un autre Isaac, comme un Samson, comme un Samuel; ces enfants miraculeux de femmes stériles sont des enfants de grâce et de priè— res. Et c'est par là que fut consacrée la naissance de saint Jean Baptiste, pour être l’avant-courrière de celle du Fils de Dieu,
Sainte Elisabeth étoit, comme son mari, d’une vie sainte et irréprochable devant Dieu et devant les hommes *. Comme lui elle étoit aussi fille d’Aaron et de la race sacerdotale, qui étoit dans la tribu de Lévi aussi distinguée que la tribu de Lévi étoit élevée parmi les tribus d'Israël. Tout relève la noissance de saint Jean Baptiste; etrien ne pouvoit mieux préparer les voies au Messie qui devoit venir.
Outre la stérilité d'Elisabeth, elle étoit, comme Zacharie, avancée en âge : tout s’epposoit au fruit qu'elle devoit porter. Seigneur, nous sommes stériles : accablés de la vieillesse d'Adam et des anciennes habitudes de la corruption, nous ne pourrons produire aucun fruit; mais Dieu se plait à tout tirer du néant.
La vertu ne vient jamais parmi les hommes que des lieux naturellement stériles : « Et où le péché abonde, c’est là » que la grâce veut surabonder ? » : c’est à l'humilité à l’attirer. Confessons notre impuissance; et Jean, c’est-à-dire « la grâce et la colombe » ou «le Saint-Esprit », nous sera donné.
Luc, 1. 5, Gf et seq. — ? Ib. 9 et seq. — ? Ron. v. 20,
IVe ÉLÉvV. La conception de saint Jean Baptiste, comme celle de Jésus- Christ, est annoncée par l'ange saint Gabriel.
« Je suis Gabriel, un des esprits assistant devant Dieu, que » le Seigneur vous a envoyé pour vous parler et vous annon- » cer ces heureuses nouvelles ‘ ». Dieu destinoit à ce saint archange une bien plus haute ambassade, puisqu'il devoit annoncer l’enfantement d’une vierge ; mais afin de tout préparer , ét de donner foi aux paroles de son ange, Dieu Jui fit auparavant annoncer l'enfantement d’une stérile : et avant que de promettre le Christ, il le chargea de promettre son saint précurseur.
Un des caractères des œuvres de Dieu, est de prendre le temps convenable ; et c'est là un des traits les plus remarquahles de sa sagesse. Zacharie étoit dans l'exercice le plus pur de la fonction sacerdotale, qui étoit celui d'offrir les parfums au dedans du temple sur l'autel destiné à cette fonction; ettout le peuple étoit au dehors en attente du saint sacrificateur qui devoit sortir du temple, après avoir accompli le ministère sacré. Ce fut à ce moment que l’ange du Seigneur lui apparut du côté droit de l'autel, où il officioit *.
Le trouble dont il fut saisi à la vue de l'ange, est l'effet de cette crainte religieuse dont l'âme est occupée lorsque Dieu se rend présent par quelques moyens que ce soit. L’impression des choses divines fait rentrer l’âme dans son néant: elle sent plus que jamais son indignité : la frayeur qui accompagne ce qui est divin la dispose à l’obéissance.
« Ne craignez point », lui dit cet ange. Comme le premier elfet de la présence divine, est la frayeur dans le fond de l'âme, le premier effet de la parole portée de la part de Dieu est de rassurer celui à qui elle est adressée. « Votre » prière est exaucée, et votre femme concevra un fils * ». Il l'avoit donc demandé à Dieu; et Jean, comme Samuel, fut le fruit de la prière. Mon âme, prie avec foi et persévérance , l'ange du Seigneur viendra; une douce confiance se formera ; quelque lumière céleste apparoîtra dans le cœur, et « Jean , » qui est la grâce, ensera le fruit. Il faut demander,
1 Luc, 1. 19. — ? Ibid. 9. — * Ibid. 13.
c’est un acte nécessaire de la soumission qu’on doit à Dieu, c'est une reconnoissance de sa puissance et de sa bonté: la confiance, qui estle fruit d’un pur et fidèle amour, s’y fait ressentir, c'est-à-dire qu’elle fait ressentir Dieu.
