‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 34 sur 85 · XXII: ÉLÉV. Abrégé et conclusion des réflexions précédentes · texte numérisé non relu

XXII: ÉLÉV. Abrégé et conclusion des réflexions précédentes

L'abrégé de ce mystère est que Jésus s'offre, nous offre en lui etavec lui, et que nous devons entrer dans cetteoblation, et nous y unir comme à la seule et parfaite adoration que Dieu demande de nous.

Les trois personnes qui se trouvent avec Jésus-Christ dans cemystère, nous apprennent ce que nous devons offrir à Dieu.

La sainte Vierge lui -offre et lui sacrifie le cher objet de son cœur, pour en faire ce qu’il lui plaira ; c’est-à-dire son propre Fils : elle voit la contradiction poussée à l'extrémité contre lui, eten même temps elle sent ouvrir la plaie, de son cœur par cette épée qui la perce. Mères chrétiennes, aurez-vous bien le courage dans l’occasion de faire à Dieu avec elle une oblation semblable ? Tant que nous sommes de fidèles, unissons-nous à la foi d'Abraham, et offronsà Dieu notre Isaac ; c’est-à-dire ce qui nous tient le plus au cœur.

Siméon a immolé l'amour de la vie, et Ja laisse pour ainsi dire , s’exhaler à Dieu en pure perte. Ne disons pas qu'il ne lui sacrifie qu'un reste de vie dans sa vieillesse : il n’a jamais desiré de vivre que pour avoir la consolation de voir Jésus- Christ et de lui rendre témoignage. Car ce n'étoit pas seule- . ment une foible consolation des yeux que ce saint vieillard

! Gen. xix. 20. Deut. xxx. 24, 25.

attendoit : il desiroit les sentiments que Jésus présentinspire dans les cœurs ; il vouloitl'annoncer, le faire reconnoître, en publier les merveilles , autant qu’il pouvoit, aux Juifs et aux gentils; montrer au monde ses souffrances, et la part qu'y auroit sa sainte Mère. Après cela il vouloit mourir; et l’on voit en Jui dans tous les temps un parfait détachement de la vie. C’est ce qu'il nous faut offrir à Dieu avec le saint vieillard.

Et qu'immolerons-nous avec Anne , sinon l'amour des plaisirs par la mortification des sens? Exténuons par le jeûne et par l’oraison ce qui est trop vivant en nous. Vivons avec cette sainte veuve dans une sainte désolation : arrachons-nous à nous-mêmes ce qui est permis , sinous voulonsn'être point entraînés par ce qui est défendu. Déracinons à fond l'amour du plaisir. Le plaisir des sens est le perpétuel séducteur de la vie humaine : l'attention au beau et au délectableacommencé la séduction du genre humain. Eve prise par là commence à entendre la tentation qui lui dit avec une insinuation aussi dangereuse que douce : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu ce quiest si plaisant et si flatteur ? L’attention au plaisir éloicne la vue du supplice. On se pardonne tout à soi-même, et et on croit que Dieu nous est aussi indulgent que nous nous le sommes. Vous n’en mourrez pas : vous reviendrez des erreurs et des foiblesses de votre jeunesse. Eve entraîne Adam : la partie foible entraîne la plus forte ; le plaisir a fait tout son effet ; il a rendu le péché plausible, et lui a fourni des excuses : il emmielle le poison , il afoiblit , il étouffe le remords de la conscience ; il en émousse la piqüre ; et à peine senton la grièveté de son péché, jusqu’à ce que dans les flammes éternelles ce verrongeur se réveille, etpar ses morsures éternelles nous cause un pleur inutile avec cet effroyable grincement de dents,

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