« Vous lui donnerez le nom de Jean ». Le même ange dit à Marie : « Vous aurez un fils et vous lui donnerez le nom de » Jésus'»:et l'imposition du nom de Jean, qui est ordonnée par l'ange est la préparation à un plus grand nom.
« Cet enfant vous mettera dans la joie et dans le ravisse- » ment; et la multitude se réjouira à sa naissance * ». C’est ce qué l’ange promet : c’est ce que nous verrons bientôt aecompli.
« Il sera grand devant le Seigneur * ». Le même ange, en annonçant Jésus-Christ, répète la même parole : « il sera » grand »; mais il ajoute : « et. il sera nommé le Fils du » Très-Haut* ». Jésus sera grand comme le fils ; Jean sera grand comme un serviteur, comme un héraut qui marche devant son maître et inspire le respect à tout le monde. Jésus est grand par essence, et Jean sera grand par un éclat et un rejaillissement de la grandeur de Jésus. « Il ne boira point » de vin, ni de tout ce qui peut enivrer; et il sera rempli » du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère ‘. » Commençons à voir dans Jean, le caractère de la pénitence et de l’absti— nence. Seigneur, je le reconnois : c’est lui qui prépare les voies à Jésus, et la pénitence est sa vraie avant-courrière.
C’est aussi un caractère de nazaréen, c’est-à-dire, un caractère de saint, de s'abstenir du vin et de tout ce qui enivre. Tout ce quiflatte les sens et les transporte, est un obstacle à la sainteté : si vous évitez l'ivresse et la joie des sens, une autre ivresse vous sera donnée; comme Jean, vous serez rempli du Saint-Esprit et transporté d’une joie céleste. Ne vous laissez donc point enivrer aux charmes des sens : n’attendez pas que le vin, que la joie du monde vous renverse entièrement la raison : dès que vous la goûtez, vous commencez à perdre le gôut de la grâce, et vous êtes déjà tout troublé : une épaisse vapeur vous offusque les sens; elle est douce,
Luc. x31. —? ]b, #4. — *1b.f5.- #1b. 32,15 Luc. 1. 154
il est vrai; mais c’est par là qu'elle est pernicieuse; tout se brouille dans notre eerveau ; et c'est hasard si nous ne tombons dans quelque étrange désordre. Fuyons, fuyons : « dès » que le vin commence à briller et à pétiller dans la coupe, il » nous trompe en flattant nos sens ; mais à la fin il nous mordra » comme une couleuvre, etson poison se portera jusqu’à notre » cœur '.»
Ve ÉLÉY. Suite des paroles de l’ange : l'effet de la prédication de saint Jean Baptiste est prédit.
« Hconvertiraplusieurs desenfantsd'Israëlau Seigneur leur » Dieu *». Hélas ! étant déjà enfants d'Israël, avons-nous besoin d'être convertis ? Ne devons-nous pas avoir conservé la grâce ? Gémissons d'avoir besoin qu'on nous convertisse. Mais, hélas! notre état est bien pire puisque même nous résistons à lagrâce qui veut nous changer , et, plus durs que des pierres, nous ne voulons pas nous laisser convertir.
Le monde étoit dans un excès de corruption incompréhensible. La loi de Dieu n’étoit pas seulement méprisée, mais encore on répandoit dans le peuple des maximes opposées. Il falloit un nouvel Elie pour émouvoir les pécheurs ; il falloit le feu d’Elie pour purifier ces consciences gangrenées. Il y falloit «l'esprit et la vertu d’Elie * », l’efficace de ses discours et la merveille de ses exemples. Qui nous donnera un Elie pour nousconvertir au Sauveur; « pour lui pré- + parer» les cœurs parla pénitence ; pour ramener l’ancienne discipline et faire « que les pères» reconnoissent « leurs en- » fant(s », par le soin qu'ils leur verront prendre de les imiter. Faisons revivre nos pères; ressuscitons la foi d'Abraham; réveillons cette vigueur apostolique de l’ancienne Église. Venez, Elie ; venez, prédicateur de l'Evangile, avecune céleste ferveur ; remuez, ébranlez les cœurs ; excitez l'esprit de pénitence ; remplissez-nousde terreur à la vue du juge qui doit venir. Qu'on le craigne afin qu’on l'aime.
0 Dieu ! l'incrédulité règne sur la terre. On n’est plus méchant par foiblesse ; on l’est de dessein, on l'est par princi-
1 Prov, xxt1l 31. 52. — © Luc, 1. 16. — * Ib, 17.
pes, par maximes. Envoyez-nous quelque Jean Baptiste qui confonde l'erreur, qui fasse voirque les incrédulessont des insensés. «Ramenez-les à la véritable prudence ces incrédules ' » et ces libertins de profession. La véritable prudence est de ne pas se croire soi-même, et de pratiquer ce que dit le sage: « Ne vous fiez pas à votre prudence *». Mais, Seigneur, confondez aussi l'imprudence de ceux qui disent qu'ils croient, encore qu'ils ne fassent rien de ce qu’ils croient. « Ramenez donc les incrédules » de toutes les sortes, « à la prudence des justes ». Les « justes » sont les seuls prudents, les seuls prévoyants, les seuls sages: ils ont la règle, ils Ja conservent; ils ne sont pas humbles en parole, et orgueilleux en effet ; dévots par contenance , et en effet intéressés , vindicatifs, téméraires censeurs des autres, sans connoître, sans guérir leurs vices cachés.
VIe ÉLÉv. Sur l’incrédulité dé Zacharie,
« Zacharie répondit : Comment saurai-je la vérité de ces » paroles? Je suis vieux, et ma femme est déjà avancée en » âge * ». Stérile dans son meilleur temps, comment pourrat-elle devenir féconde dans sa vieillesse ?
L'incrédulité de Zacharie fut suivie d’une punition manifeste. L'ange lui déclara qu'il « seroit muet ‘ ». C’estun des endroits par où la prédiction de la conception du précurseur est inférieure à celle du maître,où il ne paroît que foi et obéissance. Dieu fit servir la faute ct le châtiment du saint sacrificateur à la déclaration de son ouvrage : tout le peuple s’aperçut qu'il avait eu une vision dans le temple et parle long temps qu'il y demeura contre la coutume, et parce que, pour s’excuser, et aussi pour faire connoître l’œuvre de Dieu, il faisoit signe commeil pouvoit qu’il était devenu muet, pour avoir été incrédule à une céleste vision.
Profitons de cet exemple. Quand vous opérerez en moi pour me convertir, Seigneur , j'espèrerai en votre grâce: je ne dirai pas, je suis stérile ,je ne puis entreprendre un aussi grand ouvrage ; jene serai pas de ceux dont parle saint Paul,
VEuc. 117 — 2 Prov. ui. 5. — Luc. 1 18. — #10 20, 21.922,
SUR LES MYSIÈRES, 187 qui, désespérant d'eux-mêmes, se livrent à toutes sortes de « désordres '» ; mais je dirai, au contraire, avec cet apôtre « Je puis tout en celui qui me fortifie * ».
Dieu est fidèle et véritable, quoique les hommes soient incrédules ; et leur incrédulité n’anéantit pas la promesse de Dieu. Celle qu’il fit faire à Zacharie eut un prompt accomplissement : Elisabeth devint grosse miraculeusement, et il est dit « qu'elle se cacha cinq mois ; parce que c'est là » disoit-elle *, « ce que le Seigneur a fait en moi, lorsqu'il a » voulu me tirer de l’opprobre où j'étois devant les hommes » à cause de mastérilité. Les grandes grâces demandent un grand recueillement pour être goûtées à loisir, et dans le silence et pour envoyer au ciel sesremerciements du fond de sa retraite. On ne laisse pas d’entrevoir qu'il entre dans celle d'Elisabeth durant cinq mois, etjusqu’à ce que sa grossesse parût, un secret dessein d'éviter les discours des hommes. Malgré le miracle qui rend féconde une stérile, la conception humaine à dans son fond quelque chose qu'il faut cacher, surtout dans un grand âge : et l’on sait ce que dit Sara dans une occasion semblable ‘. Mais nous allons voir une conception où il n'ya rien que de saint, et à la fois de miraculeux. Il falloit que le maître fût conçu d’une manière plus haute que celle du précurseur, et que le même ambassadeur qui fut l'ange saint Gabriel, en portant à la sainte Viergeune parole plusexcellente et plus relevée, eût aussi un succès plus sublime et plus merveilleux.